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Dès le départ, l'école républicaine s'est chargée d'une part de l'éducation.
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Rentrée scolaire : pourquoi le big bang qui pourrait vraiment changer l’Education nationale dépasse de très loin ce que l’école peut faire à elle seule
Publié le 04 septembre 2015
La rentrée scolaire a lieu mardi 1er septembre. Chaque année, les lacunes du système éducatif sont pointées du doigt. Mais que peut faire vraiment l'école et comment ?
Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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La rentrée scolaire a lieu mardi 1er septembre. Chaque année, les lacunes du système éducatif sont pointées du doigt. Mais que peut faire vraiment l'école et comment ?

Aujourd'hui notre système éducatif a ses défaillances, mais l'école n'est-elle pas injustement  accusée d'être responsable de tous les maux de notre société (identité, intégration, violence)? Que peut-on raisonnablement attendre de cette institution symbolique et de son rôle dans la société ?

Pierre Duriot :  Le glissement des objectifs de l'école apparaît maintenant à tout un chacun tellement il est devenu une évidence. Il est de coutume d'expliquer que l'école devrait se charger de l'instruction et les parents de l'éducation. Il y a du vrai mais dès le départ l'école républicaine s'est chargée d'une part de l'éducation, celle qui concerne la vie en collectivité, les principes républicains, la morale, lesquels ne sont pas forcément faciles à appréhender aujourd'hui dans des familles beaucoup plus restreintes que par le passé et bâties autour de l'enfant souvent adulé. Mais il reste de la vérité dans ce partage des tâches entre familles et école. 

Des parents revendiquent haut et fort cette part éducative pendant que d'autres entendent parfaitement que l'école se charge de ces tâches vécues comme ingrates pendant qu'ils « profitent » de leurs enfants, selon la formule qui revient régulièrement dans la bouche des personnes concernées. En réalité ce partage et le glissement des tâches éducatives en direction de l'institution a été un choix électoraliste, celui d'un état providence, maternant et déresponsabilisant, qui a été privilégié tout simplement parce que plus payant électoralement et avec le temps totalement entré dans les mœurs. L'actualité estivale a été assez édifiante en la matière, avec le saccage de plusieurs écoles maternelles et primaires. Les commentateurs ont pointé dans un ensemble assez ahurissant le « manque de structures d'accueil des enfants pendant l'été » dans les municipalités en question. Comme si le manque de garderie pouvait à la fois expliquer et légitimer l'abandon d'enfants à la rue et le passage de leurs nerfs sur leurs écoles de quartiers ? Comme si dans tous les petits cantons de France dépourvus de centres de loisirs, on y saccageait les écoles ? Non, il y bien aujourd'hui, solidement ancré dans beaucoup de consciences, une forme d'irresponsabilité parentale actée, mais pas pour toutes les catégories de population. Vouloir pointer une carence éducative chez les parents des enfants fautifs relève de la dialectique réactionnaire et stigmatisante, voire raciste. Si une bande de gosses de médecins, profs et ingénieurs saccageait une école, il en irait autrement dans les commentaires politico-médiatiques. 

En réalité, l'école est un levier d'action parmi d'autres, que sont les politiques de la ville, culturelle, de l'aménagement, de l'économie locale, de la micro-économie de quartier. Qu'elle soit tenue pour responsable provient du fait qu'elle est souvent la seule à subsister dans certaines zones d'où sont partis commerces, administrations d'état, structures économiques, dans les périphéries des grandes villes comme en campagne profonde… mais ces leviers sont connectés les uns aux autres et l'abandon même partiel de certains d'entre eux, pour cause « d'allègement des modalités du respect de la loi » au profit d'une « paix sociale » (en langage diplomatique), a pour effet de reporter la responsabilité sur celui qui reste : l'école. L'institution est donc pointée comme responsable, non pas tel ou tel professeur, tel directeur d'établissement, ou tel ministre, mais l'école dans son ensemble, donc personne, un coupable idéal en somme, dont les acteurs ainsi accusés ne risquent pas de déverser du fumier devant les préfectures ou de bloquer les autoroutes un jour de grands départs. L'école est cependant encore un acteur majeur dans la société tant les adultes que nous sommes avons été « formés » durant la prime enfance, en grande partie sur les bancs de l'école. Beaucoup de spécialistes de l'enfance l'ont dit et redit, « tout se joue avant six ans ». L'importance est donc, pour une nation de « mettre le paquet » sur ces premières années de scolarité. 

