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Réforme du collège : ce que la suppression des options d'enseignement du latin et du grec révèle du malaise profond de la société française
Publié le 12 septembre 2015
La réforme du collège proposée par l'actuel gouvernement et les menaces qu'elle fait peser sur les Humanités sont incompréhensibles ! Lorsque nous rabotons ainsi l'enseignement des langues anciennes, sommes nous conscients de ce à quoi nous renonçons ? Cet essai est un plaidoyer pour les Humanités au service de l'humanité qui est en chacun de nous. Extrait de "Homère, Virgile, indignez-vous ! Pour sauver le grec et le latin", de Thierry Grillet, publié chez les éditions First (1/2).
Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, Thierry Grillet est directeur de la Diffusion culturelle de la BNF. Il a été chroniqueur au Nouvel Observateur, journaliste à Libération et au Monde, puis dans un groupe de journaux européens (La...
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La réforme du collège proposée par l'actuel gouvernement et les menaces qu'elle fait peser sur les Humanités sont incompréhensibles ! Lorsque nous rabotons ainsi l'enseignement des langues anciennes, sommes nous conscients de ce à quoi nous renonçons ? Cet essai est un plaidoyer pour les Humanités au service de l'humanité qui est en chacun de nous. Extrait de "Homère, Virgile, indignez-vous ! Pour sauver le grec et le latin", de Thierry Grillet, publié chez les éditions First (1/2).

Les langues anciennes témoignent d’autre chose. Elles mesurent et nous mesurent à des temporalités et des réalités qui nous dépassent. La manière dont chaque société (ou chaque gouvernement) traite ces langues témoigne de ce que nous sommes. De ce que nous sommes devenus. Comme un carbone 14, elles nous révèlent.

Nous ne voulons plus enseigner le latin et le grec ? Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce simplement une crise de l’école ? N’est-ce pas plus profondément une crise d’une société qui ne croit plus en elle-même ? Une crise qui attaque le cœur même du réacteur, les savoirs – cette énergie accumulée par des siècles de transmission ? Est-ce que nous avons encore la volonté, le désir de transmettre quelque chose ? Et le fait que cette crise s’attaque, de manière privilégiée, aux langues – anciennes et vivantes comme l’allemand – n’est-il pas significatif de notre repli ? Symptomatique d’une pulsion suicidaire ?

 

Car avec la suppression des langues anciennes, nous nous coupons d’un passé. Et avec les langues vivantes – les classes bi-langues – nous nous coupons de nos voisins. Hannah Arendt, la philosophe qui avait souffert de la barbarie nazie, expliquait en substance que l’éducation consiste à construire des liens entre les « nouveau-nés » et un monde plus vieux qu’eux. À leur faire don de ce capital de science et d’expérience qui les dépasse, pour en faire d’abord des contemporains, égaux dans le temps, mais aussi des « mécontemporains » capables, en « néo » qu’ils sont, de contester, critiquer, apporter du nouveau à ces vieilles sociétés.

 

Après tout, Rimbaud était premier en composition de vers latins et a révolutionné la poésie ! Alors que faut-il en conclure ? En est-on arrivé à ce point où enseigner même fait problème ? A-t-on à ce point vidé de sens l’enseignement ?

 

La construction frénétique d’une égalité sociale qui s’impose sur la déconstruction d’un enseignement de la culture classique, trahit l’indifférence que nous professons désormais pour l’Antiquité. Les liens, fragiles, qui nous unissaient encore à ces mondes, ont cédé : à force d’avoir vidé de sens ces enseignements, nous avons décroché. La vitesse de libération de notre fusée réformiste, qui accumule les poussées précédentes, a fini par nous affranchir de la force gravitationnelle de cet héritage. L’Antiquité, sous nous, s’enfonce et paraît progressivement plus petite. Un jour elle ne sera plus qu’un point. Planète éteinte, elle retournera à l’oubli dont la Renaissance l’avait sortie. Nous pleurerons, comme Orphée qui, en se retournant sur le chemin de retour des Enfers, perdit une seconde fois Eurydice.

 

Après quatre siècles, depuis la Renaissance, où l’intérêt pour l’enseignement de ces langues a été réactivé, nous renonçons donc. Par lassitude ? Par fatigue ? Par lâcheté ? Sommes-nous bien conscients ce que nous perdons ? Il ne s’agit pas seulement d’un capital culturel, d’une connaissance de langues plus étranges qu’étrangères. Mais d’un régime de relation au passé qui n’est comparable à aucun autre.

 

Extrait de "Homère, Virgile, indignez-vous ! Pour sauver le grec et le latin", de Thierry Grillet, publié chez les éditions First, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

 

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zouk
- 12/09/2015 - 09:46
Langues anciennes
Sans le substrat du latin, où j'étais à peine passable, jamais je n'aurais pu devenir réellement trilingue. Et même si je ne suis pas capable de citer une phrase de Cicéron ou Sénèque, des années de versions m'ont structuré l'esprit. Et quelle connaissance de l'histoire et des civilisations européennes pourrais-je avoir sans l'étude de la Grèce antique ou de l'histoire romaine? Supprimer l'enseignement des langues anciennes est un crime contre la culture, la vraie, et non sa version à la mode qui englobe la cuisine des antipodes, le funk et Dieu sait quoi.