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La une du journal Le Monde daté du 30 avril.
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C'est très à la mode

Les messieurs Jourdain de l’identité nationale : ce débat qui scandalisait tant Le Monde et la gauche morale et auquel ils se livrent pourtant en permanence désormais

Publié le 30 avril 2015
Le Monde a décidé de consacrer sa une à l’affaire de cette collégienne de Charleville-Mezières qui s’est vue refuser l’accès à son établissement en raison d’une jupe dont la longueur en faisait, selon la direction, "un signe ostentatoire d’appartenance religieuse".
Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Le Monde a décidé de consacrer sa une à l’affaire de cette collégienne de Charleville-Mezières qui s’est vue refuser l’accès à son établissement en raison d’une jupe dont la longueur en faisait, selon la direction, "un signe ostentatoire d’appartenance religieuse".

Atlantico : On se souvient que le débat sur l’identité nationale avait été durement critiqué en 2009 par Le Monde et la classe politique de gauche : « xénophobe », « manœuvre indigne », notion quasi-inexistante…  Cependant Le Monde fait-il vraiment autre chose qu’animer ce débat, en parlant et en prenant position sur les questions relatives à la laïcité et à la place de l’islam dans la société ?

Guylain Chevrier : Dans cette affaire, il s’agit de bien rappeler tout d’abord le contexte, comme le font les services académiques que plusieurs jeunes filles, dont la jeune Sarah au cœur de la polémique, se seraient présentées au collège vêtues de jupes longues, en réaction à un incident récent lié à l’interdiction du port du voile dans l’établissement. Il s’agit donc d’une provocation assumée qui a motivé la décision de toute l’équipe éducative rectorat inclus, de leur interdire l’accès en classe. Elles ne sont donc pas exclues et comme généralement, l’institution scolaire procède par le dialogue pour venir à bout de ces difficultés, mais se doit de faire respecter les principes. Ce qui ne devrait faire aucune polémique, car c’est bien la loi du 15 mars 2004 d’interdiction de signes ostensibles dans l’école publique qu’il s’agit là de faire respecter, comme le ministère de l’éducation nationale l’indiquait mardi, c’est « la combinaison entre la tenue et l’attitude qui fonde le non-respect » de la loi interdisant le port de signes ostensibles. C’est bien ici le cas, semble-t-il ! Une position qui se différencie une fois de plus de celle de l’Observatoire national de la laïcité qui ne voit pas là, selon son rapporteur général Nicolas Cadène, de quoi sanctionner. On se rappelle qu’à peine mis en place, son président Jean-Louis Bianco déclarait qu’il n’y avait aucun problème avec la laïcité en France !

 

On s’étonnera ici que le journal Le Monde ait cru bon de prendre à témoin dans son article le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui se dit avoir été saisi de plus d’une centaine de cas de collégiennes et de lycéennes à qui leur établissement reprochait une tenue vestimentaire de ce genre. Une organisation connue pour être un ersatz des indigènes de la République, une organisation communautariste, qui précisément demande l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 et définit la laïcité comme discriminatoire. Le CCIF publie un rapport annuel des actes qu'il juge islamophobes, et dont la méthodologie est très critiquée. Selon Ivan Rioufol du Figaro, le Logo du CCIF est stylisé pour signifier « SIF », ce qui signifie en arabe « le glaive de l'islam » (Ivan Rioufol, Pourquoi je suis convoqué par la Police Judiciaire, 10 juin 2013). Dans le Nouvel Obs, Yves Delahaie estime que "le collectif est loin d’être motivé par le combat du racisme envers les musulmans mais est bel est bien porteur d’un combat idéologique visant à défier la République dans ses principes laïcs » (Le Nouvel Obs le 23/05/2013). Faire appel au CCIF ici, c’est comme aller interroger le patron d’une entreprise en grève à propos du syndicalisme. Derrière l’écriture léchée du journal Le Monde, il y a là à tout le moins, la volonté d’orienter les choses dans une certaine direction. C’est son choix, mais alors effectivement, pas de leçon de morale !

