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Le DRH de Air France molesté par des salariés.
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Le DRH de Air France molesté par des salariés.
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Violences à Air France, une majorité de Français comprend sans approuver : les leçons d'un sondage clé

Publié le 12 octobre 2015
Alors que six salariés d’Air France ont été arrêtés lundi 12 octobre suite aux violences commises une semaine plus tôt sur des vigiles et deux cadres d’Air France, les Français se montrent très partagés face à cet évènement, selon un sondage de l'Ifop pour Sud Ouest Dimanche.
Jérôme Fourquet
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Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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Alors que six salariés d’Air France ont été arrêtés lundi 12 octobre suite aux violences commises une semaine plus tôt sur des vigiles et deux cadres d’Air France, les Français se montrent très partagés face à cet évènement, selon un sondage de l'Ifop pour Sud Ouest Dimanche.

Les images des deux cadres dirigeants d’Air France, fuyant la chemise arrachée une foule de manifestants hostiles, ont tourné en boucle dans les médias. De très nombreuses voix se sont élevées pour condamner sans réserve la violence des salariés en colère, le premier Ministre employant même le terme de « voyous ». D’autres, moins nombreuses, ont rappelé que ces actes avaient eu lieu dans un contexte social très tendu, marqué par l’annonce d’un nouveau plan de restructuration prévoyant la suppression de 2900 postes et que cette violence traduisait la colère et le désarroi d’une partie des salariés de la compagnie devant la perspective de perdre leur emploi.

Interrogés par l’Ifop pour Sud Ouest Dimanche, les Français se montrent très partagés face à cet évènement. 38% condamnent la réaction de ces salariés d’Air France, mais une majorité (54%) déclare la comprendre sans pour autant l’approuver, quand une minorité (8%) l’approuve sans réserve. Au regard de ces chiffres, on constate donc que l’opinion, dans une large majorité, adopte une position plus compréhensive sur cette affaire que la majorité des médias et des responsables politiques. Dans un contexte de chômage de masse, l’idée selon laquelle des plans de licenciements importants pouvaient engendrer des réactions de colère parfois violentes parmi les salariés des entreprises concernées est largement partagée. Pour autant, si une majorité comprend ces actions, le recours à la violence apparaît clairement comme une ligne rouge à ne pas franchir. A ce titre, il est intéressant de constater que le niveau de soutien à cette action est nettement moins élevé que celui qu’on avait mesuré en 2009 quand, lors du déclenchement de la crise économique, des salariés de sites industriels frappés par des plans sociaux ou condamnés à fermer avaient séquestré leurs dirigeants. En avril 2009 par exemple, 30% des personnes interrogées avaient approuvé la séquestration des patrons de Sony et 3M et quelques mois plus tard, en juillet 2009, ils étaient encore 23% lors d’actions du même type sur les sites de Caterpillar en Isère ou de Molex en Haute-Garonne. A l’inverse, la proportion de personnes condamnant ces faits étaient bien plus faibles (7 et 15%) que dans le cas d’Air-France (38%).    

Différents éléments peuvent expliquer cette différence d’attitude. On peut penser tout d’abord que le niveau de violence manifestée à l’issue du comité d’entreprise extraordinaire d’Air-France a aliéné aux salariés le soutien de bon nombre de Français alors que les séquestrations, qui se caractérisent certes par une privation de liberté provisoire mais qui ne donnèrent pas lieu à des violences physiques sur les cadres dirigeants, paraissaient beaucoup plus acceptables. D’autre part, le contexte a sans doute également joué. En 2009, les annonces de fermetures de sites industriels se multipliaient et frappaient principalement des entreprises de taille moyenne. La compassion pour ces salariés se battant pour essayer de retarder l’arrêt de la production ou à défaut pour arracher des conditions de départ les plus décentes possibles était forte. Elle l’est sans doute un peu moins concernant les salariés d’Air France, une des principales entreprises françaises dont l’Etat est par ailleurs actionnaire, et dont on pense qu’elle a l’habitude et les moyens financiers de proposer des conditions de licenciement plus avantageuses.    

Quand on analyse les résultats en détail, différents clivages opèrent sur cette question. De manière assez entendue, l’attitude face à ces violences varie assez sensiblement selon les électorats. 62% des électeurs de Nicolas Sarkozy à la présidentielle disent condamner ces actions (que l’ancien président a évoqué en employant le terme « chienlit ») alors que cette attitude est très minoritaire à gauche : seulement 23% dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon (qui a pris la défense des salariés d’Air France) et 34% dans celui de François Hollande. Une large majorité de ces deux électorats (respectivement 62% et 58%) déclarent comprendre sans pour autant approuver. Le soutien sans restriction demeure très minoritaire même dans ces deux familles politiques : 15% parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 8% parmi ceux de François Hollande. Si gauche et droite penchent très majoritairement soit pour la compréhension, soit pour la condamnation, l’électorat frontiste, comme souvent sur les questions sociales, apparaît lui nettement plus divisé. 39% des électeurs de Marine Le Pen condamnent mais 50% comprennent ce geste sans l’approuver et 11% le soutiennent.

