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Le 2 juin prochain les Sénateurs examineront l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés.
Le 2 juin prochain les Sénateurs examineront l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés.
Action coup de poing

Opération "die-in" des personnes en situation de handicap place Beauvau : "Une marque d'abandon, un gâchis économique et social assez monstrueux"

Publié le 27 mai 2015
Une quarantaine d'années après les premières esquisses légales et à l'aube de l'examen de l'Ordonnance à l'accessibilité au Sénat, la société française peine à faciliter la vie des personnes en état de handicap physique. Entre escaliers, manque d’ascenseurs ou de rampes d'accès, les handicapés ont bien du mal à se déplacer en France. En outre, leurs possibilités d'insertion sur le marché du travail restent marginales.
Alain Rochon
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Alain Rochon est président de l'Association des paralysés de France.
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Une quarantaine d'années après les premières esquisses légales et à l'aube de l'examen de l'Ordonnance à l'accessibilité au Sénat, la société française peine à faciliter la vie des personnes en état de handicap physique. Entre escaliers, manque d’ascenseurs ou de rampes d'accès, les handicapés ont bien du mal à se déplacer en France. En outre, leurs possibilités d'insertion sur le marché du travail restent marginales.

Atlantico : Le 2 juin prochain les Sénateurs examineront l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés. Pourquoi opter pour un die-in alors que les sénateurs cherchent via cette ordonnance à réduire les possibilités de dérogations et à augmenter les aides versées aux établissements publiques ?

Alain Rochon : Tout d'abord, l'opération coup de poing a lieu ce matin en même temps que le Conseil des Ministres, place Beauvau, pour frapper plus fort.

Notre mécontentement s'adresse principalement à l'encontre des Ministres et du Président de la République. Cette après-midi nous nous rendront au Sénat en vue de demander une rencontre avec les présidents de groupes. Ceci aura pour but de leur signifier que, même si l'Ordonnance à l'accessibilité des établissements par les personnes handicapés été amendée, il y a encore des efforts à faire !

Nous agissons en ce jour puisqu'il s'agit de la dernière ligne droite avant la ratification du texte par les Sénateurs. Toutes les associations concernées éprouvent le besoin d'un vis-à-vis avec le Président de la République, d'autant plus que le Gouvernement ne semble pas prêt à revoir ses positions quant à l'insertion de personnes handicapées dans la société française. Les Sénateurs et Députés paraissent emplis de bonne volonté, mais rien ne bouge.

Il faut aussi préciser que, néanmoins, derrière cette Ordonnance se cache un certain nombre de décrets et d'arrêtés –ne dépendant pas du Sénat- qui ne vont pas dans un sens positif. Ces législations ont, bien sûr, été présentées au Conseil d'Etat pour recours à l'excès de pouvoir mais, ici encore, le manque d'action est flagrant !

Le système a certes été un peu durci, sans toutefois supprimer les nombreuses dérogations encore possibles. Il existe des amendements censés encadrer la mise-en-rigueur des législations par les bâtiments publics, mais les délais définis sont toujours longs et facilement contournables. Les motifs de dérogations se multiplient régulièrement alors même, que la simple motivation d'un refus annule toutes possibilités de poursuites judiciaires. Est souvent mis en cause le manque de moyens financiers nécessaire à couvrir les frais de ces travaux. Cependant, il suffirait aux collectivités d'emprunter à très bas taux de l'argent à la Caisse de dépôt ou à BPI France pour rendre l'accessibilité aux personnes handicapées. En outre, si le respect des règles paraît simple, il permettrait aussi aux administrateurs de ces lieux de ne pas se mettre en position d'illégalité !  

Finalement, notre principale colère réside dans le fait que, depuis la loi instaurée par Jacques Chirac en 2005, la situation n'a guère évoluée voire reculée. D'un point de vue global, depuis la première loi de 1975, peu semble avoir été fait ! Nous sommes donc catastrophés !

En 2005, sous la présidence de Jacques Chirac avait été promue une loi visant à pousser les établissements à s'équiper pour un accueil optimal des personnes handicapées. Le 26 février dernier le délai de 10 ans accordé par cette loi a été repoussé. Le manque de moyens des établissements publics et privés est-il la seule explication à cette rétractation ?

Il y a 10 ans Jacques Chirac -père d'une fille en situation de handicap- a porté cette loi qui n'était ni pilotée ni financée. A présent, l'ordonnance en cours de ratification fait le constat que nous n'étions pas dans les clous, que suivre ce délai était matériellement impossible.

La base de cette prolongation des délais est compréhensible en partie à cause de l'actuelle crise économique qui ralentie les grosses dépenses. Cependant, les délais premiers étaient déjà trop importants et il est aberrant que rien de concret n'ait été fait depuis 40 ans et la première loi à l'accessibilité !

