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Les expatriations ont bondi de 40% en 2013.
Diaspora
Retraités, jeunes diplômés, cadres supérieurs, riches : petite sociologie de ceux qui quittent la France
Publié le 14 août 2015
Les expatriations ont bondi de 40% en 2013, révèle les Echos qui précisent que la hausse a démarré en 2011 avec l'adoption des premières mesures d'austérité. Entre retraités, jeunes actifs qui vont tenter leur chance ailleurs et "rentiers", les raisons qui poussent des Français de tout âge et de toutes catégories socio-professionnels à quitter l'Hexagone sont multiples.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Les expatriations ont bondi de 40% en 2013, révèle les Echos qui précisent que la hausse a démarré en 2011 avec l'adoption des premières mesures d'austérité. Entre retraités, jeunes actifs qui vont tenter leur chance ailleurs et "rentiers", les raisons qui poussent des Français de tout âge et de toutes catégories socio-professionnels à quitter l'Hexagone sont multiples.

Atlantico : Parmi les Français qui s'expatrient, quelle est la part d'actifs (jeunes diplômés, cadres supérieurs, etc...) ? Combien sont-ils et quelles sont les raisons qui les poussent à partir ? Quelles pertes cela représente en termes économiques ?

Philippe Crevel : En 2013, plus de 3700 personnes se sont exilées pour des raisons fiscales en 2013. Ce nombre s’est accru de 40 % par rapport à 2012. Pour le seul ISF, 714 départs ont été enregistrés toujours en 2013, soit 15 % de plus que l’année précédente. Mais attention, il ne faut pas trop se fier à ses chiffres. En effet, l’administration ne suit les expatriations que depuis peu d’années. Nous manquons cruellement de recul en la matière. Les personnes non imposables ne sont pas obligatoirement répertoriées. Il s’agit en particulier les jeunes diplômés ou pas, qui partent voir si l’herbe est plus grasse ailleurs. Il y a ceux qui s’exilent à titre principal mais conservent une résidence secondaire en France.

Néanmoins, nous pouvons considérer qu’il y a trois catégories d’exilés fiscaux.

Il y a ceux qui pratiquent l’exode professionnel. Ce sont avant tout les jeunes qui partent au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Chine, en Allemagne… D’autres, plus âgées pratiquent l’exode patrimonial. C’est avant tout les dirigeants d’entreprise, de PME qui cèdent leurs parts ou qui transfèrent le siège social dans un pays plus clément fiscalement. Enfin, il y a l’exode de commodités ou de loisirs. Cela concerne essentiellement les retraités qui partent dans des pays ensoleillés pouvant offrir un climat fiscal sympathique.

Les jeunes sont certainement majoritaires mais leur nombre n’est pas facilement évaluable. Il est certain que les mesures prises en 2012 en ce qui concerne le régime fiscal des plus-values et l’assujettissement des dividendes aux cotisations sociales ont incité de nombreux dirigeants de PME de partir.

L’augmentation du nombre de départs est sans nul doute la conséquence de la mondialisation, mais ce facteur n’explique qu’une partie du phénomène. Les Français bougent de plus en plus. Il y a un effet crise. Face au risque du chômage, les jeunes actifs partent de plus en plus. Mais, il y a évidemment un effet ras-le-bol. L’exode fiscal a commencé a fortement progressé à partir de 2011, années des premiers alourdissements de l’impôt sur le revenu.

 

Qu'en est-il des retraités ? Combien sont-ils à partir et pourquoi ?

Les retraités ayant la seule nationalité française qui choisissent de vivre à l’étranger seraient 250.000. Ce nombre serait en augmentation de 4% depuis 2007.

En effet, il n’y a pas que les jeunes qui émigrent, il faut souligner que de plus en plus de retraités s’installent en-dehors des frontières à la recherche d’un havre fiscal ou ensoleillé. Depuis plusieurs années, les retraités français s’expatriant abandonnent les destinations les plus lointaines et privilégient le Portugal. Ce pays est fiscalement attractif avec une exonération fiscale des revenus durant dix ans. Au sein de la zone euro et relativement préservé des menaces d’attentats, ce pays apparaît plus sûr que le Maroc qui est l’autre grande destination des retraités. La qualité du système de soins et la proximité avec la France constituent des atouts de choix pour la péninsule ibérique. Une enquête réalisée en janvier par le site Opinion Way montre que sur le tiers des plus de 50 ans désireux de passer leur retraite à l’étranger, une majorité place le Portugal en tête avec 18% des suffrages contre 16% pour l’Espagne et 13% pour le Maroc. Dans la pratique, selon la Chambre de commerce et d’industrie franco portugaise, 4.000 retraités s’y seraient installés en 2014, et entre 6.000 et 20.000 sont attendus cette année.

 

Même question pour les "riches", les rentiers : pourquoi s'en vont-ils et combien sont-ils à faire ce choix ?

Il y a longtemps que les détenteurs de patrimoine important ont cherché légalement des pays fiscalement plus sympathiques. Les chanteurs, les sportifs et les dirigeants d’entreprises de bonne taille ont, de longues dates, choisi la Suisse ou la Belgique. Certains ont préféré Saint-Barth'. Parmi les 500 plus grandes fortunes françaises, une centaine a opté pour la Belgique. Cela correspond à un patrimoine d’au moins 17 milliards d’euros.

Y a-t-il d'autres catégories de la population concernées ?

Il y a de plus en plus de personnes qui n’ont pas de qualification et qui cherchent leur bonheur Outre-Manche ou même en Allemagne. Il y a aussi des cadres supérieurs qui commencent par s’expatrier et qui après quelques années décident de s’exiler fiscalement. Cela concerne en particulier des cadres qui travaillent à Londres ou à New York. Il y a 300.000 Français à Londres et 300.000 aux Etats-Unis dont un tiers dans la région de New York.

Quel manque à gagner cela représente-t-il pour les finances publique? Et quelles conséquences cela a-t-il pour l'économie française ?

En 2013, l’Etat a, au minimum, perdu entre 250 et 300 millions d’euros du fait de l’exil fiscal. C’est une goutte d’eau par rapport au 380 milliards d’euros de dépenses de l’Etat, environ 0,1 % des dépenses et même par rapport au déficit public qui est de plus de 75 milliards d’euros. Mais, année après année, le manque à gagner n’est pas négligeable.  Et puis, ce montant est certainement un minima. Par ailleurs, cette perte fiscale n’est pas la seule. Il faut ajouter le manque à gagner en matière de création de richesses. En effet, ce sont bien souvent des éléments dynamiques qui partent et créent de l’activité à l’étranger. Il y a un manque à gagner fiscal et un manque à gagner en termes d’activité qui est sans nul doute plus important.

Certains de ces expatriés reviennent-ils ? Au bout de combien de temps ? Et qu'est-ce qui pourrait les inciter à le faire ?

C’est évident, il y a des aller-retour avec l’étranger. Les jeunes actifs qui tentent leurs chances à l’étranger, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en Chine ont tendance à un moment ou à un autre à revenir. En revanche, les contribuables qui liquident toute leur fortune avant de partir ont plutôt l’idée de partir de France. Il s’agit, avant tout des dirigeants de PME.

Mais, il ne faut pas sous-estimer le mal du pays. En outre, les retraités peuvent également revenir afin de pouvoir accéder à des services de santé de qualité et bénéficier de l’appui de leur famille.

Par ailleurs, le ministère des Finances a communiqué certains chiffres : la "cellule de Bercy" a enregistré 37.703 retours depuis juin 2013, mais ce chiffre concerne plutôt des rapatriements de compte que des retours d’exil fiscal.

 

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