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Emmanuel Macron a défini sa vision du capitalisme.
Où sont les naïfs ?
Emmanuel Macron, l'homme du capitalisme rentier
Publié le 28 avril 2015
Emmanuel Macron a défini sa vision du capitalisme dans une tribune du Monde, intitulée de façon ambitieuse: "Retrouver l’esprit industriel du capitalisme". Le texte est intéressant, parce qu'il s'efforce de théoriser des éléments de politique publique. Il déçoit, parce qu'il semble mal saisir les évolutions structurelles de la société occidentale.
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Éric Verhaeghe
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Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Emmanuel Macron a défini sa vision du capitalisme dans une tribune du Monde, intitulée de façon ambitieuse: "Retrouver l’esprit industriel du capitalisme". Le texte est intéressant, parce qu'il s'efforce de théoriser des éléments de politique publique. Il déçoit, parce qu'il semble mal saisir les évolutions structurelles de la société occidentale.

Cet article a également été publié sur le site Branches Info & Tripalio, le premier site en ligne d'information sociale

Macron a bien pris note des demandes des professions financières

On remarquera d'abord qu'Emmanuel Macron propose trois leviers pour retrouver l'esprit du capitalisme industriel : l'investissement populaire en actions, la mobilisation des institutionnels et l'encouragement à l'investissement à long terme.  
Sur chacun de ces items, Macron reprend sans difficulté les thèmatiques défendues par les lobbyistes des professions concernées. Il fait l'apologie de l'assurance-vie en "eurocroissance", et il propose d'alléger la facture en fonds propres imposée par la directive Solvabilité 2 pour les actifs en actions. Ces propositions sont incontestablement conformes aux revendications des banquiers et des assureurs qui ont pignon sur la place.  

On s'étonne toutefois de ne voir à aucun moment apparaître la notion de valeur créée par les entrepreneurs dans cette tribune. Pour Emmanuel Macron, le capitalisme, ce sont des détenteurs de capital qui financent la croissance, mais pas des entrepreneurs qui créent de la valeur ex nihilo. Cet aveu involontaire méritait d'être commis : Emmanuel Macron est décidément l'homme de la banque, ce n'est pas un entrepreneur. Il incarne bien cette caste dominante en France pour laquelle l'économie est un jeu capitalistique où l'action des hommes et des innovations tient un rôle secondaire par rapport à la préservation des rentes acquises. 

L'étonnante absence du mot "innovation"

De façon encore plus révélatrice, le mot "innovation" ne figure d'ailleurs pas dans le texte d'Emmanuel Macron. Il est assez curieux de voir comment un ministre devenu la figure de la modernité au sein du gouvernement, peut à ce point rater l'exercice attendu. A le lire, on croirait presque que son enjeu est de reconstruire la puissance industrielle française des années 1860, quand il s'agit précisément de basculer vers des modèles totalement nouveaux.  

L'innovation est en effet partout, et pas seulement dans l'entreprise. Elle l'est aussi dans le financement. La révolution du crowdfunding en constitue la meilleure illustration. Elle répond précisément à l'attente d'un capitalisme populaire évoquée par le ministre. Alors pourquoi ne pas le mentionner ? Faut-il voir dans cet oubli ou cette impasse une manifestation supplémentaire de la technophobie qui domine les élites françaises ? 

Sur le fond, il semble que le ministre de l'économie n'a pas saisi que la révolution du capitalisme industriel au XXIè siècle repose sur une "disruption" qui oblige à repenser les modèles et les méthodes. Emmanuel Macron nous cite "les actionnaires familiaux, les actionnaires salariés, les actionnaires publics et les fonds longs (français, européens, et internationaux)" comme modèles d'investisseurs à long terme. Mais c'est quand même un peu court : on aurait aimé qu'il nous parle aussi de l'entrepreneur qui crée son entreprise et la possède, ou du petit épargnant qui met 5.000 euros dans un projet sur une plate-forme de crowdfunding. 

Les élites françaises ne comprennent pas la nouvelle économie

En bout de course, il ressort de cette tribune le sentiment diffus qu'Emmanuel Macron est bien l'homme de la rente. Il lit l'économie française sous le prisme d'un capitalisme mature, qui ne comprend pas les nouveaux paradigmes et qui cherche simplement à faire fructifier un acquis en profitant d'innovations qui lui sont étrangères. Et c'est probablement cela, le mal français : le pays est dirigé par une élite tournée vers le passé, même lorsqu'elle prend les accents de la modernité. Son enjeu est de préserver une structure de capital, et certainement pas d'en faire émerger une nouvelle, adaptée aux besoins de notre temps et reposant sur des entrepreneurs qui changent le monde.  

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Olivier K.
- 28/04/2015 - 18:27
Le problème sont nos grandes écoles!!
On forme du personnel soumis et incapable d'évoluer ni même de penser par soi même. Aujourd'hui quelqu'un qui se réfère à une connaissance daté d'il y a 20 ans est totalement dépassé, il ne pourra pas survivre d'un un monde rempli de concurrent formés dans des systèmes éducatif secondaires où les étudiants ont appris à se mettre à jour, à aller chercher l'information où elle se trouve.
clint
- 28/04/2015 - 16:27
On avait dit libéral ! non "une élite" économique à la française
Il est le pendant de ces grands fonctionnaires qui ont, et encore le font, dirigé les "grandes entreprises françaises". Il ne connait pas l'entreprise, seulement la finance où il fut excellent (cf son salaire). Sa réflexion sur les "illettrées" à elle seule traduit un gouffre entre ceux qui entreprennent et ceux qui arrivent dans le système. J'espère pour la france qu'il ne va pas détruire beaucoup d'initiatives françaises en se faisant passer pour un Montebourg fréquentable. La fin de l'alliance Renault-Nissan serait une catastrophe pour l'emploi en France.