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Bonnes feuilles

Pourquoi les Juifs survivants à la Shoah ne l'ont pas racontée à leurs enfants mais plutôt à leurs petits-enfants

Publié le 19 avril 2015
Ce bref essai éclaire avec intelligence ce qu'est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard (2/2).
Nathalie Skowronek est une écrivain belge née en 1973 qui vit à Bruxelles. Elle collabore à différents projets éditoriaux et a notamment dirigé la collection La Plume & le Pinceau pour les éditions Complexe. Son roman, Karen et moi raconte la...
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Nathalie Skowronek est une écrivain belge née en 1973 qui vit à Bruxelles. Elle collabore à différents projets éditoriaux et a notamment dirigé la collection La Plume & le Pinceau pour les éditions Complexe. Son roman, Karen et moi raconte la...
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Ce bref essai éclaire avec intelligence ce qu'est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard (2/2).

Ils, nos parents, nos grands-parents, nous ont dit de nous taire puisque se taire assurait la survie. Plus exactement : on nous l’a fait comprendre, sans mots et sans bruit, comme le reste. Des injonctions silencieuses. Une question de vie ou de mort. Si bien que les oreilles, le cerveau, le ventre entendent ce qui n’a pas été prononcé. Cela remonte aux caves où l’on se cachait en 1942, aux couvents où ont été envoyés les jeunes enfants juifs pour se faire passer pour catholiques, aux placards refermés de l’intérieur dont on aurait voulu qu’ils aient le pouvoir d’engloutir. Oui, ne pas bouger, se rendre invisibles, transparents. Personne ne joue et pourtant on est bien dans une sinistre partie de cachecache. Cela remonte aux arrestations et aux déportations, au voyage sans retour vers l’est, entre Auschwitz et ses dépendances, et là encore la peur est connue, pas tout à fait étrangère et déjà inscrite dans les gènes, car la peur vient de plus loin et nous dépasse : elle remonte à avant nos naissances, aux souvenirs diffus des exodes, aux traces laissées dans nos consciences par les pogroms, aux récits de traques d’un autre temps.

On a beau se taire, ça crie tout seul. La loi du silence a ses limites. À côté d’elle, il y a les événements qui, peut-être, précipitent. Enfin « précipitent », nous sommes dans les années 1980. Surviennent les procès français de criminels de guerre, les théories négationnistes, l’installation des carmélites dans l’ancien petit théâtre d’Auschwitz qui servait aussi de lieu de stockage pour les boîtes de Zyklon B. Sur ce sujet, un de mes cousins est de ceux qui ameutent les populations. On sent une bascule du temps ; une bascule qui tombe au bon moment : elle ne peut plus rien faire dangereusement basculer. Les greffes ont pris. Les « petits » sont en route. La vie reprend ses droits, et avec elle cette idée, parfois embarrassante, que l’humanité n’est pas morte à Auschwitz.

Ce que les survivants n’ont pas dit à leurs enfants, ils le disent à la génération suivante, aux enfants de leurs enfants. J’en fais partie. Soudain les uns ont une bouche, les autres des oreilles. Cela se traduit par des livres, des films, des commémorations, des plaques, des monuments, des retours sur les traces de. On ne sait plus très bien si ça n’en finit plus, ou si seulement ça commence. Dans ce qui est dit, posé, montré, on est moins dans des découvertes pour « la première fois » — certains, sortons des généralités, ont entrepris de transmettre plus tôt — que dans une multiplication de signes et de voix qui font sens. On fouille, on enquête, on déterre. Comme jadis les déportés dans les camps, les récits s’organisent. Ils se répondent, se complètent, se soutiennent. Se cristallisent jusqu’à prendre la forme de mythes. Certaines images, iconiques, se détachent : le portail d’entrée d’Auschwitz et son inscription « Arbeit macht frei », le petit garçon aux bras prudemment levés du ghetto de Varsovie, les rails de train menant aux briques rouges des chambres à gaz de Birkenau. On relègue des dizaines de noms de camps au second plan au profit du plus célèbre : le nommer, c’est citer implicitement les autres. Si bien qu’émergent du brouillard les contours prégnants et douloureux d’une forme d’imaginaire, l’imaginaire de la Shoah.

Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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ISABLEUE
- 20/04/2015 - 10:43
SUITE MAUVAISE MANIP
les nazis pensaient "une race" et pas une religion et voulaient les détruire.
Une usine telle n'a jamais existé ailleurs.
ISABLEUE
- 20/04/2015 - 10:42
aNGUERRAND c'est vous l'overdose de bêtise
Ne savez-vous pas faire la différence entre une usine pensée et contruite par l'homme pour tuer des gens pour leur religion et encore, ce n'est pas ce que pensaient les na
Anguerrand
- 19/04/2015 - 11:45
Les soldats français de 14/18 ont vécu un enfert
Ils avaient a affronter la guerre, les sorties des tranchées, les rats, la peur, la boue, le froid, les puces, etc. La réaction de ceux qui s'en sont sortis a été de ne pas en parler, et une certaine honte de ne pas avoir été tué par opposition aux millions de leurs camarades morts. Tous les gros traumatismes créent les mêmes réactions. Qui parlent encore des " poilus"?