En direct
Best of
Best of du 13 au 19 juillet
En direct
© Reuters
Certaines personnes s'inscrivent de plus en plus en marge de la communauté nationale française.
Tu prends tes clics et tes clacs et tu te tailles

Il n’y a pas que les djihadistes ou les exilés fiscaux… : ces Français qui quittent la France même en y restant

Publié le 31 juillet 2015
Certaines personnes s'inscrivent de plus en plus en marge de la communauté nationale française, tout en vivant en son sein. C’est par exemple le cas d'une nouvelle catégorie de personnes désignées comme les "zadistes".
Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eddy Fougier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Certaines personnes s'inscrivent de plus en plus en marge de la communauté nationale française, tout en vivant en son sein. C’est par exemple le cas d'une nouvelle catégorie de personnes désignées comme les "zadistes".

Atlantico. Aujourd'hui, on assiste de plus en plus à des départs de Français qui expriment leurs désaccords envers leur pays : des exilés fiscaux qui crient leur ras-le-bol d'un système d'imposition jugé inégal, aux djihadistes qui embrassent quant à eux une cause d'un tout autre ordre. Parallèlement, certaines personnes semblent s'inscrire en marge de la "communauté nationale", tout en vivant en son sein. Qui sont ces exilés à l'intérieur ?  

Eddy Fougier : En effet, ce que vous décrivez est un phénomène assez préoccupant et surtout nouveau dans son ampleur. Sur le fond, aujourd'hui, l'idée d'une communauté nationale, de valeurs communes est de moins en moins admise. On peut le regretter mais c'est le cas. Pour vous répondre, les zadistes constituent un bon exemple de ces communautés qui se replient dans le rejet. Dans un ordre d'idée un peu différent, on pourrait citer aussi les marginaux comme les "punks à chiens", qui adhèrent à une mise en retrait de la société au sens strict et comme au figuré. De manière plus acceptée, on constate aussi le développement de communautés "autogérées", à dominance écologiste.

Une autre catégorie d'individus sont les religieux. On peut le constater sur le terrain en ce qui concerne les minorités, musulmanes par exemple, mais aussi chez les catholiques, que l'on a vu récemment se braquer avec une ampleur inédite lors du mariage pour tous. 

Dans les cercles politiques aussi, on peut observer ce phénomène. Ainsi, les militants des formations politiques notamment extrémistes, mais aussi au PS, démontrent parfois violemment leur rejet catégorique d'une forme de communion nationale qui ferait consensus. Dernièrement, par la violence dans leur contestation, les chauffeurs de taxi ont montré une inflexibilité marquante. De même, si vous discutez avec certains enseignants, ils peuvent se braquer sur l'Education nationale, les journalistes sur leurs déontologie, les agriculteurs, les notaires... Ces corporations ont sans doute raison, je ne m'attarde pas sur leurs revendications mais sur le fait que la notion de groupe, de communauté nationale est de plus en plus superficiel dans l'appréciation des événements.

Comment expliquer cette démarche ? Est-ce lié à un problème d'intégration au sein de notre société ? Quelle est la responsabilité des politiques et de leur discours ? 

Vous connaissez la blague de Coluche : Docteur je ne comprends pas, lorsque je mets le doigt sur mon épaule j’ai mal, lorsque je mets le doigt sur mon torse j’ai mal, est-ce que j’ai mal partout ? Et le docteur lui a répondu : "Vous avez peut-être mal au doigt". Là, le doigt, ce sont les valeurs partagées par la communauté nationale, autant les valeurs de janvier de l’esprit de Charlie, dont on a fait le constat que finalement elles n'étaient pas si unanimes que ça. Le socle commun de valeurs n'est plus reconnu en tant que tel par une grande partie de la société, y compris par des personnes qui viennent de milieu qui sont le cœur de la société.

On pourrait avoir tendance à considérer que les politiques ne constituent pas de bons communiquants. Normalement un homme politique doit proposer une vision de la société suffisamment parlante pour qu'on puisse y adhérer, et pour laquelle on a envie de se battre. Le dernier qui a voulu donner une vision globale, qu'on l’aime ou pas, c'était Nicolas Sarkozy.

