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La classe moyenne est en train de disparaître aux Etats-Unis.
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Comment l’Europe et les Etats-Unis s’enferment dans un processus lent de destruction des emplois moyennement qualifiés
Publié le 27 août 2015
Alors que le marché du travail des Etats-Unis est marqué par une polarisation de plus en plus accrue entre très qualifiés et sans qualification, l'Europe, elle, semble préservée... Mais la tendance est au rattrapage.
Cécile Jolly est diplômée de Sciences Po Paris, titulaire d’un DEA de Sciences politiques sur le monde arabe (IEP Paris) et d’un MBA à l’ESSEC. Arabisante, elle a commencé sa carrière sur le monde arabe au sein de la Délégation aux Affaires stratégiques...
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Cécile Jolly est diplômée de Sciences Po Paris, titulaire d’un DEA de Sciences politiques sur le monde arabe (IEP Paris) et d’un MBA à l’ESSEC. Arabisante, elle a commencé sa carrière sur le monde arabe au sein de la Délégation aux Affaires stratégiques...
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Alors que le marché du travail des Etats-Unis est marqué par une polarisation de plus en plus accrue entre très qualifiés et sans qualification, l'Europe, elle, semble préservée... Mais la tendance est au rattrapage.

Atlantico : La polarisation des qualifications, a été identifiée dans les années 80 aux USA, avant de toucher l'Europe dans les années 90.Votre travail révèle qu'aujourd'hui, les USA sont plus touchés par cette polarisation. En Europe, l’élévation de la part des qualifiés est très nette mais on n’observe pas nécessairement une remontée des moins qualifiés, dont l’emploi décline comme celle des catégories moyennes, en particulier en France. Quelles sont les causes de ce phénomène ?

Cécile Jolly : Plusieurs facteurs explicatifs rendent compte de ce phénomène.

  • Le changement technologique, notamment le développement du numérique, entraîne une hausse des effectifs les plus qualifiés mais détruit des tâches routinières qu’elles soient manuelles ou cognitives. Les emplois peu qualifiés non routiniers qui nécessitent une interaction personnelle (garde d’enfants) sont davantage préservés que ceux des employés et des ouvriers qualifiés, plus faciles à automatiser.

  • L’automatisation des tâches et la standardisation des processus qui en résulte renforcent le potentiel d’emplois délocalisables. Il en résulte une désindustrialisation, accentuée par la concurrence mondiale, qui détruit essentiellement des emplois d’ouvriers qualifiés.

  • Cette désindustrialisation s’accompagne d’une tertiarisation de l’économie : moins d'industrie d'une part, mais plus de services à forte valeur ajoutée et de services à la personne d'autre part, c’est-à-dire des emplois très qualifiés et très peu qualifiés

  • Une plus grande dérégulation du marché du travail (pays anglo-saxons, réformes Harz en Allemagne) et/ou un salaire minimum en décroissance (Etats-Unis) comme les politiques d’allègement des charges sociales sur les bas salaires contribuent à la polarisation, en augmentant notamment les effectifs situés au bas de l’échelle des qualifications.

  • Certains changements socio-démographiques expliquent également la polarisation. L’augmentation continue du niveau d’éducation des populations, conduit notamment à une surqualification des individus en emploi, une tendance accentuée par le niveau du chômage qui inclinerait les recruteurs à embaucher des personnes plus diplômées que ne le requièrent les postes.

Quels sont les différents facteurs permettant d’expliquer ce différentiel entre Europe et Etats Unis ? Ce phénomène est-il spécifique des pays développés ?

Les différences d’évolution de part et d’autre de l’Atlantique relèvent de facteurs économiques mais dépendent aussi des politiques sociales qui n’offrent pas le même degré de protection sur les continents européen et américain. Les Etats-Unis ont inventé le numérique et la pénétration technologique y a par conséquent été plus précoce. Par ailleurs, on peut considérer qu’entre l’Europe et les Etats-Unis, il n’existe pas le même arbitrage entre la qualité de l’emploi et la quantité d’emplois. La montée des effectifs peu qualifiés aux Etats-Unis a eu pour contrepartie positive un chômage qui est resté modéré mais a eu également pour conséquence une montée des inégalités. Inversement l’Europe, notamment la France, connaît des niveaux de chômage beaucoup plus élevés en moyenne depuis les années 80 mais le poids des partenaires sociaux et des protections du travail (salaire minimum) a permis de maintenir davantage les salaires au milieu de la distribution, préservant davantage la classe moyenne.