Jean-Paul Brighelli : Condorcet — autant en revenir aux Lumières, si décriées par Mme Vallaud-Belkacem — faisait une distinction absolue entre Instruction — l'Ecole — et Education — la Famille. Le malheur est que dans un contexte de crise de la famille, de chômage aigu, le souci éducatif est tombé sur les épaules des enseignants, dont ce n'est pas le rôle.

Alors, bien sûr, ils l'assument de leur mieux — mais peut-on le faire avec des classes surchargées, avec des ministres qui instillent à tous les niveaux la culture de l'excuse, avec des administrations qui trouvent des circonstances atténuantes aux élèves délinquants et cadenassent les enseignants dans un devoir d'écoute — sans possibilité de contrainte ou de punition ?

Jacques Billard : Certains problèmes relèvent moins de son champ d'intervention que de la politique de la ville  par exemple. Que peut-on raisonnablement attendre de cette institution symbolique et de son  rôle dans la société ?  La seule chose dont on pourrait accuser l'école serait de ne pas enseigner ou de ne pas  instruire. L'école ne gère pas la société. Elle ne produit que de la liberté et elle la produit par le  savoir, la culture, la science... Elle rend les élèves capables de liberté dès qu'ils auront terminé  leur scolarité. Il faut bien voir que l'école s'inscrit dans une temporalité assez longue non  seulement parce l'élève reste longtemps à l'école mais surtout parce que la formation de l'esprit  et du cœur demande du temps. L'école ne peut donc jamais résoudre les problèmes qui se  posent dans l'immédiateté.  Quant aux questions que vous évoquez, l'identité, l'intégration ou la violence, elles ne renvoient  pas vraiment à l'école. C'est le politique qui veut une France multiple, sans identité propre. Pour  l'école, l'identité est inévitable : on ne peut pas enseigner la détestation de la France. C'est  impossible.

Certes on n'est pas obligé de cacher que Napoléon a rétabli l'esclavage, ni  d'occulter le commerce triangulaire ou la colonisation mais ce sont là des phénomènes  historiques qu'il faut au contraire tenter de comprendre. L'histoire de France ne peut se réduire à  ces pages-là. Demander à l'école de mettre prioritairement l'accent sur ces événements, c'est  fausser l'école.  Je me demande si le politique qui impose à l'école ces sortes de priorités, ajoutées à  d'interminables repentances, n'a pas en fait l'intention de culpabiliser la population. Une  population vouée à la culpabilité est peut-être plus facile à conduire là où on veut qu'elle aille.  On a l'impression que le politique énarchien a réinventé le péché originel. On veut une  population qui a honte d'elle-même, qui marche la tête baissée. Ces politiques vont être déçus  car l'école forme, elle ne conforme pas. Ou bien l'école forme des esprits libres ou bien elle  n'est plus. Elle ne peut pas être un centre de dressage et certainement pas un lieu de  culpabilisation. Je crains d'ailleurs que c'est ce qu'on veut qu'elle soit : un centre de gestion de l'  enfance et de la jeunesse susceptible de fournir la population que réclame l'énarchie.  L'école enseigne l'universel, jamais la particularité. Voilà qui suffit à l'intégration et à la violence : l'homme, masculin ou féminin, d'où qu'il vienne, est fondamentalement le même partout et en  tout temps. Voilà l'école. 


L'école a bon dos et tend parfois à jouer le rôle de bouc-émissaire pour mieux cacher une  certaine déresponsabilisation citoyenne. De quand date ce phénomène de surinvestissement du  rôle de l'école? Qu'est-ce que cela dit de l'état de notre société? 