 

Cet incident est révélateur d’un malaise de plus en plus prégnant dans un contexte de montée en tension autour de la façon dont une partie grandissante des musulmans entend vivre sa religion sans entrave, en réclamant de la France qu’elle s’y adapte. L’invocation de la laïcité ne servirait selon certains qu’à empêcher les musulmans de pratiquer leur religion, ce qui est ici le cas pour le représentant du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, président de l’Observatoire « des actes islamophobes », qui le dit sur I-Télé interrogé par téléphone dans le grand décryptage d’hier soir. Il soutient l’attitude militante des jeunes filles qui refusent de se soumettre aux règles de neutralité de l’école et donc d’un groupe de pression qui s’oppose au respect de la loi. Le Conseil Français du Culte Musulman nous rappelle ainsi à sa façon les graves risques qui pèsent sur cette dernière comme sur notre société, sur ces valeurs collectives de liberté, d’égalité et de fraternité chèrement acquises et dont la valeur est sans ambiguïté soulignée par les événements du printemps arabe, autour de la tentative de conquête qui s’y joue, du principe de liberté.

 

Faut-il en conclure que la tenue de ce débat était utile, et que Le Monde ainsi que la « gauche morale » en général, le reconnaissent sans vraiment l’admettre ? Les termes de ce débat avaient-ils été mal posés, ou bien celui-ci était-il intervenu trop tôt pour les mentalités de l’époque ?

Le Monde ne manque pas de se positionner dans cette affaire des longues jupes en entretenant l’ambiguïté, d’ailleurs comme sur bien d’autre sujets qui relèvent de la lecture que nous pouvons avoir de nos valeurs collectives et de ce que nous entendons en faire, particulièrement concernant la laïcité. C’est une valeur et un  principe de droit qui est au cœur de l’identité de la Nation, ciment de notre vivre ensemble, du lien social tel qu’il s’établit à partir de valeurs et normes communes, qui nourrit notre cohésion sociale. Ce journal comme les autres contribue à travers sa grille de lecture idéologique, à façonner notre identité commune, qui tient de la façon dont se représente à ses propres yeux la Nation. Pour tout lecteur assidu de ce journal, il ne fait pas mystère qu’il argumente de façon dominante dans le sens de la reconnaissance des minorités et d’une laïcité dite « ouverte », qui en fait y perdrait son âme, en se transformant en traitement égal des différences, des religions, au lieu de porter l’intérêt général au-dessus d’elles. C’est bien son droit d’ailleurs, mais qu’il ne vienne pas s’offusquer en jouant à la vierge offensée, lorsqu’il est question d’identité nationale, car sans prononcer le terme, il la fabrique assez chaque jour à la façon dont il l’entend. C’est un peu comme pour l’islamophobie, on accuse toute critique de l’islam de s’y assimiler pour mieux pouvoir affirmer sa religion en empêchant qu’on puisse la critiquer.

 

Le journal Le Monde a eu beau jeu, effectivement, de critiquer cette tentative de mise en débat de la notion d’identité nationale lors de la présidence précédente, car les précautions et l’adresse nécessaire étaient bien loin de la méthode et de l’esprit de ses organisateurs. Si le thème recouvrait une question de fond qui reste en attente de traitement rigoureux, la résonance opportuniste de ce débat, dans un contexte de recentrage sur des thèmes jusqu’alors essentiellement portés par le FN, posait nécessairement problème. Le FN systématise le lien entre rejet de l’immigré et affirmation de la laïcité pour légitimer une préférence nationale qui tourne le dos en réalité aux valeurs républicaines et laïques, ce qui devrait être déminé avant toute entreprise de débat national dans ce domaine, au risque sinon d’être soi-même en risque de confusion et de banalisation des idées de cette organisation, avec tous les dangers qu’elles font peser de fracture sur notre société. Tout donnait l’impression d’une tentative de récupération d’un électorat perdu de la droite conventionnelle, sur le mode d’un glissement extrême droitier de l’UMP. Par-delà son contenu et la façon, il a eu cependant peut-être l’intérêt de lever un tabou, en réintroduisant le lien entre identité collective, nation et laïcité.

