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L’UMP déchirée face à la menace FN : le parti a-t-il des leçons à tirer du programme commun PS-PC de 1972 ?

Publié le 06 février 2015
Les résultats des élections partielles dans le Doubs ont obligé l'UMP à envisager une alliance avec le Front national. Une situation qui met le parti dans l'embarras, et qui n'est pas sans rappeler un autre épisode de l'histoire politique française, à gauche cette fois. En 1972, le Parti socialiste et le PCF signaient le fameux Programme commun, qui permettra à François Mitterrand de siphonner l'extrême gauche. Dans le camp adverse, l'histoire pourrait se répéter.
Stéphane Courtois
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Stéphane Courtois est un historien et universitaire.Il est directeur de recherche au CNRS (Université de Paris X), professeur à l'Institut Catholique d'Études Supérieures (ICES) de La Roche-sur-Yon, spécialiste de l'histoire des mouvances et des régimes...
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Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean...
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Les résultats des élections partielles dans le Doubs ont obligé l'UMP à envisager une alliance avec le Front national. Une situation qui met le parti dans l'embarras, et qui n'est pas sans rappeler un autre épisode de l'histoire politique française, à gauche cette fois. En 1972, le Parti socialiste et le PCF signaient le fameux Programme commun, qui permettra à François Mitterrand de siphonner l'extrême gauche. Dans le camp adverse, l'histoire pourrait se répéter.

1. Entre l'UMP et le FN, un electorat poreux 

Jean Petaux : Les attentes des électeurs FN sont de plus en plus "programmatiques" et, corrélativement, moins "protestataires". L’électorat Front national (qui n’a pas plus lu les programmes que les électeurs des autres formations politiques) vote pour les candidats présentés par le parti de Marine Le Pen non plus seulement pour "casser de l’UMPS" mais aussi par adhésion aux idées défendues par le FN. Je précise bien "aux idées" et non pas au contenu détaillé du programme ni à l'examen de sa faisabilité politique tant à l’échelle nationale, qu’européenne et internationale. C’est d’autant plus remarquable que les mesures préconisées par le FN, qui étaient déjà hétérodoxes eu égard aux engagements de la France vis-à-vis de ses partenaires, il y a 20 ans, le sont encore plus aujourd’hui. Pour autant, en dépit de cet anachronisme propositionnel, renforcé par une intégration politique, économique et financière de la France à l’échelle européenne et internationale qui n’a cessé de croître, l’électorat frontiste adhère aux propositions formulées par le FN. L’électorat FN est un électorat fidéiste qui veut croire en "des lendemains qui chantent". En manque d’espérance, il veut combler ce vide avec la "foi du charbonnier". Ce qui, au passage, le rend imperméable à toute argumentation contradictoire identifiée, nécessairement et immédiatement, comme porteuse de l’ordre ancien, comme participant du complot anti-Marine et donc hostile "au peuple, au vrai peuple, au peuple de France".

Les électeurs du Front national appartiennent, majoritairement, à plusieurs catégories socio-professionnelles : employés, salariés, professions intermédiaires, commerçants et artisans. On mesure une part significative d’inactifs. Autre élément à noter : en zone rurale, depuis 5 ans, le FN connait une progression sensible. En revanche les métropoles, du fait d’un processus de gentrification bien connu désormais, sont hostiles au FN, à l’exception notoire de certaines  villes du sud-est de la France.

Et pour aller plus loin A quel point le FN est-il devenu le parti du métro à 18h ?

 

Dominique Jamet : Pour toutes sortes de raisons historiques, culturelles, les dirigeants de l’UMP semblent plus éloignés du Front national que ne le sont les électeurs de l’UMP. Il n’y a, sinon une pression, au moins une influence de ces derniers qui va dans le sens d’un rapprochement des électeurs. Les résultats des élections législatives partielles qui a lieu dans le Doubs nous apporteront des enseignements très intéressants dimanche prochain sur les comportements politiques des électeurs de droite.

