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Optimisme contre pessimisme

Valls en guerre contre les intellectuels dépressifs : mais de Onfray à Todd en passant par Finkielkraut, comprend-il vraiment le reproche qui est fait aux élites politiques françaises ?

Publié le 08 mai 2015
Dans une tribune, le Premier ministre dénonce le "cynisme ambiant" et le "renoncement en règle" de la part d’intellectuels "qui ne croient plus en la France". Il aimerait "que plus de voix s’élèvent pour défendre notre pays, pour mieux en penser les défis, pour relever l’étendard de l’optimisme."
Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.
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Dans une tribune, le Premier ministre dénonce le "cynisme ambiant" et le "renoncement en règle" de la part d’intellectuels "qui ne croient plus en la France". Il aimerait "que plus de voix s’élèvent pour défendre notre pays, pour mieux en penser les défis, pour relever l’étendard de l’optimisme."

Atlantico : Manuel Valls a vivement réagi jeudi 7 mai, en réaction au dernier ouvrage d'Emmanuel Todd, dont l'objet est de dénoncer les "impostures" de l'après Charlie Hebdo. Il en a également profité pour mettre en garde contre le pessimisme de certains intellectuels. Pour autant, des intellectuels tels que Michel Onfray, Alain Finkielkraut, ou encore Emmanuel Todd, ne permettent-ils pas d'apporter une voix certes discordante, mais aussi lucide sur les maux de la société française ?

Yves Roucaute : La lucidité ne me paraît caractérisée ni les uns, ni les autres. Et l’honnêteté intellectuelle, moins encore.

Manuel Valls n’a pas saisi le problème né des manifestations, préférant plaquer une vision rassurante pour son gouvernement et sa vision restrictive  de la laïcité. Il n’a pas vu les effets pervers produits par le fameux « Je suis Charlie » sur lequel je m’étais autorisé un article de mise en garde dans Atlantico au lendemain des manifestation En particulier sur les effets d’exclusion des démocrates musulmans qui ne pouvaient évidemment manifester en disant « je suis Charlie », l’odieuse négation des meurtres des juifs qui ne pouvaient être réduits à un crime contre la liberté d’expression et le problème posé pour de nombreux citoyens, chrétiens ou athées, qui ne pouvaient accepter de réduire leur protestation à un soutien à un journal dont ils ne partagent pas les convictions.

Mais il n’a pourtant pas tort de dénoncer certains « intellectuels » qui vivent dans l’imposture en vendant des réflexions simplistes dignes du café du commerce. Ainsi, cette prétendue analyse de Emmanuel Todd sur sa « honte » des manifestations, sur « le catholicisme zombie », et les manifestations antimusulmanes et vichyste. A l’évidence, son livre est un gros article, bâclé en quelques jours pour faire « un coup » sans aucune étude de terrain. Comment est-ce possible ?

Imaginez en Allemagne ou aux États-Unis des « intellectuels » mis en avant par le choix des médias et du copinage politique ou bien un livre sorti à la va-vite en quelques semaines sur un phénomène social d’une telle ampleur, avec le seul objectif de l’éditeur, le Seuil, de gagner de l’argent en prenant de court les concurrents? C’est impossible. Les medias et le personnel politique vont chercher les vrais penseurs là où ils se trouvent, dans les universités, les laboratoires, les think tanks. Un auteur qui ferait cela serait dénoncé, si, improbable, il trouvait un éditeur. Dans l’hexagone, nous avons des « intellectuels » connus par leurs relations mondaines, dont le premier talent est de répondre aux demandes des marchands de livres et de courtiser la machine médiatique bien qu’ils ne soient en rien reconnus par le monde scientifique, universitaire et intellectuel. D’où ces débats qui tombent en quenouille.

Dans sa tribune, parue dans Le Monde, le Premier ministre dénonce notamment un Emmanuel Todd "qui voit dans les « élites » un groupe fondamentalement méprisant, « mondialiste », dont la seule motivation serait de trahir le peuple". Si ces auteurs peuvent jouir d'une certaine portée en France, n'est-ce pas aussi parce qu'ils font un diagnostic pertinent ?

A nouveau, il me paraît difficile de trancher entre ces deux camps qui me semblent d’ailleurs très éclatés.

Pour ce qui est de « trahir le peuple », il me semble en effet que le gouvernement actuel a trahi ses électeurs qui attendaient la fin du chômage, une France pacifiée,  une amélioration du niveau de vie et bien d’autres réalisations. Il a aussi trahi sa gauche. Cela fait beaucoup. Et il est autiste aux demandes du pays profond qui attend des solutions et non des slogans du type « Le changement c’est maintenant » ou des polémiques sans intérêt avec des intellectuels mondains. C’est d’ailleurs un facteur non négligeable d’explication du succès du F.N. dont le PS prépare le lit.

En face, je ne crois pas à un que les « intellectuels » des médias aient le même diagnostic, voire, pour certains, la moindre idée. Ils ont tout juste des opinions. Même si certains, je pense à Michel Onfray dont je ne partage pas les idées, travaillent et si  leur courage est réel.

Mais, puisque être intellectuel historiquement, depuis l’affaire Dreyfus, c’est porter le débat dans la Cité à partir d’idées, les deux camps ne présentent pas une alternative. À moins d’imaginer la scène politique comme une commedia dell’arte.