Or depuis le milieu des années 1980, les hommes politiques n'offrent plus aucun modèle à la société française. Valéry Giscard d'Estaing avait développé une vision profondément moderne de la société, tout comme Pompidou qui avait une réel vision de la politique française. Et sans parler de de Gaulle ! Le basculement est probablement survenu dans notre manière de concevoir les réformes. Auparavant, les réformes étaient là pour les citoyens et elles allaient dans le bon sens : elle étaient animées par un progrès social, économique, matériel... Par plus de liberté. Avec le tournant de la rigueur en 83 et 84, cette inclinaison naturelle s'est muée au point qu'aujourd'hui, on se demande plutôt ce que l'on va y perde. Effectivement, l'adaptation de la société à la révolution industrielle, à la mondialisation, au marché unique, à l'euro, a abouti à un certain nombre de réformes qui ont été très mal vécues par une partie de la population. Pour beaucoup cela s'explique par une défaillance dans la présentation de celles-ci : il n'est pas possible de vraiment adhérer à une réforme si l'on nous dit qu'elle est "nécessaire", qu'il faut être fataliste.

C'est en ce sens que les politiques détiennent une responsabilité dans cette situation. Aujourd’hui, aux yeux de l’opinion, le discours politique est de plus en plus creux. Toutes les décisions prises soulèvent un certain nombre de critiques de la part des Français. L’Europe ne fait plus rêver, la France ne fait plus rêver. Avant on l’imaginait comme une grande puissance, la patrie des droits de l’homme. Aujourd’hui, nous avons vraiment du mal à nous projeter dans un avenir radieux. Il n’y a rien de très excitant dans l’avenir qu’on nous propose, si ce n’est des larmes et de la sueur !

Peut-on en établir un portrait sociologique ?

On retrouve surtout cet exil chez les jeunes. Mais, et contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces jeunes sont pour la plupart issus de la classe moyenne, alors qu'on aurait pu croire qu'ils venaient de banlieues difficiles par exemple. Ils sont donc à la base bien intégrés socialement, mais ne se reconnaissent pas dans la société. Ils vont la juger capitaliste, polluante, décrier la prédominance de la consommation, et donc l'assimiler à une société matérialiste, corrompue par l’argent etc. C’est une critique qui porte donc également sur le caractère éthique de la société, et en cela c'est grave.

Alors, ces individus prônent la décroissance, une forme d’anticapitalisme, ils ne jouent pas le jeu de la mondialisation, ils ne souhaitent pas jouer le jeu de la compétition économique, et reviennent à un mode plus durable, plus local... Dans un grand renoncement par rapport à la situation économique mondiale et à l'intégration de la France dans celle-ci.

Quelles sont les valeurs que ces individus revendiquent ? Dans quoi ne se reconnaissent-elles plus ?

Ils ne se reconnaissent plus dans les valeurs, comme la capitalisme, la société de consommation, la production industrielle, l’agriculture intensive. En soit, tous les éléments qui ont fondé le développement économique de la France depuis les 30 glorieuses. Cette population considère les 30 glorieuses comme une horreur, et comme un ensemble d’éléments à rejeter. Ce n’est pas nécessairement la société française qu’ils rejettent, mais l’état de la société de consommation. Ces personnes là sont pragmatiques, et elles ont la possibilité de mettre en place une alternative, elles le feront, comme en Ardèche, à Notre Dame des Landes. Elles restent ici car elles ont des opportunités concrètes de mettre en place des alternatives. On retrouve ce type de communauté dans tous les pays … En Grande Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis. Ce n’est donc pas tant lié au fait que ce soit la France ou pas.

Faut-il s'attendre à une augmentation du nombre de personnes épousant ce schéma de pensée ? Que faire pour le contrecarrer ?

Il ne me semble pas que ce soit profondément grave. En revanche, c'est une nouvelle fracture qui nourrit un éclatement de la société. Une société qui n’a plus les même valeurs, et surtout les mêmes objectifs est forcément en quête de sens. Et aujourd'hui elle part un peu dans tous les sens. Est-ce que c'est irrémédiable ? Je ne pense pas. Je pense qu'il faut qu'il y ait des entrepreneurs du sens, des individus qui redonnent envie.

A titre personnel, je considère que ce n'est pas nécessaire chez les politiques ou dans l'espoir en l'Etat que l'on retrouvera des personnes de ce type, car ils sont formatés dans des modèles et des schémas qui ne correspondent pas à ce besoin de renouvellement. Ce n’est pas non plus dans les marchés économiques, ni les entreprises, mais plus dans la société civile au sens large du thème. 

Je suis assez sensible sur ce que fait Alexandre Jardin, le fondateur de Bleu Blanc Zèbre, qui veut reporter toutes les initiatives positives faites par les citoyens, associations.