La polarisation est un phénomène spécifique aux pays développés. Dans les pays émergents ou en développement, c’est la classe moyenne qui croît, une population, souvent salariée, qui occupe des fonctions d’ouvrier ou d’employé. Son salaire est au-dessus du revenu de subsistance et elle commence à pouvoir accumuler et à participer à la croissance par sa consommation. Dans ces pays, la part de la population qualifiée soit du fait de ses compétences (professions intellectuelles ou scientifiques) soit du fait de son revenu (chefs d’entreprises) est peu nombreuse. Cela tient à la fois à une faiblesse des postes qualifiés qui sont proposés du fait de la spécialisation de leurs économies sur des segments à faible ajoutée, mais aussi dans certains pays plus avancés, comme la Chine, à la difficulté de former une population nombreuse et d’inciter à la production de biens et services plus innovants.

Quels sont les effets à long terme, de cette polarisation du marché de l’emploi ?

Avant tout, nous ne sommes pas certains que la polarisation se poursuive. En Europe et en France, les très qualifiés continuent leur progression, et les professions situés au milieu de l’échelle des qualifications ont été durement touchés par la crise de 2008, en particulier dans l’industrie et la construction. L’impact sur l’emploi de la transformation des modèles économiques liée au numérique est très incertaine. Deux scenarios se profilent. Certains anticipent avec le «second machine age» la disparition accélérée de tâches routinières, qui toucheraient l’ensemble des emplois, y compris qualifiés et peu qualifiés. D’autres voient dans la révolution des services numériques une occasion pour les qualifications moyennes d’associer à leurs compétences une plus grande technicité et une relation client que les machines ne pourront pas reproduire.

La polarisation des qualifications, si elle peut être considérée par certains comme un mal nécessaire de la transformation technologique, est un handicap à long terme. Elle conduit, ce qui est déjà le cas aux Etats-Unis, à creuser les inégalités et à affaiblir la classe moyenne. Mais partant, les tensions sociales s’accentuent ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie, et les consommateurs potentiels en mesure d’acheter les biens et services produits s’amenuisent, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie. Dès lors qu'il n'existe pas une classe intermédiaire entre les très qualifiés et les peu qualifiés, l'ascenseur social est paralysé. Il est difficile d’imaginer qu’un individu va pouvoir entamer sa carrière comme garde malade et finir chirurgien s’il n’existe pas de profession intermédiaire entre le très peu et le très qualifié.

Quelles politiques publiques permettraient de répondre à cette situation ?

Les politiques redistributives permettent en premier lieu de limiter les effets néfastes de la polarisation sur le creusement des inégalités et la perte de pouvoir d’achat des salariés. La régulation du marché du travail constitue également un levier déterminant. Nous sommes aujourd'hui dans une phase où il va falloir réguler différemment, en particulier dans l’économie numérique ou collaborative où l'auto-entreprenariat va de pair avec moins de protection du travail et moins de protection sociale. Enfin, éviter le creusement de l’écart entre les très qualifiés et les très peu qualifiés nécessite une politique de formation tout au long de la vie. Cela signifie des financements pour cette politique de formation mais aussi un cadre adapté qui permettent aux individus de se former quel que soit leur statut et leur secteur d’activité. Cet accompagnement est le garant d’une adaptation des métiers aux transformations de l’économie.

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Phlt1
- 27/08/2015 - 18:08
@Vm
ce que vous mentionnez est le résultat de la "méthode globale", une aberration distillée à nos enfants depuis plus de 30 ans et qui a créé des vagues d'imbéciles irresponsables et déstructurés, mais dociles à la pensée socialiste. Moi qui suit issu d'un milieu modeste, je considère qu'il s'agit là d'un crime contre l'humanité et qui, un jour, devra être mis à jour. Nous savons aujourd'hui comment fonctionne le cerveau: il répond à l'intention. Si l'intention est un amalgame (méthode globale), le cerveau se structure dans l'amalgame. Si l'intention est la différenciation (méthode syllabique), le cerveau se structure de cette façon. Pour moi, c'est définitif, le plus grand cancer de l'humanité est le socialisme, particulièrement celui incarné par Mitterrand, Hollande, Jospin, Aubry, Valls, Chirac, Juppé...oups ma langue a fourché...ah non...même pas.!. Savoir que mon pays n'est plus le premier pays au monde en matière d'éducation est pour moi une réelle et profonde tristesse. Pour moi qui ait quasiment tout appris grâce à mon instituteur.
Vm
- 27/08/2015 - 07:26
Collectivisme et égalitarisme
L auteur ne mentionne pas l effet dévastateur de la baisse dramatique du niveau scolaire qui tend également à briser les capacités à monter dans l ascenseur social.
En moyenne dans mon entreprise sur 100 collaborateurs à peine 20 sont capables de rédiger un paragraphe de 10 lignes sans commettre des fautes d orthographe et de syntaxe préjudiciables à la compréhension du texte ( exemple courant : j'est vu au lieu de j'ai vu !!!).
Ceci est le résultat de décennies de pensée collectiviste et égalitariste qui concoure à faire s effondrer le niveau de l enseignement pour bannir la diabolique "sélection".
L entreprise ne peut pas faire grand chose contre la pensée unique