Pierre Duriot : Effectivement l'école a bon dos car elle représente pour de nombreux maux sociétaux un bouc émissaire sans risque majeur autre qu'une journée de grève fort citoyenne dont les gouvernements se fichent éperdument. Mais également et pour les mêmes raisons, il a été possible, au fil du temps, de charger les professeurs de la nutrition, de l'hygiène, du secourisme, de lutte contre l'homophobie,  de sorties à caractère culturelle, etc... sans qu'ils ne réagissent outre mesure, alors que ces tâches ne sont en théorie pas de leur ressort. On en vient effectivement à la déresponsabilisation citoyenne, mais pavée de bonnes intentions. A noter que ce glissement des missions de l'école n'est pas perçu de la même manière par toutes les générations de professeurs, les plus anciens étant mieux à même de percevoir l'évolution sur les trente ou quarante dernières années. Question chronologie,  il ne s'agit pas à proprement parler de « surinvestisement du rôle de l'école » mais du moment où on a décidé de se servir de l'école pour des expérimentations à caractère politique, idéologique, sexuel même ! On peut évoquer 1968 bien sûr, également 1981 et l'accession au pouvoir, pour la première fois dans la cinquième République, d'un gouvernement socialiste avec le ministère Jospin marqué par de nombreuses grèves.

Et  plus loin, 2012, la prégnance du genre, des questions religieuses, des débats sur les crèches de Noël et une nouvelle fois sur les voiles islamiques à l'école. Mais globalement, le transfert sur l'école des tâches éducatives a été un levier électoraliste pour tous les gouvernements quels qu'ils soient. Quand on est candidat, expliquer à son électorat que l'on va se charger de son travail est toujours tentant, quitte à oublier le vieil adage « Avant de te demander ce que ton pays peut faire pour toi, demande toi ce que tu peux faire pour lui ». Cela confirme ce que l'on sait de la société de la correction politique et très souvent mis en exergue dans des analyses remarquables par des écrivains et philosophes... que l'oisiveté et la marginalité sont magnifiées, les rapports à l'argent et au travail ambigus, que seul le miséreux est honnête et respectable et comme l'a ajouté Finkielkraut, que la culture et l'identité de l'autre sont belles pendant que celles d'ici seraient malheureuses. Il en ressort une forme de passivité, de contrition permanente, de repentance et au final, les enquêtes internationales montrent que le peuple français, pourtant l'un des plus riches, l'un des plus dynamiques et des plus inventifs, est aussi l'un des plus pessimistes. 

Jean-Paul Brighelli : Cette mutation remonte au début des années 80, quand l collège unique a donné le plein développement de sa nocivité. En même temps la montée du chômage, qui a souvent eu pour conséquence de dévaloriser la parole des pères, a renversé le partage des tâches.

Le problème, c'est que les enseignants ne peuvent pas tout faire. Sommés d'éduquer, ils accordent moins d'importance à la transmission des savoirs — ne serait-ce que par manque de temps. Ajoutez à cela le fait que les nouvelles pédagogies aventuristes qui se sont mises en place à la même époque encourageaient bien plus l'écoute des élèves que la transmission verticale des savoirs.

On a cru pouvoir pallier le défaut en instituant des cours de civisme renforcé. Mais voilà : on n'apprend pas vraiment  le civisme, il se déduit des connaissances que l'on absorbe, de la culture que l'on intègre. On a incité les enseignants et les élèves, par exemple, à mépriser le "récit national" — le Conseil Supérieur des Programmes, sous la houlette de Michel Lussault, a décidé de faire l'économie des notions de "nation" et de "patrie" — avant de récuser, ou peu s'en faut, l'étude de l'Humanisme et des Lumières. On avait déjà vu l'équipe de France de foot se faire siffler lors d'un France -Algérie de sinistre mémoire. Désormais, c'est l'ensemble des comportements ordinairement civiques — à commencer par la politesse la plus élémentaire — qui sont battus en brèche.

