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François Hollande assassine la crédibilité politique.
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François Hollande assassine la crédibilité politique.
Et encore de nouveaux fonctionnaires

Le quinquennat Hollande ou l’assassinat méthodique de la crédibilité politique par la déconnexion totale de la parole et des actes

Publié le 02 octobre 2015
Alors que le gouvernement a présenté le projet de loi pour le budget 2016, plusieurs analyses soulignent le caractère irréaliste des hypothèses retenues, dont la baisse des impôts et la possibilité de recrutement de fonctionnaires. Des annonces qui à force de ne pas être suivies d'effets compromettent la fonction et le rôle du politique.
Olivier Rouquan
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Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur...
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Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Il a notamment publié L'histoire secrète de la corruption sous la Vème République (Nouveau...
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Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Alors que le gouvernement a présenté le projet de loi pour le budget 2016, plusieurs analyses soulignent le caractère irréaliste des hypothèses retenues, dont la baisse des impôts et la possibilité de recrutement de fonctionnaires. Des annonces qui à force de ne pas être suivies d'effets compromettent la fonction et le rôle du politique.

Atlantico : D'une manière générale, les sondages et les études pointent du doigt la méfiance, voire la défiance des entreprises et des ménages français envers François Hollande. En quoi la politique, dans son sens générale, souffre-t-elle des décalages perçue entre son discours, ses annonces (ou ceux de son gouvernement) et la réalité ce qu'il fait ?

Jean Garrigues : Il y a beaucoup de raisons à cette situation. Mais nous sommes dans une période où la crédibilité de la fonction politique a été totalement perdue. En termes de cycles, on peut faire remonter ce phénomène de dégradation au deuxième septennat de François Mitterrand, ainsi que les deux mandats de Jacques Chirac. Les Français avec Mitterrand ont eu l'impression à raison d'un renoncement à l'alternance en 1981, et avec Jacques Chirac un sentiment d'immobilisme et de déception vis-à-vis la promesse de 1995 que la fracture sociale. Il y a eu en 2007 en revanche une sorte de frémissement, de renouveau de la vie politique française, incarnée d'ailleurs à la fois par son projet de gouvernance énergique, mais aussi avec Ségolène Royal avec cette dimension de démocratie participative qu'elle plébiscitait. L'échec de l'expérience sarkozyste, les demi-mesures, le rejet, a ramené un scepticisme des citoyens vis-à-vis de leurs élites politiques, parlement et corps intermédiaires compris.

Le fait que François Hollande ait donné l'image d'un chef de l'état hésitant, faible, davantage dans le consensus que dans la fermeté et que l'autorité, a donné un substrat psychologique de défiance qu'il y a un énorme décalage entre l'optimisme du discours hollandais, et une société qui quant à elle est très pessimiste. Cette défiance à l'égard de ceux qui ont en main le redressement économique est surtout par rapport aux évolutions permanentes. L'incertitude, les observateurs le disent, est encore plus grave pour les chefs d'entreprises qu'une politique qui leur serait plus clairement hostile.

C'est cette impression de faiblesse, cette perception d'un pouvoir hésitant qui fait le plus de mal à la crédibilité politique. Ce qui est ennuyeux, c'est que ce sont les premiers mois qui donnent le tempo, et que l'on ne peut plus ensuite rattraper, qui marque le quinquennat. C'est ce qui explique qu'en dépit de tous les événements comme les attentats du mois de janvier qui sont censés redonner confiance au président de la République, il ne voit à son crédit qu'une hausse marginale.

Olivier Rouquan : le décrochage vis-à-vis des politiques est ancien désormais. Dans une étude effectuée en 2002 déjà (Régulations et stratégies présidentialisées sous la Ve République), je mentionnais la montée de la défiance voire du dégoût, vis-à-vis des "mœurs" politiques. Les institutions de la Ve République, à l’époque comme aujourd’hui du reste, même si elles commencent à souffrir, ne sont pas en cause, mais est bien plus contestée de façon lancinante, une manière de produire et de reproduire les élites, notamment politiques.