Lire également l'entretien politique d'Alexandre Jardin : “Avec Bleu blanc zèbre, nous travaillons à une révolution positive avant qu’une noire ne nous rattrape”

Dans quelle mesure est-ce que la réunion de l'ensemble des partie-prenantes dans la société -représentants politiques, société civile, associations, institutions- avec pour but de redéfinir des objectifs ou des valeurs communs à la façon des Etats-généraux de 1788, pourrait-elle redonner un souffle, une légitimité à l'action publique ?

Faire de la politique aujourd'hui est il est vrai de plus en plus difficile du fait de l'impossibilité de trouver des compromis.

Sur le fond, cette idée semble intéressante. Mais lorsque l'on voit l'inefficacité de l'instance en charge du débat public en France avec le dossier des OGM, on peut craindre un dialogue plus que compliqué, voire une réunionite. par ailleurs, si une telle idée était mise en place, elle ne devrait pas forcément l'être à l'initiative de l'Etat.

Lire également : La France peut-elle s’en sortir sans organiser des Etats généraux de la nation française ?

Il faudrait tout sur la table, les sujets qui fâchent pour véritablement refonder un pacte national. Le bénéfice ne serait pas négligeable, plutôt que d'attendre un éclatement de violences urbaines ou un symbole tangible du déclin, comme le fait de perdre notre siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais il serait tout aussi compliqué d'éviter qu'un tel rassemblement ne se transforme en pugilat instrumentalisé par les populistes.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Ces raisons pour lesquelles le marché de l’immobilier n’est pas vraiment favorable à ceux qui veulent se loger malgré des taux d’intérêt historiquement bas

02.

Dépenses publiques : Emmanuel Macron s’est-il définitivement converti au chiraquo-hollandisme ?

03.

Un million de personnes veulent envahir la zone 51 aux Etats-Unis

04.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

05.

Le chômage est au plus bas au Royaume-Uni depuis 1974. Comment l’expliquer dans un pays empêtré dans le Brexit ?

06.

Implants cérébraux : se dirige-t-on vers un accroissement des inégalités sans précédent dans l’histoire de l’humanité ?

07.

Vous croyez que l'Algérie a gagné par 1:0 ? Erreur : le score final est de 3:0 !

01.

Ces raisons pour lesquelles le marché de l’immobilier n’est pas vraiment favorable à ceux qui veulent se loger malgré des taux d’intérêt historiquement bas

02.

Camille Combal et Heidi Klum mariés en secret ; Karine Ferri &Nabilla, Kate &Meghan : tout était faux !; Libertinage et infidélités lesbiennes : Stéphane Plaza & Miley Cyrus assument; Brad Pitt & Angelina Jolie se réconcilient par surprise

03.

Les accusations de racisme et de sexisme portées contre Zohra Bitan pour avoir critiqué les tenues et la “coupe de cheveux sans coupe” de Sibeth NDiaye sont-elles justifiées ? Petits éléments de réflexion

04.

Le Sénégal triompha de la Tunisie par 1-0 : les supporters sénégalais se livrèrent alors en France à une orgie de violences

05.

Lignes de fractures : ce que les drapeaux algériens nous révèlent de l’état des Français (et des nouveaux clivages politiques)

06.

Critiquée pour son poids, Miss France réplique : "Moi au moins, j’ai un cerveau"

01.

Matteo Salvini / Carola Rackete : mais qui représente le plus grand risque pour la démocratie et la paix civile ?

02.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

03.

Face au "séparatisme islamiste" qui menace l’unité de la France, la tentation de "l’autonomie relative"...

04.

Intégration sensible : le cas particulier des immigrés d’origine algérienne ou turque

05.

François de Rugy a démissionné

06.

Les trois (fausses) excuses de Macron pour ne pas mettre en œuvre son programme de réduction de dépenses publiques

Commentaires (14)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Deudeuche
- 29/07/2015 - 16:31
@Frangipanier123Paris
Correct, mais la Postmodernité nous condamne car non représentatif de son concept de l'Homoccident avec St Barack comme figure de proue!
Fréquenter ses coreligionnaires chrétiens, c'est mal, conformer sa vie aux injonctions suggestives du journal de 20h00 c'est bien! Nous verrons en 2017 qui a promis quoi!
Nicolas V
- 27/07/2015 - 18:46
Oui justement
Qui sont les Zadistes ?
zouk
- 27/07/2015 - 17:25
ZADistes
Mais que sont-ils? Définition svp avant de discuter motivations et comportement. Article inutile sans ces éléments de base.