 

Porter le débat sur l’identité de la Nation, sur le contenu de notre République, de savoir ce qu’il reste de ses quatre dimensions portées à l’article premier de la Constitution, à savoir qu’elle est dite « indivisible, laïque, démocratique et sociale », n’est pas secondaire, mais capital. Supprimer l’un de ces termes c’est en finir avec les autres. La République est-elle encore indivisible lorsque l’on assiste au fait qu’une partie croissante de nos concitoyens musulmans manifestent la volonté d’imposer leurs rites, pratiques religieuses à la règle commune, dans tous les espaces de notre société, à travers des revendications communautaires à caractère religieux ? Lorsqu’ils affirment ainsi une volonté de se séparer et de faire fracture avec cette République ?

 

Pour bien comprendre ce qui se jour là, lisons le constitutionnaliste Guy Carcassonne : « L’égalité de tous les citoyens, « sans distinction d’origine, de race ou de religion », impose qu’eux seuls soient titulaires de droits, car reconnaitre des droits à des groupes pourrait rompre l’égalité entre citoyens selon qu’ils appartiennent ou non à tel ou tel groupe » ((Guy Carcassonne, La Constitution, Points Essais). Le voilà le danger communautariste, la fin du peuple et de toute idée de Nation rassemblée, d’histoire commune !

 

L’identité nationale mériterait plus d’un débat aujourd’hui lorsque par exemple, dans le cadre de la réforme des collèges, à propos des programmes d’histoire, on découvre qu’en 5e la thématique «L’Islam: débuts, expansion, sociétés et cultures» est obligatoire alors que les thématiques sur le christianisme sont facultatives, en 4e, que les thématiques «Pensée humaniste, réformes et conflits religieux» et « Sociétés et cultures au temps des Lumières» sont facultatives quand les thématiques «Un monde dominé par l’Europe: empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières» pour les XVIIe et XVIIIe siècles et «Conquêtes et sociétés coloniales» pour le XIXe sont obligatoires. On ne s’y prendrait pas autrement pour mettre l’école en reflet, à travers ses programmes, d’une société composite à laquelle on entendrait donner des gages, sur un mode différencialiste. On ne peut être que dubitatif sur la faiblesse de la formation à un socle de connaissances qui soit le même sur l’ensemble du territoire avec ce menus à la carte, qui va nécessairement créer s’il est confirmé, de nouvelles différences selon les espaces urbains, ruraux, sensibles…, entre les futurs citoyens. Il y a fort à craindre que cela se traduise dans quelques banlieues, par des contournement de certains contenus de cours qui sont toujours en risque de se voir contestés, comme ceux relatifs aux Voltaire, Diderot et autre Rousseau… Ces penseurs des Lumières qui ont posé le cadre d’une liberté qui est relative à des droits et libertés individuels inaliénables à aucune corps particulier ou religion, dont le principe de la liberté de conscience avec le libre-arbitre fait partie intégrante.

La ministre de l’Education veut nous rassurer par ses déclarations en nous confirmant que « l’on enseignera bien les trois religions monothéistes à l’école… » Elle ne dit pas un mot précisément sur les penseurs des Lumières qui sont au fondement de la modernité de notre pensée et de notre Etat de droit, qui a du pour s’affirmer se dégager de la tutelle religieuse afin que l’Eglise n’étende plus son pouvoir sur les citoyens en usant du pouvoir politique. Ce que l’on doit à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. On aurait bien besoin effectivement dans tout cela de retrouver le chemin de la Maison commune !

 

Faut-il comprendre que la société dans son ensemble est aujourd’hui mûre pour aborder la question de l’identité française, de notre conception de la laïcité et de l’orientation que l’on souhaite lui voir prendre, ou bien les termes du débat sont-ils encore aujourd’hui mal posés, et ce malgré l’électrochoc du mois de janvier ?