2. Le FN d'aujourd'hui est-il le PCF des années 1970 ? 

Stéphane Courtois : On ne peut s’empêcher, quand on examine le FN aujourd’hui, de penser au PCF des années 1970. C’était un parti qui développait, sur le plan international, des positions anti-Union européennes et prosoviétiques (prorusses pour le FN), et sur le plan intérieur des positions anti-immigration, anti-mondialisation – avec le fameux slogan "Fabriquons français" –, et surtout une violente hostilité envers la droite et les socialistes. C’était un parti très conservateur, anti-homosexuels, macho et anti-MLF, porté par un autoritarisme et un sens de la discipline dont son fonctionnement interne était l’exemple.

Le PCF était alors une puissance électorale. Son candidat Jacques Duclos était arrivé 3e à la présidentielle de 1969, avec plus de 20% des voix. Son alliance avec le PS à partir de 1972, dans l’Union de la Gauche, allait encore gonfler ses résultats aux élections municipales et législatives. Cela était dû au mode de scrutin qui favorise les alliances de second tour et qui, depuis 1935-36, avait instauré la discipline "républicaine" (déjà) de vote entre PC et PS. Ce que l’UMP refuse absolument à l’égard du FN.

Dominique Jamet : De 1949 à la rénovation du Parti socialiste par François Mitterrand, le Parti communiste français a subi (et profité) de la marginalisation politique. Comme le Front national, les communistes étaient exclus du champ républicain, de la respectabilité. Rappelons-nous les propos de Guy Mollet "les communistes ne sont pas à gauche, ils sont à l’Est". Un homme comme Pierre Mendès France avait d’ailleurs dit qu’il ne compterait pas les communistes s’il obtenait la majorité.

C'est au Congrès d’Epinay, avec la prise de commandement du Parti socialiste par François Mitterrand qu'ils ont cessé d'être un parti non démocratique, et ont pu dès lors intervenir dans des combinaisons politiques. Malgré l'éloignement à priori des deux formations -l'une représentant la gauche radicale, l'autre la gauche réformiste-, cette alliance a, de fait, servit un seul intérêt convergeant : celui d'exercer le pouvoir. Or, il y a de fortes chances de croire que sans cette alliance, cela aurait été compliqué. Mais François Mitterrand a réussi à vaincre les réticences socialistes pour, peu à peu, les persuader que si la gauche voulait gagner les élections, elle n’y arriverait jamais sans l’appoint des communistes. Il y a quelques années, j’avais écrit "Demain le Front ?", et je pensais que si le FN arrivait un jour à dépasser 20%, il serait impossible de l’exclure. Je m'étais trompé, c'était à 30%, mais il est bel et bien incontournable.

3. Quel intérêt pour le Front national de se rapprocher de la droite, à l'instar des communistes et des socialistes dans les années 1970 ? 

Jean Petaux :  Marine Le Pen est un stratège. Elle procède structuralement de la même logique que son père avec un objectif diamétralement opposé. Le père n’a toujours eu qu’un seul objectif : ne jamais gouverner. A titre personnel d’abord : il n’a jamais cherché à se faire élire quelque part en conquérant un mandat de "gestionnaire" (un exécutif quelconque, contrairement à ses premiers "compagnons de route" : Jean-Pierre Stirbois ou Bruno Mégret) ; en tant que patron du FN ensuite (refus de toute alliance). La fille ne pense qu’à une chose : prendre le pouvoir. A partir de cette proposition, comme son père, elle est à peu près capable de dire n’importe quoi, de privilégier telle ou telle option pour peu que cette position conjoncturelle, pragmatique, participe de son objectif final.