Jacques Billard : Vous avez raison. Il n'est pas sûr du tout que la société ait encore besoin de citoyens, de  personnes capables d'analyser les situations et de prendre des décisions. Les situations sont  analysées par des experts et les décisions prises par des professionnels. Le pseudo citoyen  doit seulement approuver. S'il n'approuve pas, c'est par erreur de sa part et on saura  contourner son refus. Nous avons des énarques.  En fait notre société n'a plus réellement besoin de son école. Du moins pas pour tous. Les  enfants des élites en place, voués à succéder à leurs parents, ont besoin d'une véritable école.  Pour eux, les héritiers, elle existe. En centre-ville, en institutions privées, en Grande Bretagne ou  aux États-Unis. Pour le reste de la population, on met en place des dispositifs gérant la future  employabilité des élèves. L'école est aujourd'hui limitée à cette fonction. Petit ascenseur social  qui ne doit pas permettre l'accès aux étages supérieurs. L'école doit se limiter à préparer les  élèves à recevoir les slogans par lesquels on gouverne les populations et à être dociles à ce  qu'on pourrait appeler le pétrissage médiatique.  Il est vrai qu'on a toujours fait appel à l'école pour des missions qui ne sont pas intrinsèquement  les siennes.

Dès la Troisième République on demande à l'école de répandre dans les familles le principe de l'hygiène, de l'alimentation équilibrée ou de la bonne tenue des maisons. On se  souvient encore de la vente des timbres antituberculeux, de la distribution de lait, etc. Mais  toutes ces missions venaient s'ajouter aux missions centrales de l'école, sans les empêcher.  Elles ne les gênaient pas. Aujourd'hui, on lui impose des missions qui la contredisent, comme  de survaloriser la fausse culture ou d'empêcher les filles et les garçons de grandir comme des  filles et des garçons. On voit des inspectrices d'écoles maternelles reprocher aux maîtresses  de donner des étiquettes roses aux filles et bleues aux garçons ! En faisant croire qu'on ne vise  que l'égalité, on travaille à l'indifférenciation. À une indifférenciation décidée par des experts qui  ne nous dirons jamais ni pourquoi ni jusqu'où ils la veulent. Et devant des parents d'élèves  incrédules, les maîtres sont pris au dépourvu. Et l'école de perdre sa crédibilité et son aura.  L'école devient une institution dont on commence à se méfier... 

C'est la rentrée. La réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon et Benoît Hamon, puis celle du collège élaborée par Najat Vallaud-Belkacem (pour une entrée en vigueur à la rentrée  2016), s'attaquent-elles aux vrais problèmes?

Jean-Paul Brighelli : La réforme qui doit se mettre en place à l'automne 2016, et qui va être en cette rentrée, et tout au long de l'année, l'objet d'un matraquage sévère de la part des corps d'inspection, sommés de "vendre" les lubies ministérielles, dégradera encore les résultats des élèves en difficulté — ceux pour lesquels, dans une série d'affirmations stupides ou hypocrites, la réforme est soi-disant mise en place. La dégradation s'accentuera — on supprime tout ce qui pouvait favoriser chez les élèves l'émergence de talents individuels. Cet égalitarisme tue l'élitisme républicain — simplement parce que les pédagogues qui conseillent le ministre ne sont pas républicains. Et n'ont jamais appartenu à l'élite… Des zéros au pouvoir n'en deviennent pas pour autant multiplicateurs. Mais ils le croient !

Pierre Duriot : Cela pourrait être risible si ce n'était pas si grave. Tous les ministres sans exception depuis l'instauration du collège unique, se sont toujours targués de leur « vocation à  contrecarrer la dégradation continue des résultats des élèves de collège » et personne n'y est arrivé, pire la dégradation s'est affirmée au fil des ans. Il faut se rendre à l'évidence, celle qu'on décrite de nombreux analystes, le collège est le maillon faible du système éducatif, le plus faible devrait-on dire. Les problèmes sont bien ailleurs et hors de portée des sempiternels remaniements de programmes, d'emplois du temps, de contenus et d'aménagement de la scolarité. De la même manière que l'école est l'un des leviers connecté avec les autres, elle entre dans le cadre du projet général de société, savoir si l'on veut former des jeunes pour la société qu'on leur propose ou si on veut leur donner la capacité de la faire évoluer et dans quel sens.