Après janvier dernier, où le terrorisme islamique s’en est pris à la liberté de pensée, dont les auteurs étaient des jeunes français, et les nombreux incidents qui sont venus émailler la minute de silence demandée dans les établissements scolaires, dédiée aux morts des attentats et à nos valeurs communes, il n’y a pas de doute sur la nécessité d’un grand débat public sur l’identité de la France, pour savoir dans quelle Nation nous entendons donc vivre.

 

Force est de constater que, les grandes déclarations d’intention d’alors du gouvernement Valls sur le retour en force de la laïcité et des valeurs républicaines à l’école, se sont renversées dans leur contraire. La mesure phare de la ministre de l’Education nationale est celle du renforcement de l’enseignement du fait religieux à l’école et donc, appuie encore un peu plus dans le sens de l’intégration scolaire des élèves par leurs différences. D’autre part, on en voit encore la trace, dans un futur programme d’histoire dans le secondaire qui ne peut que donner l’impression d’une complaisance au regard d’une logique identitaire, qui pèse de plus en plus sur l’école bien malgré elle.

 

On voit donc combien l’électrochoc des attentats de ce début d’année a été détourné de son sens et la manifestation du 11 janvier, qui redonnait à la liberté de pensée toute sa place, particulièrement à travers la libre critique des religions, vidée de son contenu. Nous errons plus que jamais en pleine confusion. Une situation qui mériterait de faire place à un vrai débat sur le sujet, dont le thème transgresse largement les clivages politiques traditionnels et soit donc ouvert à tous et sans tabou. Mais pour cela faudrait-il encore qu’à gauche comme à droite on donne des gages sur l’absence d’un détournement de celui-ci, peu ou prou, à fin d’élection et d’influences partisanes. Cette remarque montre à elle-seule la crise de légitimité que connait notre représentation politique, et l‘absence d’une force susceptible de tenir cette place d’animatrice sur ce sujet si essentiel, et même vital pour l’avenir de notre démocratie et de nos libertés. La Nation est un beau mot qui a pour équivalent la souveraineté du peuple. C’est un gros mot pour certains, la laïcité aussi et même l’identité lorsque c’est celle de la France. Autant de mots qui sont courageusement à relier et dont il ne faut laisser le monopole du sens à personne.

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winnie
- 01/05/2015 - 07:52
Trop tard !
Depuis combien d'un années les gens sensés avec les pieds sur terre ont ils vu venir tout ça ? Et depuis quand ne l'ont ils pas dit ?
La réponse a été : fermez la bande de fachistes ! Etl' on s'étonne du vote FN ? Mais il faut etre idiot ou de mauvaise foie pour s'en étonner.
clint
- 30/04/2015 - 22:36
Hélas un combat d'arrière garde ! Beaucoup trop tard !
Les dés sont pipés depuis longtemps. On n'a pas voulu se rendre compte que des cultures qui sont venues en France n'avaient pas du tout la même conception de la religion que nous en France, et déjà bien avant le Siècle de Lumières que l'on semble vouloir mettre de côté. Au moins il y a une science aux conclusions irrémédiables, toutes choses étant égales par ailleurs (sans conflits meurtriers) : la démographie. Même sans études officielles on voit très bien l'évolution à attendre de la population vivant sur le territoire français.
2bout
- 30/04/2015 - 14:53
Que c’est laborieux parfois d’exprimer une idée simple.
Une petite anecdote : l’autre soir, nous regardions en famille la série diffusée après Pujadas où l’un des trois gamins utilisait la locution « c’est grave chelou ». Soucieux de rester « dans le coup », j’ai questionné le mien pour savoir si il pratiquait ce langage dans son collège, et voici sa réponse : « Ca va pas, on ne parle pas le Yoh-yoh nous ». Mr Chevrier, vous parlez le Yoh-yoh et vous n’êtes pas le seul, pas celui de la banlieue parisienne mais celui de l’universitaire. Allez à l’essentiel, rappelez les principaux principes de la République comme vous le faites à savoir « indivisible, laïque, démocratique et sociale », et pas besoin de polémiquer avec tels journalistes, Bianco ou le CCIF. A partir de là, pourquoi faudrait-il organiser un « débat sur l’identité nationale » ?