Jean-Marie Le Pen, homme de culture, passionné d’histoire, obséquieux avec les puissants, narcissique et provocateur, sortait une de ses légendaires saillies quand il sentait que sa cote montait excessivement dans l’opinion… Concrètement il actionnait une sorte de "soupape d’évacuation" et coalisait contre lui tous les "scandalisés" et les "scandalisables". Marine Le Pen me semble prête à toutes les concessions pourvu que son étoile continue de briller et que son indice de popularité connaisse une croissance constante. Pour l’heure la question d’un "programme commun" ne se pose pas parce que les alliés potentiels ne sont pas encore identifiés ni même pressentis. Mais, compte tenu de ce que j’ai indiqué précédemment, le pragmatisme de Marine Le Pen peut tout à fait la conduire loin dans le renoncement à certains thèmes jusqu’alors considérés comme "intouchables" par le FN. Si le "bon roi Henri" a pu dire "Paris vaut bien une messe" quand il a fallu que ce Béarnais protestant abjure sa foi, Marine Le Pen pourra tout aussi bien considérer que l’Elysée vaut bien quelques reniements idéologiques. C’est aussi une femme de son temps, une femme de sa génération : elle n’est pas sans idéologie, c’est une idéologue de circonstances. En d’autres termes : les circonstances commandent son idéologie.

 

4. Les enseignements que peut tirer le FN de l'expérience des communistes

Jean Petaux : Le FN, dûment instruit par l’expérience qui fut celle du PCF dans le Programme commun de l’Union de la Gauche, ne refera certainement pas les mêmes erreurs si, d’aventure, il devait s’allier avec l’UMP. Marine Le Pen sait qu’elle aura besoin de l’appoint d’une partie de la droite républicaine pour l’emporter dans tous les seconds tours électoraux auxquels elle-même ou son parti vont être confrontés dans les années à venir. Pour l’instant elle ne traite pas avec les cadres de cette formation, elle se contente de draguer ses électeurs (et, de plus en plus, ses militants, voire certains cadres provinciaux, mais en nombre encore très limité). La prochaine étape, si elle parvient encore à engranger des succès électoraux, comme aux prochaines départementales des 22 et 29 mars 2015 ou aux régionales de novembre-décembre prochain, va consister à "débaucher" quelques figures destinées à fragiliser l’UMP sur ses bases organisationnelles. En position de force, elle pourra alors, tenter de sortir de l’isolement qui est le sien. Mais elle ne fera qu’à deux conditions : être sûre de ne pas être "plumée" tout comme le fut la "volaille communiste" par un Mitterrand "sûr de lui et dominateur" entre 1972 et 1977 (y compris à cause de sa "quasi-victoire" face à VGE à la présidentielle de 1974 quand il fut, pour la seconde fois de sa carrière, le candidat unique des partis de gauche à l’Elysée) et, deuxième condition, que Nicolas Sarkozy soit "hors course" car sa présence à la tête de l’UMP, du fait de son positionnement très droitier, rend, finalement, quasiment impossible un "débauchage" d’une partie de l’UMP par le FN. Trop proche de Marine Le Pen pour certains des thèmes qu’il défend, Nicolas Sarkozy en constitue finalement un rempart… Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la situation actuelle et à venir.

Stéphane Courtois : Le seul vrai problème pour l’UMP, c’est la présidentielle de 2017 et l’impératif d’être au second tour, garantie de conquête de la présidence. Cela va dépendre d’abord de la capacité de N. Sarkozy à redonner une dynamique et à mettre son parti en ordre de bataille. Cela va aussi beaucoup dépendre du bilan du quinquennat de F. Hollande. "L’esprit du 11 janvier" et "l’union nationale" sont des hochets utilisés avec opportunisme par l’exécutif, mais qui ne peuvent rien contre la persistance du chômage de masse, en particulier des milieux populaires qui feront basculer l’élection à gauche ou à droite. En raison de l’absence de statut gouvernemental du FN, Marine Le Pen a très peu de chance d’être présidente de la République : comme en 1981, nombre d’électeurs frontistes seront tentés, le cas échéant, par le vote utile UMP, à la fois pour évacuer le PS du pouvoir et pour espérer que le candidat UMP tiendra les promesses qu’il n’aura pas manqué de leur faire.