Le jugement sur cet évènement diffère également selon les catégories socioprofessionnelles. La condamnation atteint 44% parmi les cadres supérieurs et les professions libérales contre 35% parmi les professions intermédiaires et 29% dans les catégories populaires. A l’inverse, les employés, ouvriers et professions intermédiaires sont 60% à comprendre sans approuver contre 49% des cadres supérieurs et professions libérales. On relèvera également que par rapport aux séquestrations de patrons en 2009, c’est parmi les ouvriers que l’approbation sans réserve a le plus reflué : 44% en juillet 2009 contre 12% aujourd’hui, soit un écart de 32 points (contre un écart de 15 points dans l’ensemble de la population). Hormis le fait de recourir ou non à la violence physique, facteur qui joue sur la légitimité des registres d’action employés, cet écart de réaction dans la population ouvrière s’explique sans doute aussi par le fait que les ouvriers s’étaient davantage identifiés aux ouvriers ayant enfermé dans leur usine des patrons 2009 qu’aux salariés d’Air France (parmi lesquels on comptait aussi des ouvriers mais également des stewards, des hôtesses, des employés et des pilotes) agressant des cadres dirigeants.

Le degré de condamnation varie également selon l’âge et le sexe des interviewés. La condamnation est d’autant plus forte que l’on est âgé : 29% seulement parmi les moins de 35 ans contre 44% auprès des 50-64 ans et même 56% parmi les 65 ans et plus. Si ces chiffres renvoient de manière plus générale au rapport à la violence (les personnes les plus âgées étant structurellement plus réfractaires), ils donnent également à voir une opposition très marquée entre actifs, exposés aux risques de licenciement et aux aléas de la vie professionnelle et retraités, totalement protégés face à ce type d’inquiétudes. Ainsi, les retraités sont 54% à condamner ces violences contre 35% des actifs, qui s’identifient bien davantage aux salariés d’Air France. De la même façon, on observe que les femmes, qui, en tendance, ont des situations professionnelles plus précaires et fragiles que les hommes, sont beaucoup moins nombreuses (29%) à condamner l’action des salariés d’Air France que les hommes (49%).  

Au total, si les orientations politiques influent fortement sur le regard porté sur ces violences chez Air France, la réaction à ces images dépend également beaucoup du statut social et du degré d’exposition perçu à un risque de licenciement des personnes interrogées.

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Commentaires (5)
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jacques brachat
- 13/10/2015 - 17:51
Air France bugétivore?
Les Francais quand on les interroge à propos d'Air France devraient avoir en arrière pensée qu'ils sont des contribuables et pourraient bien êtres appelés (comme à la grande époque du "service public") à faire les fins de mois du transporteur avec leurs impôts.Pour le moment on voit arriver la rengaine de toutes les activités en déconfiture "trop de charges trop de concurrence" demain ce sera" l'Etat doit venir à la rescousse;" devinez avec quel argent et gagnez un billet pour nulle part
Leucate
- 13/10/2015 - 15:04
la peur du déclassement
En 2015, les réactions analysées ici s'expliquent parfaitement. Nous ne sommes plus à l'époque des Trente Glorieuse quand l'employé, mécontent de son patron, partait en claquant la porte, assuré de retrouver du travail le lendemain sans trop chercher d'ailleurs.
A l'époque des Trente Piteuses, quelque soit le niveau, la crainte diffuse de chacun, sauf chez les fonctionnaires, c'est de se retrouver dans la situation évoquée dans la chanson d'Eddy Mitchell "il ne rentre pas ce soir", celle du licencié économique qui voit toute sa vie basculer et a peur de l'annoncer à sa femme et à ses enfants, habitués à une vie confortable.
Et le cadre, l'employé, l'ouvrier se pose alors la question: si cela m'arrivait à moi, comment je réagirais ?
vangog
- 12/10/2015 - 22:31
moi je ne comprends pas et je n'approuve pas...
que les gouvernements de droite et de gauche archaïque aient pu laisser s'installer de tels privilèges dans une société autrefois gérée par l'état, et concédée par cet état sans vision à une gestion syndicale de fait, sachant que ces privilèges aboutiraient, un jour ou l'autre à une impasse économique!