Quand on aime la France et que l’on est un politique, il faut écouter le pays et lui proposer une alternative en tenant ensemble la puissance de la France, son mode de vie, ses valeurs universelles d’origine judéo-chrétiennes, n’en déplaise à Emmanuel Todd et aux islamistes. Pour cela, il faut appeler de véritables intellectuels pour apporter une vision du monde et des solutions, loin des pollutions mondaines.

En quoi les élites politiques françaises, en tout cas certaines d'entre-elles ont-ils également leur part de responsabilité dans cette "tentation populiste" que le Premier ministre évoque ?

Oui, cela tient en un mot: l’incapacité de penser et le recrutement des élites. Venues souvent de la haute bureaucratie, les élites politiques ne sont pas formatées pour produire des stratèges mais des gestionnaires. Il n’y a pas un seul pays démocratique au monde où la haute administration tient tous les pouvoirs, exécutif, législatif et judicaire, avec cette incroyable séparation de la justice administrative et de la justice ordinaire destinée à protéger l’administration. Aucune démocratie véritable ne l’accepte. Le premier corolaire, c’est que des faiseurs peuvent aisément passer pour des penseurs auprès de ces politiques sans armature théorique. Le second corolaire, c’est que les élites, se pensent au dessus du monde ordinaire sous l’idéologie de la compétence, et se coupent mécaniquement de la population. Le troisième corolaire, c’est que le populisme n’a plus d’obstacle en face de lui et il peut séduire facilement l’imaginaire de ceux qui ont de l’ambition mais pas d’idées et de la population qui souffre mais ne trouve que la démagogie comme alternative politique.

D’où la médiocrité des élites, comme le notait Christian Saint-Etienne. D’où le projet gouvernemental sur l’éducation, symptôme de cette violence politique faite par une élite socialiste sûre d’elle et de ses droits, à laquelle de vrais intellectuels, tels Marc Fumaroli ou Régis Debray essayent de s’opposer. D’où l’attirance pour le F.N. de la population.

Quand on voit la qualité du débat politique au Royaume-Uni, sur les questions de l’Ecosse ou de l’Europe, il est difficile de ne pas souhaiter la réforme du recrutement politique. Il faut recoller les élites politiques au local en mettant à plat tous les problèmes, sans tabou, et donner le pouvoir à ceux qui ont une pensée stratégique. Peut-être Nicolas Sarkozy sera-t-il une chance pour sortir le pays de cette ornière? On le saura bientôt. Parmi les prétendants sérieux, il est le seul qui ne soit pas issu de l’ENA.

Sur quels sujets, thèmes les élites politiques ne reflètent-elles pas les craintes et les aspirations de la société française globalement ?

Il y en a tant (rires). Les élites politiques ne saisissent pas le désarroi d’une population qui croit encore en la politique. Car les Français croient en la politique et ils croient en leur pays. L’Europe ? Pourquoi pas, mais pas celle des gestionnaires. Ils veulent une France puissante donc lucide sur les rapports de forces européens et mondiaux, y compris avec nos alliés. Identité ? Ni laxisme, ni droit à la différence, mais une assimilation sur une base commune et tolérante du vivre ensemble et sur les valeurs universelles non négociables, comme la dignité de la femme. Chômage ? Fi des recettes de partage du travail, d’augmentation des impôts et charges, des réformes de bric et de broc qui profitent à la bureaucratie. A la place, une réfelxion générale pour la libération des énergies et les aides à la créativité qui produit des brevets et des emplois, avec la recomposition d’une politique réellement solidaire, car telle est la culture généreuse et chrétienne de la France en cette période de crise. Education, famille, culture, régions d’outre-mer, francophonie, environnement, pouvoir local, monde agricole, les demandes des Français sont multiples. Il reste à organiser les moyens de les entendre et de choisir ensuite la bonne politique. Quand elle sera mise en œuvre, gageons que les intellectuels de Cour eux-mêmes accourront pour s’en attribuer les mérites.
 

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cloette
- 09/05/2015 - 10:21
rectif
parti politique et non article politique !
cloette
- 09/05/2015 - 10:20
je conteste le terme d'élite politique
Prenons l'exemple d'un quidam muni d'un diplôme sans importance à la portée de beaucoup : il s'inscrit à 20 ans dans un article politique il se dévoue il milite , élu sur des listes il n'a jamais travaillé et 30 ans après devient. élite mais non , une élite c'est autre chose , et en général ce n'est pas un fonctionnaire même si c'est possible , en tout cas ce ne peut pas être la personne ainsi décrite !
Benvoyons
- 09/05/2015 - 10:13
Olivier K. - 09/05/2015 - 09:54 TU as parfaitement raison
En effet dans les entreprises UK, ou Germaniques, et bien c'est d'abords l'esprit conquérant, la dynamique positive,la conscience de la réussite de l'entreprise qui priment sur les diplômes. C'est pour cela que dans ces pays et bien les Fonctionnaires n'ont pas le droit d'être des élus et même s'ils démissionnent et bien s'ils ne sont pas réélus ils n'ont pas le droit de revenir dans la Fonction Publique. C'est pour cela aussi que les politiques dans ces pays représentent sont des gens de la société civile, l'inverse de la France.