5. Et pour la droite... quel intérêt ?

 

Jean Petaux : Les intérêts pour l’UMP résident essentiellement dans un desserrement des griffes du piège que constitue pour lui un FN surpuissant à sa droite, défendant des thèses très difficiles à contrer pour un parti de gouvernement comme l’UMP qui ne peut renverser la table et raconter n’importe quoi aux électeurs pour leur faire croire que "demain on rasera gratis". Les risques sont évidents : quand on passe une alliance en situation tendancielle d’affaiblissement, avec des moyens matériels et financiers dégradés et un corps de doctrine totalement essoufflé, il est rare qu’on tienne le choc de l’alliance avec un partenaire dont les intentions sont clairement affichées : instrumentaliser l’UMP pour en faire une force d’appoint et faire passer le parti de droite sous les fourches caudines de la victoire frontiste …

Dominique Jamet :  La droite est embarrassée, prisonnière du discours qu’elle tient à l’égard du Front national depuis des années, alors qu’il apparaît pour la première fois que la droite ne peut guère espérer arriver au pouvoir sans l’appui du Front national. Pour autant, la droite est sans doute un peu plus libre dans ses décisions que ne l’était François Mitterrand, car elle a le choix en théorie entre deux possibilités : revenir sur les décennies de dédiabolisation, ou maintenir une cloison étanche, et se tourner vers le Parti socialiste pour former un "front républicain".

Ce qui complique les choses, c’est qu’il y a deux UMP. Une fraction dont il est difficile d’évaluer la force, mais qui voit ses idées s'incarner chez Nicolas Sarkozy, ont une vision du monde –et notamment de l’Europe et de l’immigration- qui coïncide désormais avec celle du Front national. Une deuxième UMP reste quant à elle très ancrée sur l’Europe, en grande partie opposée aux préoccupations des électeurs frontistes. 

Le risque d’éclatement du Parti est réel entre les deux. A cela il faut ajouter que l’habileté de Nicolas Sarkozy ne sera sans doute pas suffisante pour ne pas passer pour une copie de Marine Le Pen, détentrice la plus crédible d'une position antisystème aux yeux des électeurs. 

6. Les compromis programmatiques possibles

>> Lire également sur le sujet Ces discrets renoncements dans le discours économique : Marine Le Pen sur le chemin de la respectabilité

Dominique Jamet : Absolument. Le programme commun avait d’ailleurs été adopté dans un premier temps entre les deux partis, avant d’être plus ou moins rénové à plusieurs reprises, pour ne pas dire abandonné. Mais c’est davantage sur une base tactique que François Mitterrand s’est fait élire. De la même manière, il y a des différences très fortes entre l’UMP et le FN. Sur la question de l’Europe, la droite républicaine est europhile, coresponsable des traités successifs de l’Union européenne, tandis que le Front national diverge sur cette question. Mais on peut très effectivement imaginer une telle alliance tactique.

Lire aussi sur le sujet Georges Marchais réincarné ? Comment Marine Le Pen transforme lentement mais sûrement le FN en Parti communiste version 70’s

En France comme en Grèce, en Espagne voire en Grande Bretagne, il y a un dégout des partis de gouvernement. C’est par des partis comme le Front national que passent le rejet des partis traditionnels. C’est pour cela que l’extrême gauche constitue encore le fond de commerce du FN. Nous sommes donc dans une conjoncture politique où les programmes ont moins d’importance que les sentiments. Les pulsions comptent plus que la raison, la réflexion, les programmes. Je ne crois donc pas que les sympathisants FN soient vraiment sensibles aux variations de leur programme.