Par ailleurs, ces dernières, et F. Hollande en est l’exemple « privilégié », condensent le rejet d’une stratification sociale qui ne fait plus sens, car elle ne garantit plus suffisamment la mobilité ascendante – qui pourtant reste une valeur. Quelque part, les élites politiques sont un peu le bouc émissaire de la dénonciation du « système ».

Concernant F. Hollande, il arrive au plus mauvais moment de notre histoire contemporaine. Il n’a pas les moyens de sa politique et d’emblée, il est contraint par une Union européenne et une Allemagne inflexibles, qui n’ont pas assez vite voulu négocier la relance. Sur le plan institutionnel, il incarne une nouvelle alternance à gauche dans le cadre du quinquennat, qui a porté un coup à la légitimité représentative. Il vient après deux quinquennats délétères, car MM. Chirac et Sarkozy sont avant tout responsables d’un fait : l’absence de réponse politique à la dégradation constante de la compétitivité et de l’attractivité économique de la France dans le monde. Elles n’ont cessé de se détériorer jusqu’en 2014. Ils n’ont pas en dépit de leurs effets de manche pris le problème a bras le corps. En fait, le pacte de compétitivité et de responsabilité eût du être décidé en 2003-04.

Et puis, reste que F. Hollande ne s’est pas donné les moyens de faire savoir quel est le sens de sa politique, tout comme lorsqu’il est arrivé, il n’a pas voulu dire la gravité de la situation aux français. En conséquence, il a sapé le fondement de sa crédibilité et de sa légitimité pour les années qui suivent. Quels que soient les actes lourds de son mandat, il ne parvient pas à les marquer et à les faire partager non seulement à la majorité de l’opinion publique, mais même à sa majorité. Il y a quelque chose d’injuste dans ce déroulé, mais il est certain que le Président actuel a sa part dans ce grave malentendu. Il l’entretient en effet, par sa résistance à simplifier les données des problèmes, à vouloir sans arrêt ménager des équilibres, sans faire savoir que malgré tout, il est capable de trancher. Il y a comme une incapacité à clarifier la donne. La présentation du budget en est l’exemple, de maladresses en maladresses, alors que ce sont bien les choix budgétaires qui en partie conduisent aujourd’hui en pleine période de crise, à constater en France une petite baisse des inégalités, plutôt qu’un effondrement du système social et leur creusement, ce qui ne relevait en rien d’un scénario impossible après 2012 !

Si l'on devait remonter à l'élection de François Hollande en 2012, quels sont selon vous les décalages les plus marquants entre les annonces de réformes et leur traduction dans la vie réelle ? Qu'est-ce qui illustre le plus le fait que le fond des positions du gouvernement soit éloigné de la réalité ?

Jean Garrigues : La première erreur est de l'ordre du discours. Cela a été la promesse faite en 2012 d'inversion de la courbe du chômage en un an. Je me souviens qu'il y avait eu un engagement sur la baisse du chômage. Un an après, elle ne l'a pas été. Cela a été une faute rédhibitoire. A partir du moment où il y avait un enjeu de ce type, aussi important pour l'exécutif, il y a un décalage qui ce s'est plus jamais résorbé.

Un autre élément serait la question de la fiscalité, de la réduction de la charge fiscale. Et là aussi, de part la lenteur de la réforme et par les choix effectués, des déceptions se font jour. On voit bien qu'une grande partie des classes moyennes ne seront pas touchés par cette réforme et qu'au contraire, ils ont l'impression à raison que leur pouvoir d'achat se réduit. Historiquement, depuis la révolution française, il s'agit pourtant d'un marqueur de la crédibilité du gouvernant, en tout cas de la capacité des citoyens à se révolter. La pression fiscale a toujours été vécue comme quelque chose de douloureux par les Français.