Pour le moment on ne fait ni l'un ni l'autre et l'école sert invariablement de terrain électoral, pour obtenir, soit le vote des profs, soit celui des parents d'élèves. En pratique, les problèmes majeurs de l'école sont devenus la difficulté à se mettre au travail, à obtenir une ambiance de travail, à ajuster les comportements des uns et des autres, à appliquer les règles et à les faire respecter, à former et recruter les profs, dans une école « centrée » sur l'élève et « bienveillante », où le seul patron est finalement l'élève lui-même, celui qui bien souvent impose déjà sa volonté à ses parents. Contenus, emplois du temps, relations avec les parents, évaluations, bien-être de l'enfant, vivre ensemble, luttes contre le racisme, le sexisme, l'homophobie... monopolisent les réformes arrivant en rafales. Leur seul effet est une dégringolade mesurable du niveau général, particulièrement dans les fondamentaux que sont l'orthographe et les mathématiques, pendant que croissent les faits divers violents entre élèves, le harcèlement, les agressions d'enseignants... en définitive, le quart supérieur de bons et très bons élèves issus de familles favorisées tire vraiment son épingle du jeu, pour le reste, c'est cahin-caha, c'est à dire exactement à côté de ce qui est préconisé par chaque réforme qui ambitionne toujours, sans réel succès, de tirer des bons et très bons élèves des classes sociales les plus défavorisées et d'augmenter le niveau moyen.

Jacques Billard : La ministre de l'éducation dit de sa réforme qu'elle  a "vocation à contrecarrer la dégradation continue des résultats des élèves de collège".  Aujourd'hui, quels sont les manques criants et les axes d'amélioration incontournables dans le  domaine de l'école et de l'éducation?  L'exemple des rythmes scolaires est caractéristique. Sous couvert d'équilibrer la semaine  d'école, on a livré l'ensemble des enfants des écoles à des associations. Certes la plupart sont  dévouées et partagent l'idéal scolaire, mais bien d'autres sont pour le moins étranges,  communautaires, partisanes, etc. C'est au point que les parents qui en ont les moyens ne  laissent pas leurs enfants aux mains de ces associations.  Quant à la réforme des programmes, on ne fait que continuer sur la lancée : on les vide. La  nouveauté, due à notre époque de brassage des populations et à notre renoncement à être un  pays souverain, c'est l'introduction des éléments de relativisme et des éléments de repentance.  Si on y réfléchit bien, les réformes actuelles sont les bonnes ! Il faut arrêter de croire que nos  ministres sont mal informés ou qu'ils font les mauvais choix. Ce n'est pas par accident que sont  nommées, à l'Education nationale une personne très jeune et très peu diplômée et à la Culture une technocrate qui trouve normal de n'avoir rien lu de notre dernier prix Nobel. Leur signaler, à  ces ministres, qu'ils font fausse route ne servirait à rien puisqu'ils ne font pas fausse route. 

Le changement de société n'est cependant pas l'affaire de l'école. L'école c'est, pour les élèves  (et non les enfants), l'entrée dans la culture par la médiation d'un maître. Si on empêche le maître d'être un maître, par exemple en l'enfermant dans une prétendue équipe pédagogique, on n'a plus d'école. Si, de plus, la culture disparait, comme l'art avec, par exemple, le Vagin de  la reine, ou la science, prête à affirmer n'importe quoi, alors l'école n'est tout simplement plus  possible. Sans culture et sans maîtres, pas d'école, mais des centres de conformation. L'adaptation des programmes à ces nouvelles "cultures" peut donner l'illusion d'un progrès  modernisateur. Et d'autant plus qu'on les rédige en termes de compétences et non plus de notions. On ne demande plus aux élèves de savoir leurs tables d'addition ou de multiplication  mais seulement d'avoir "compris" le mécanisme opératoire. On ne leur demande plus de bien  écrire mais seulement de se faire comprendre. Et on leur épargne la langue du dix-septième  siècle, jugée au-dessus de leurs capacités. Que faudrait-il faire ? Revenir à une école qui enseigne. Transformer les enfants en élèves. Réhabiliter les enseignants en maîtres. Redéfinir les programmes en termes de notions. 