7. Comment mettre en oeuvre une telle alliance ?

Stéphane Courtois : En 1972, quand il a signé le Programme commun de gouvernement, le PCF était persuadé de disposer du rapport de force contre un PS très affaibli dont Mitterrand venait de s’emparer. C’était sans compter avec la ruse et la qualité d’analyste politique de Mitterrand qui avait compris que si les électeurs populaires – ouvriers et employés –votaient pour le PCF, c’était d’abord pour sa fonction "tribunicienne", celle du tribun de la plèbe, porte parole de mécontents qui ne se reconnaissaient pas dans le discours technocratique et aseptisé de la droite et de la gauche. Mais, en contrepartie, le PCF n’apparaissait pas comme un parti de gouvernement. Et même nombre de ses électeurs ne le croyaient pas capable de diriger le pays. C’est d’ailleurs pourquoi ils ont voté "utile" en 1981, en faveur de F. Mitterrand. Le FN est confronté au même problème : il occupe la fonction de tribun anti-système – anti-Bruxelles, anti-"UMPS", anti-"politiquement correct" sur l’immigration – et le grand imprécateur Marine Le Pen a volé la place à Olivier Besancenot puis à Jean-Luc Mélenchon. Or, en raison même de cette posture, elle et son parti ne sont pas perçus comme parti de gouvernement. Et la violence des attaques du FN contre l’UMP interdit un rapprochement, sans compter de fortes divergences idéologiques – en particulier sur l’Europe.

Jean Petaux : Vous abordez là une question encore largement taboue à l’UMP. Non pas du tout à cause d’une forme de fidélité au général de Gaulle, au gaullisme de la Résistance, antifasciste et antinazi ou au gaullisme du combat contre les tueurs de l’OAS et autres tenants de "l’Algérie française".  Ou bien encore par respect des positions intransigeantes d’un Chirac par exemple. Si une partie non négligeable de l’UMP correspond à cette attitude de refus intangible de tout contact avec le FN (c’est le cas d’Alain Juppé par exemple), une autre partie est nettement moins "fermée" à l’égard du parti de, Marine Le Pen. Pour plusieurs raisons. La première tient au fait qu’une "branche" de l’UMP, issue des "Républicains indépendants" des années 60-70 ; du CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans) ; mais aussi de certaines sensibilités "radicales valoisiennes" n’ont jamais vraiment ignoré les groupes "ultras" vaguement fascistoïdes des années 70. On cite souvent, à raison, les Madelin, Longuet, Goasguen, qui dans leur "folle jeunesse" faisaient le coup de poing contre les "gauchos" en militant dans les rangs d’ "Occident" et en "protégeant" le sanctuaire de l’extrême-droite qu’était l’Université de Paris II – Assas (avec le GUD et d’autres rassemblements du même style). Mais ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg des relations entre groupuscules d’extrême-droite et certains partis politiques comme le parti giscardien par exemple. Dans les faits, dans les années 70, de nombreux services d’ordre des réunions publiques des "Républicains indépendants" (sans parler des "colleurs d’affiches") étaient assurés par des "gros bras " plutôt proches de l’embryonnaire Front national alors.

Dans cette continuité et proximité relationnelle entre "libéraux économiques" et "activistes nationalistes", il n’y a rien de surprenant, aujourd’hui, qu’un refus conjoint de la gauche (même social-démocrate ou social-libérale à la "Hollande-Macron") conduise à reconstituer non pas des "ligues dissoutes" mais à raviver des "alliances objectives" du meilleur effet. Propices en tous les cas à l’établissement d’une plateforme programmatique commune entre une partie de l’UMP et le RBM de Marine Le Pen.

Ceci pour "l’association d’idées". Mais il existe une autre explication qui permet de comprendre une possible convergence entre une fraction de la droite et l’extrême-droite. C’est, ce que l’on pourrait nommer "la jurisprudence Mitterrand". De quoi s’agit-il ? François Mitterrand, en 1971 d’abord en prenant le contrôle du Parti Socialiste au Congrès d’Epinay sur une ligne très "marxisante" ("Celui qui ne veut pas la rupture… avec le capitalisme… celui n’est pas socialiste !"), en 1972 avec la signature du Programme commun d’Union de la Gauche ensuite, a conçu une stratégie qui peut servir de modèle à certains cadres de l’UMP. Pour faire maigrir le PCF de plus d’un quart de son électorat et le faire passer de 20% en 1969 à 15% en 1981 , il lui a, littéralement, fait le "baiser de la mort". Lorsque Georges Marchais a pris conscience des dégâts de la "ligne Mitterrand" (après les municipales de 1977) il était trop tard. La rupture du Programme commun" en septembre 1977 a certes provoqué la défaite de la gauche aux législatives de 1978, épargnant à VGE une cohabitation (qui n’aurait pas manqué de sel…), elle n’a pas empêché la Bérézina communiste d’avril 1981 et l’humiliation des législatives suivantes avec la majorité absolue du PS à l’Assemblée nationale, en juin 1981. Mitterrand a réussi parfaitement son "OPA amicale" sur le PCF : il a littéralement aspiré son électorat.

