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Plafond de mère : la procréation, encore un facteur d’exclusion des femmes du marché du travail
Publié le 30 novembre 2015
Peut-être encore plus pernicieux que le plafond de verre, le "plafond de mère" - expression inventée par les auteurs - empêche nombre de femmes à la fois actives et mères de famille de progresser dans leur carrière et/ou leur entreprise. Or plus de 70% des mères d'un ou deux enfants sont en activité en France. Extrait de "Plafond de mère", de Marlène Schiappa et Cédric Bruguière, publié chez 2015 (1/2).
Fondatrice du blog Maman travaille, Marlène Schiappa milite auprès des pouvoirs publics pour améliorer l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont les best-seller Les 200 astuces de Maman...
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Cédric Bruguière est manager de carrières dans une grande entreprise française. Spécialiste du développement des compétences, il a publié de nombreuses fiches conseils et chroniques pour des ouvrages et médias spécialisés. 
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Peut-être encore plus pernicieux que le plafond de verre, le "plafond de mère" - expression inventée par les auteurs - empêche nombre de femmes à la fois actives et mères de famille de progresser dans leur carrière et/ou leur entreprise. Or plus de 70% des mères d'un ou deux enfants sont en activité en France. Extrait de "Plafond de mère", de Marlène Schiappa et Cédric Bruguière, publié chez 2015 (1/2).

Une part de risque

En suivi de carrière, on constate que les femmes qui reprennent le travail après un congé maternité (par opposition à celles qui cessent toute activité professionnelle) sont souvent celles qui osent prendre un risque : celui de bricoler. De se lancer d’abord et de réfléchir après. Elles reviennent parfois sans même savoir précisément quels seront leurs nouveaux horaires de travail, si partir à 18 h 30 quand elles quittaient le bureau à 20 heures depuis des années serait envisageable, et parfois même sans avoir de mode de garde précis.

C’est le cas de Kahina, 35 ans, chef de projets Web : « Je venais d’accoucher quand on m’a proposé une promotion. J’étais mère célibataire mais je n’ai pas hésité, j’ai accepté et je me suis dit qu’on verrait après pour le mode de garde. J’ai un peu peiné les premiers temps, je suis arrivée en retard chez la nourrice et j’ai dû changer de baby-sitter, mais finalement, tout a pu se mettre en place. » Une vraie casse-cou des temps moderne.

>>>>>>>>> Plafond de mère : le burn-out des mamans actives

Quel que soit le choix de carrière après une maternité, il existe toujours une part de prise de risque : celui d’accepter une promotion quand on n’a pas d’organisation solide, celui de la refuser et de se faire étiqueter « mère de famille sans ambition », celui de ne plus jamais retrouver de poste si l’on prend un congé parental, celui de l’insécurité financière quand on lance son activité.

Sandrine Meyfret, dirigeante du cabinet Alomey et sociologue, auteur d’un livre sur les couples à double carrière (Les couples à double carrière : une figure qui réinvente les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle, Connaissances et Savoirs, 2012), décrypte ce phénomène ainsi : « Ces couples sont prêts à mettre en danger leur avenir personnel ou professionnel. » Là où d’autres pensent miser sur une sécurité à long terme de l’un ou de l’autre, sans garantie, toutefois.

Les femmes en situation de confiance en elles, d’estime de soi stables, ont plus de chances de bien vivre cette prise de risque. En revanche, les femmes qui, avant d’être mères, étaient déjà en insécurité psychologique, dotées d’une estime de soi basse et/ ou instable, en défiance vis-à-vis des autres, peuvent la vivre comme un obstacle inextricable. On le note dans les entretiens de suivis de carrière : le moindre accroc survenu dans ce cadre valide leurs croyances négatives sur elles-mêmes (« je le savais que j’étais bonne à rien »), sur le monde du travail (« j’en étais sûre, ils m’exploitent ») ou sur les autres (« je me doutais que cette nourrice avait des airs de folle »).