Retrouver les normes de la langue, ne serait-ce que pour ne pas les respecter. Etc. Il y a là les  principes d'une école de toujours, dont je constate qu'ils sont à l'œuvre dans toutes les écoles  qui forment les élites, mais qu'on empêche dans les autres.  On m'objecte que trop d'élèves ne réussiront pas à suivre. Mauvais argument. L'échec scolaire  est aujourd'hui, dans le triomphe des méthodes "nouvelles", le plus élevé de toute l'histoire de  l'éducation. C'est un niveau d'échec sans précédent ! Est-ce un accident ? Et pourtant la solution, si on la voulait, est toute simple. On rétablit la sixième A, la sixième B et  la sixième C. En A on place tous les élèves qui suivent facilement. Effectif à 30. En B, ceux qui  ont besoin d'une pédagogie plus attentive. Effectif à 18 ou 20, avec des maîtres formés dans ce  but. En C les élèves les plus difficiles avec des maîtres confirmés et volontaires, payés  nettement plus que les autres et libérés de tout programme, de toute instruction, de tout  horaire. Avec comme seule mission de réussir quelque chose, de les tirer d'affaire, ces élèves  au bout du compte pas si difficiles qu'ils paraissent. Effectif : 8 élèves par groupe. Mais le maître est totalement disponible.

Quels sont les retours d'expérience et les attentes des parties prenantes, parents et  professeurs? Primaire, collège ou lycée : quel cycle faut-il réformer en priorité et comment ?

Jean-Paul Brighelli : Il faut tout réformer ! La réforme du lycée version Chatel est une catastrophe. Celle du collège pourrait être mortelle — et j'appelle très fermement mes collègues à ne pas l'appliquer, croyez-moi, vous ne risquez rien, et la moitié au moins des inspecteurs qui vous la vendent la critiquent vertement dès qu'ils ne sont plus devant vous ! Le Primaire doit être révisé à la hausse — le français, en particulier, doit être l'objet d'un enseignement renforcé : sans maîtrise de la langue, on ne peut rien acquérir. Quant à l'apprentissage des "langues et cultures d'origine", c'est de la démagogie — et de la perte de temps, sans compter l'immonde flatterie des communautarismes qui menacent la république. 

Mais le cœur du problème, c'est le fameux "socle commun de connaissances et de compétences" — Lire, Ecrire, Calculer, S'Exprimer. Ce ne peut en aucune façon être un objectif : ce sont des pré-requis. L'objectif, c'est de transmettre la culture française — celle qui permettra à tous les élèves, quelles que soient leurs origines, de s'intégrer dans notre société.

Jacques Billard : Je crois que le corps enseignant est déboussolé. Il ne reconnaît plus ni son école, ni son pays.  Je connais des collègues qui m'avouent attendre la fin de l'heure encore plus que les élèves. On  me montre des bulletins trimestriels où l'on a porté "absent" en français, maths, histoire-géo  mais dont la moyenne générale, ne portant donc que sur les matières qui restent, se trouve ainsi  positive et dont l'appréciation générale se borne à un simple "doit être plus présent en classe".  Les appréciations négatives sont, en effet, interdites.  Réformer ? Mais il n'y a rien à réformer. Il faut seulement rétablir. Et d'abord la dignité de  l'institution scolaire. Ensuite il suffira de laisser le corps enseignant faire son métier et tout  s'ensuivra. Il n'est nul besoin de Conseil Supérieur ni de Haute Autorité... La priorité, c'est de  libérer l'école de la mainmise de l'État. L'université devrait suffire. 

Pierre Duriot : Au risque de faire de la publicité à M. Juppé qui vient de le réaffirmer, mais plus pour confirmer ce que l'on sait, l'apprentissage des fondamentaux, notamment ceux du CP, avec la lecture et les mathématiques, conditionne en tant que base de l'édifice, l'ensemble de la scolarité. Il faut donc effectivement « mettre le paquet » sur la petite enfance tant un cerveau et une personnalité bien structurés peuvent se frotter par la suite à tous les types d'apprentissages. Les problèmes rencontrés au collège ne se règlent pas au collège avec des adolescents en pleine restructuration. Ils s'anticipent dès la prime enfance, lors des années de maternelle, mais aussi durant les trois années de la toute petite enfance cruciales dans la construction de l'individu. Familles et école se partagent donc la responsabilité de ces fondations. Il faudra pour obtenir de réels effets, prendre le temps de réfléchir et surtout, apprendre à laisser de côté certains dogmes devenus omniprésents au fil du temps, citons, « l'enfant au centre », « la situation de réussite », « l'autorité traumatisante », « l'image de soi », « l'enfant acteur de ses apprentissages», « favoriser l'expression de l'élève »... il est question surtout aujourd'hui, à l'école, d'éviter le déplaisir à cet enfant, un peu comme en famille, mais en apprenant quand même à lire écrire et compter, ce qui demande des efforts, de l'expérimentation, l'acceptation et le dépassement des échecs, la tolérance à des frustrations qui ne manquent pas de survenir, avant de pouvoir s'exprimer, forcément avec ce que l'on a appris.