Philippe Crevel : Le décalage par rapport aux promesses électorales est évident. Nous avons vécu un processus budgétaire de 5 ans qui aura été marqué par 2 phases : une phase de forte augmentation des prélèvements, et une tentative pour corriger cette première vague d’augmentation. Cette deuxième phase s’est distinguée à la fois par des gestes électoraux, et par le fait de réparer les dégâts économiques avec le CICE, le Pacte de responsabilité et de solidarité, tout ceci ressemblant à une énorme usine à gaz. D’ailleurs l’efficacité de la politique budgétaire au bout de 5 ans est évidemment extrêmement contestée en tant que telle, et de toute part : que ce soit par l’aile gauche, ou par la droite ou le centre. Au moins, Hollande aura réussi à faire quelque chose, c’est que tout le monde a le même niveau d’appréciation de sa politique budgétaire…

Le CICE fait suite à une augmentation des impôts pour les entreprises et des charges sociales, augmentation des cotisations retraite, alourdissement de l’imposition sur les plus-values. Le CICE intervient donc en quelque sorte comme une forme de compensation. Son entrée en vigueur a été lente. Sa montée en puissance a été longue. Son efficacité est contestée aujourd’hui parce qu’il y avait – soi-disant – un côté donnant-donnant : "nous allégeons vos impôts, et vous devez créer des emplois ». Pourtant, l’emploi n’est pas la conséquence immédiate de l’allègement de l’impôt. Il eut été plus simple de redessiner les charges sociales et les cotisations sociales en France – les alléger réellement.

Les ménages ont vécu un réel tour de vis. Et ceci chez les classes moyennes comme chez les classes aisées : création de la tranche à 45%, la diminution du plafonnement du quotient familial, durcissement de la fiscalité et de l’épargne, plafonnement des niches fiscales pour ne citer que quelques dispositifs de la période 2012-2013. Dans un second temps, on a un allègement sur les revenus moyens pour le début des classes moyennes, mais qui ne compense pas, - loin de là -, le durcissement fiscal. Au total, c’est tout de même plus d’une vingtaine de milliards d’euros supplémentaires qui ont été ponctionnés sur les ménages et essentiellement les classes moyennes. Le résultat a évidemment été de porter un coup à la consommation des classes moyennes françaises. Faire baisser le niveau de vie des classes moyennes en France du fait de l’augmentation des impôts est quand même, pour un gouvernement qui voulait les favoriser, un échec patent.

Olivier Rouquan : Le décalage entre perceptions et réalités politiques est sur le fond, la conséquence de la perte de puissance publique, même si la France est moins concernée que d’autres par la logique. Ce décalage concerne les gouvernants quels qu’ils soient et il apparaît de plus en plus crûment élections après élections.

Pour prendre un exemple concret, puisque nous évoquons les réalités, les préfectures, constituant la moëlle épinière de l’Etat central, se demandent si elles pourront demain garantir leurs missions (sécurité, gestion de crise, migrations, politiques territoriales, coordination avec les Collectivités, ordre public), car elles ont perdu environ 3 000 ETP du fait de la RGPP entamée sous N. Sarkozy. La réalité est celle-ci. L’Etat a été en partie déstructuré. De nouveaux moyens sont donc alloués, mais paraissent faibles, car depuis, la lutte contre les terroristes accapare les énergies.

Les interventions publiques manquent de moyens, et aussi, il faut bien le dire, de cap stratégique. Les réalités pragmatiques incluent donc les ressources de l’action publique et ses objectifs.  Les changements de process  sont constants, mais le sens, donc la conduite du changement peuvent manquer. En matière de territoires par exemple, actuellement, après avoir recadré les orientations de la politique de la ville, le gouvernement tente de redonner cohérence à la politique rurale et rurbaine . Mais les ambitions sont faibles, car les moyens ne sont pas au rendez-vous. Il y a donc fragmentations, ajustements, là où les citoyens et dirigeants attendent cohérence et grands engagements.