On comprend alors que certains à l’UMP conçoive un scénario identique. Le FN  est devenu plus fort que l’UMP, tout comme le PS était inférieur au PCF aussi bien en voix qu’en militants (c’était évident) et pour autant, le "faible" a battu le "fort". Un peu comme au judo, le compétiteur le plus véloce, le plus énergique peu abattre le musculeux tout en force. Cette ambition me semble à tout le moins devoir répondre à trois obligations.

La première tient à l’UMP elle-même. Il lui faut une adhésion pleine et entière à cette ligne "d’union avec l’extrême-droite". Tout comme Mitterrand a su l’imposer à une très large majorité du PS (quelques refus se sont manifestés en 1972, on les a retrouvés dans le Parti Social-Démocrate de Hintermann, Santini et quelques autres qui ont rejoint, très vite l’UDF en 1975). La deuxième obligation tient à la ligne politique qui doit être adoptée : il faut qu’elle soit très à droite et épouse les thématiques du FN. Tout comme Mitterrand n’a eu de cesse entre 1972 et 1981 d’entonner des discours que n’auraient pas renié les marxistes orthodoxes : pour étouffer il faut d’abord enlacer… La troisième obligation tient à la nature de la dynamique partisane. Le PS à partir de 1971 n’a cessé de progresser et le PCF quant à lui était sans doute déjà un astre mort. Aujourd’hui ce n’est pas l’UMP qui a le vent en poupe, mais bel et bien le FN qui connait une constante croissance dans les sondages et même dans les urnes (du fait d’une abstention désormais largement majoritaire). En d’autres termes, le risque que court l’UMP à vouloir s’allier au FN pour mieux le vider de sa substance, c’est, elle-même, de connaître ce sort funeste … Tout simplement parce qu’elle est, peut-être déjà, un astre mort à son tour…

Propos recueillis par Alexis Franco

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Anguerrand
- 04/02/2015 - 08:01
La vraie démocratie est le système Suisse
La VOTATION à la Suisse ou l'on consulte le citoyens quand il le souhaite, le problème français est que nos gouvernants perdraient une partie importante de leur pouvoir et surtout le citoyen à tendance selon eux à mal voter. Je vois bien un référendum sur l'immigration, l'islam et ses mosquées, la peine de mort pour les cas les plus terribles et avérés , etc . Et la le peuple c'est sur ne voterait pas selon les leçons de moral quotidiennes dont ils nous gavent chaque jours.
kiki08
- 04/02/2015 - 00:12
menace
la menace fn me fait moins peur que la menace umps . on sait de quoi ils sont capables , a part s' accrocher a la place ,comme des vautours et se remplir les poches tant qu'ils peuvent , sans vergogne , quitte a faire crever les sans dents dont ils se foutent .
Anouman
- 03/02/2015 - 21:35
Coalitions
Le problème n'est ni le FN, ni l'UMP ni le PS. Le problème est ce système de gouvernement qui fonctionne au forfait: tu prends tout ou tu rejettes tout. Il suffit d'écouter les différents politiques pour voir que sur certains sujets ils n'ont pas grand chose pour se mettre d'accord. Mais comme le but est d'avoir le pouvoir en totalité (pour la gloire et les avantages) pas question de se mettre d'accord. Il faut une gouvernance par objectifs votés par l'assemblée. Pas de ministres, pas de secrétaires d'état. Juste des fonctionnaires pour appliquer les décisions de l'assemblée. Alors plus besoin de gros partis, la diversité peut s'installer et on peut travailler dans le pratique et pas dans l'idéologique bas de gamme.