Il y a derrière tout cela une immense hypocrisie tant il est admis que pour atteindre un très haut niveau sportif, il faille s'entraîner et s'entraîner encore, surmonter les obstacles, analyser les échecs, optimiser les gestes et les postures de jeu. Également, avec un instrument de musique, il est parfaitement conçu qu'il faille maîtriser les gammes, après un travail ingrat et régulier, pour arriver à improviser ou entrer dans un nouveau morceau. A l'école, point de travail ingrat, encore moins d'échec... du facile et du ludique, pour un résultat qui doit être excellent. C'est tout simplement impossible. Les gammes de l'écolier sont les tables d'additions et de multiplications, les règles d'orthographe et de grammaire, les classiques de la littérature et des maths, faute de quoi une évolution dans le savoir ressemble à l'improvisation d'un non musicien qui découvre un instrument.

 

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Liberte5
- 31/08/2015 - 19:35
Des réformes pour détruire.
Les différents ministres, depuis la présidence de Giscard, ont mené les réformes pour aboutir à la destruction de cette formidable machine qu'était l'éducation nationale. Car enfin, prendre au fil des ans les mesures (pompeusement appelées réformes) pour aboutir (et ce n'est pas fini) à un désastre constaté n'est pas fortuit. Il s'agit d'un plan d'ensemble élaboré de longue date et commencé par le collège unique avec Giscard et Chirac. Depuis, chaque gouvernement a pris sa part pour détruire l'édifice. Le but? Ne garder qu'une élite pour diriger et avoir une population inapte à analyser , a critiquer, etc.Je me souviens, quand j'ai passé et réussi le certificat d'études en 1952, le socle de connaissances était d'un bon niveau. Idem lorsque j'ai passé le BEPC en 1954. L'examen d'entrée en sixième permettait de faire une sélection, ce qui n'empêchait pas ceux qui étaient dirigés vers le certificat d'aller ensuite vers des écoles professionnelles et de devenir des artisans, des entrepreneurs, des commerçants etc. Aujourd'huiil ne s'agit plus de faire des "réformes" plus ou moins boiteuses, mais de revenir pour l'essentiel a ce qui marchait avant les années 80.
michoulacolere
- 31/08/2015 - 18:05
A l' attention de Pourquoi Pas?
Comme vous , j' ai appris a lire , ecrire et compter dans des classes d' environ 50 eleves (en reprenant ma photo classe de CE1 au Lycee Montaigne a Paris (année scolaire 1954-1955) , en ai compte 52! Nous n' étions pas "modernes" , mais le système était bougrement efficace ! Et quelle connerie d' avoir supprime la distribution des prix (je n'ai jamais eu de prix , mais je pensais que ceux qui en avaient l' avaient bien mérité !!)
Fait a partir d' un clavier QWERTY
Anouman
- 31/08/2015 - 17:39
Ecole
Trente ans que l'on fait les mêmes constats que dénoncent les auteurs, trente ans qu'on en rajoute dans l'inefficacité...
Et on voit se succéder les ministres avec leurs réformes qui ajoutent de la médiocrité à la médiocrité. Ce n'est plus un problème d'école, c'est un problème politique. On est gouverné par des incapables, et les responsables sont les électeurs qui continuent imperturbablement de les élire, gauche, droite, gauche, droite, on avance mais il vaut mieux ne pas se demander où l'on arrivera. Mais c'est vrai qu'avec une école qui n'est pas capable d'apprendre les fondamentaux, comment aurait on des électeurs pertinents? C'est le chien qui se mord la queue.