La réalité reste celle d’une relative pénurie, alors que la priorité est : diminuer la dette. Cette réalité comprise, le pouvoir politique ne peut que décevoir. Ne nous leurrons pas, quel qu’il soit, le gouvernement qui succèdera à celui en place sera dans le même piège. Faut-il souhaiter comme en Grèce, qu’il ait un peu plus le sens du théâtre dramatique ?

Le Président continue pourtant de placer ses pions en vue des élections présidentielles de 2017. Ainsi, il est accusé par EELV de réitérer le coup politique de Mitterrand, lorsque le président avait poussé à l'émergence d'un parti écolo-centriste pour affaiblir les Verts en vue des élections régionales de 1992. De même, il a œuvré afin que le sommet sur l'Ukraine du vendredi 2 octobre, qui devait se dérouler initialement à Berlin, soit organisé à Paris. En bref, il continue à se forger une image de présidentiable. Pourtant dans un sondage réalisé pour Atlantico, 62% des Français comprennent qu'il n'est pas possible de baisser durablement les impôts sans baisser également le budget de l'Etat... Sans cette confiance de la part des électeurs, sur quelle stratégie François Hollande mise-t-il pour être réélu ?

Jean Garrigues : Cela se dépend sur quel plan on se situe. Mais la stratégie de Hollande serait d'abord de voir gagner Nicolas Sarkozy remporter la primaire des républicains. Il pourra être perçu comme un élément positif car il est quasi évident à l'heure actuelle que si le candidat auquel il devra se confronter rassemble la droite et le centre, l'espace politique de François Hollande sera considérablement restreint et il n'aura quasiment aucune chance d'être élu au deuxième tour des Républicains. Ce qui est là aussi fondamental pour François Hollande, c'est d'éviter d'autres candidatures à gauche. Sa démarche présidentielle est en permanence relative à ces calculs politiciens et partisans.

Mais il peut aussi parier sur l'évolution de l'électorat de gauche, et son adhésion à une doctrine social-libérale.

Olivier Rouquan : Comme indiqué, F. Hollande joue à fond l’entretien de ses capitaux : son image de sympathie et de proximité, puis sa posture institutionnelle, donc sa carte à l’international. Objectivement du reste, il a fait des choix clairs en la matière (sauvetage de l’Europe, logique de relance, lutte anti-terroriste audacieuse - Mali, Syrie -, développement durable), et obtient souvent raison trop tard, sans le faire savoir… Le temps de diversification des « ressources » va venir, notamment en matière écologique… Rien ne dit qu’il soit crédité, comme l’indiquent les enquêtes d’opinion. Mais le jeu politique est relatif : il ne s’agit pas d’obtenir des popularités dans l’absolu, mais de paraître au moment le plus opportun comme le moins « impopulaire » ou « le plus capable ». F. Hollande est lourdement grevé, mais il ne semble pas renoncer à se battre, ne serait-ce que pour terminer son mandat. Et d’autres handicaps impactent aussi déjà, ses éventuels rivaux…

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Commentaires (15)
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cremone
- 03/10/2015 - 19:01
Traduction
Y a-t-il une version française de cet article ?
plazbovo
- 02/10/2015 - 18:58
et l'orthographe ???
je suis quand même assez outré par les fautes d'orthographe que je découvre en lisant les articles Atlantico.
Par exemple, le 1er paragraphe de cet article est truffé de coquilles, de mots erronés, de mots utilisés maladroitement. Certes, le fond est intéressant, et on comprend à peu près ce que l'auteur veut dire (pas toujours) mais une relecture ne serait pas du luxe !
Sego par exemple ne peut pas plébisciter la démocratie participative. Un plébiscite ne peut émaner que de l'expression de la volonté du peuple, et non pas d'une seule personne.
jmpbea
- 02/10/2015 - 14:19
Alors
Réfléchissons avant de voter..