Par ailleurs, en 2010 le Gouvernement n'a pas souhaité faire les choix politiques pour accélérer la machine administrative ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient dans l'incapacité de le faire. Lorsque l'on cherche de l'argent on le trouve! Il n'a pas voulu faire l'avancée –baissant même ses exigences- alors qu'elle aurait pu être profitable surtout en période de crise !  

Adapter la société et rendre la vie plus facile, n'est pas une charge financière en tant que tel mais plutôt un investissement. Ce qui est encore plus vrai lorsque l'on réfléchit au fait que ces travaux, en plus de bénéficier aux personnes en état d'handicap moteur, profiteraient tout autant aux parents de jeunes enfants lorsqu'ils se déplacent avec des poussettes. Ainsi, permettre à ces personnes de se rendre plus facilement dans les commerces, c'est aussi leur donner la possibilité de consommer et par là-même la croissance est favorisée.

Les nouveaux délais varient de 3 à 9 ans selon les lieux. Ces éternelles fuites en avant de la part des différents gouvernements ne font-ils pas craindre un abandon de ces mesures ?

Toutes ces dérogations et prolongations, montrent bien que tout le travail abattu a eu pour seul impact de débarrasser les acteurs (c'est-à-dire ceux qui auraient dû entreprendre ces travaux) de cette hantise de la fonction pénale. Toutes les exigences ont été  tirées vers par le bas illustrant le fait même que le thème de l'accessibilité est considéré comme étant insipide !

C'est une marque d'abandon, un gâchis économique et social assez monstrueux !

Ainsi, on ne craint pas directement l'abandon de la question, puisque que quelques avancées ont eu lieu, mais l'on est atterré par le manque d'intérêt général que déclenche cette question. D'autant plus que d'autres pays européens, l'Angleterre par exemple, sont bien plus en avance que nous : si ils réussi à donner ce statut aux handicapés moteurs, pourquoi sommes-nous tellement en retard ?

Outre, l'accès aux établissements publics et privés quelle est la possibilité d’insertion des personnes handicapées sur le marché du travail ?

C'est une autre question, mais la réalité est connue : seulement 1/3 des personnes handicapées sont actives sur le marché du travail face à 2/3 de valides. Néanmoins, il est vrai qu'en période de crise -alors que le chômage des jeunes et celui de longue durée sont si importants- il est difficile de maintenir ou de faire progresser l'employabilité des handicapés.  

On sait également pourquoi, les taux d'insertion des handicapés sont si désastreux : ils sont bien moins formés que la moyenne !  D'autant plus, que de nombreuses formations ne leur sont pas accessibles ! Il est alors facile pour l'employeur de dire que le niveau requis par le poste ne correspond pas à celui d'un travailleur handicapé !

Ce problème, nous agace surtout car dès lors que l'on donne sa chance à une personne handicapée elle performe aussi bien que n'importe qui d'autre et parfois mieux (moins de pauses, d'où plus L'analyse est claire, la cause et le remède sont connus : il faut instaurer de meilleures formations professionnelles à l'intention des personnes handicapées !  On pourrait aussi accompagner les personnes handicapée sur le lieu du travail, pour qu'elles puissent s'adapter, ce qui faciliterait leur insertion. On sait que les personnes handicapées sont motivées, elles veulent s'insérer socialement, or travailler est un moyen de gagner en dignité et de remédier à toute marginalisation !

Encore une fois des mesures avaient été promises –par François Hollande notamment- mais aujourd'hui le résultat n'est toujours pas là ! Par exemple, cela fait aussi six ans qu'un décret avait été promu en vue d'adapter les locaux neufs aux travailleurs handicapés et à ce jours, rien n'avance !  

Selon vous, quelles sont les mesures à prendre impérativement pour faciliter la vie des personnes en état d'handicap ? Pensez-vous que les gouvernements y ont été insensibles jusqu'à aujourd’hui ?

Le dossier numéro reste l'accessibilité pour handicapés moteurs. Ils doivent pouvoir sortir de chez eux, faire leurs courses, aller au cinéma… comme tout le monde !  

Récemment un sondage a été réalisé par l'IFOP duquel il ressortait que le grand public était assez proche de ces analyses. C'est-à-dire qu'il était loin d'être insensible à la question et se montrait en faveur d'une amélioration de l'accessibilité. Demeure donc la même incompréhension : pourquoi aucune action véritable n'est prise de la part de politiques ?   

Cette enquête illustrait le décalage entre la réalité et la façon dont les maires, conseillers départementaux et ministres réfléchissent au problème. Il n'y a pas de désintérêt mais ce n'est pas non plus une priorité !  

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