Les risques psychosociaux d’un retour de congé maternité qui se passe mal, qui est mal vécu pour la travailleuse devenue mère, sont réels et peu appréhendés par les entreprises, qui ne veulent entendre parler ni de baby blues ni de dépression post-partum. Pourtant, les conséquences de ces retours peuvent être catastrophiques pour la suite du management.

L’exclusion mode d’emploi

Contrairement au plafond de verre, phénomène social lié au sexe des individus, le plafond de mère prend sa source dans un événement naturel et biologique : la grossesse. De même, il peut parfois se justifier et relever même de la propre initiative de la femme concernée… Comment ces mères se retirent-elles, ou sont-elles écartées, du marché du travail à l’arrivée de leurs enfants ? En effet, certaines en sont réellement exclues !

Charlotte, 33 ans, bac +5, traverse une période de chômage non indemnisée. Elle est responsable d’un service quand, à l’âge de 29 ans, elle tombe enceinte de son premier enfant. « De 24 à 29 ans, j’ai fait des heures supplémentaires, j’ai gravi les échelons, j’ai bien fait mon travail, bref j’ai été une salariée modèle. Jusqu’à ma grossesse… » À partir de là, la manager de Charlotte change, explique-t-elle.

À son retour de congé maternité, on lui explique qu’il va être difficile pour elle de garder le même poste. Charlotte cède, démissionne et s’inscrit au CLCA, l’indemnité de congé parental. Elle touche quelques centaines d’euros par mois, mais tient un raisonnement financier logique : entre la nourrice, les frais de transport et le reste, elle n’aurait que 300 euros de plus au final, si elle continuait à travailler. La jeune femme vend sa voiture et casse son PEL. Bon an mal an, la situation se maintient et pendant plusieurs mois, Charlotte y trouve même son compte. Jusqu’à un jour d’octobre où son mari rentre plus tôt que prévu, la quitte pour une autre. Elle peut garder l’appartement. Mais avec 550 euros de revenus, Charlotte ne peut pas garder seule un appartement à 1 700 euros de loyer mensuel : elle se met en quête d’un deux-pièces. Une recherche difficile quand on ne peut justifier d’aucun revenu et que l’on n’a pas les moyens de faire garder son enfant pour travailler. « Mon seul espoir, c’est l’école. Dans deux ans. »

Trajectoire différente, mais même constat ou presque pour Sybille, 37 ans. Promise à un bel avenir, diplômée d’architecture, elle gagne alors près de 2 500 euros net et dirige une petite équipe de trois personnes. Faute de mode de garde, elle quitte son poste de responsable d’études techniques à 33 ans, quand elle met au monde des jumeaux. « Cependant, pour moi, il était hors de question de ne pas travailler. Financièrement c’était impossible : j’avais déjà un fils, mon mari avait une fille de son côté, il gagnait environ 1 800 euros comme chargé de recrutement dans une agence d’intérim et payait 400 euros de pension alimentaire à son ex-femme. Une fois nos remboursements de maison déduits – 750 euros par mois –, il ne restait plus grand-chose pour faire face aux autres frais incompressibles : EDF, frais médicaux, transports, école, courses, et je ne parle même pas des vacances. »

Sybille est aujourd’hui assistante maternelle à domicile. Elle garde un bébé en plus de ses jumeaux, de son fils, et les weekends, de sa belle-fille. En travaillant comme assistante maternelle à temps partiel et à domicile, Sybille gagne 650 euros nets par mois. Elle envisage de reprendre sa carrière d’ici deux ans. « J’aurai alors 39 ans, avec une interruption de carrière de six ans et une expérience bonne à jeter – les logiciels ont changé, les normes ne sont plus les mêmes, c’est comme si j’étais débutante. » Au pire, son ex-stagiaire lui a proposé de l’embaucher comme assistante…

Extrait de "Plafond de mère - Comment la maternité freine la carrière des femmes", de Marlène Schiappa et Cédric Bruguière, publié chez Eyrolles, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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