En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
Back to the USSR

Union eurasiatique : quand Poutine exploite la crise européenne

Publié le 07 octobre 2011
Vladimir Poutine a appelé à créer une "Union eurasiatique" avec les anciennes républiques soviétiques qui deviendrait "l'un des pôles du monde contemporain". Il se défend toutefois de vouloir ressusciter l'URSS. Nouvelle "guerre froide", commerciale cette fois, en vue avec l'Europe ?
Thomas Gomart est historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015. Il est membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d'Etudes dont il assure la chronique...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Thomas Gomart
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Thomas Gomart est historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015. Il est membre des comités de rédaction de Politique étrangère, de la Revue des deux mondes et d'Etudes dont il assure la chronique...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vladimir Poutine a appelé à créer une "Union eurasiatique" avec les anciennes républiques soviétiques qui deviendrait "l'un des pôles du monde contemporain". Il se défend toutefois de vouloir ressusciter l'URSS. Nouvelle "guerre froide", commerciale cette fois, en vue avec l'Europe ?

Atlantico : Le projet d’une « Union Eurasiatique » est un projet de longue date, cher à Vladimir Poutine lorsqu’il était encore Président. En quoi consiste-t-il ?

Thomas Gomart : Effectivement, il ne s’agit pas d’une idée neuve… Vladimir Poutine, alors qu’il occupait les plus hautes fonctions de son pays, avait essayé de créer une union mettant en scène un espace économique commun entre la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, et l’Ukraine dont la plausible participation était plus fantasmée qu’espérée.  

Mais Vladimir Poutine ne s’arrêtait pas là, puisque l’idée était véritablement d’amorcer un processus d’intégration régionale, qui permettrait à la Russie d’organiser sa politique de voisinage.

Pareil projet ne dissimule-t-il pas la volonté de ramener dans le giron russe les ex pays satellites de l’Union Soviétique ?

Si vous fixez comme point de référence l’URSS, n’oublions pas qu’à sa chute, c’est précisément l’inverse qui s’est produit. Entre 1991 et 1999, Moscou a facilité l’indépendance des ex satellites soviétiques, car la Russie n’avait pas les moyens de les retenir. Et la Communauté des Etats indépendants (CEI) fut le cadre intermédiaire spécialement inventé pour gérer ce divorce à l’amiable. 

Ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999, et son élection en 2000, que la Russie a renoué avec la volonté de retrouver de l’influence dans l’espace post soviétique.

Sous l’effet de plusieurs facteurs, cette volonté a été en partie couronnée de succès. Premièrement, il y a eu le développement économique exponentiel de la Russie depuis les années 2000, alimenté par la tension sur les prix énergétiques. 
Ensuite, la volonté de regagner de l’influence en politique étrangère et donc la reconquête de l’espace international perdu.

Le dessein du Président Poutine n’était donc pas de renouer avec le cadre géopolitique de l’URSS pour concurrencer l’UE qui intégrait alors les anciens pays du bloc communiste et les anciennes républiques soviétiques baltes?

Vladimir Poutine, alors Président, n’était pas dans l’optique de contrebalancer le poids de l’UE, dans la mesure où la situation intérieure de l’Europe était bien meilleure qu’aujourd’hui. A l’époque, elle préparait l’élargissement de 2004. 

Le dessein de Vladimir Poutine n’était donc pas de concurrencer l’UE par le biais d’une nouvelle URSS. Qui plus est, la Russie n’en avait pas les moyens. En revanche, le Président Poutine souhaitait ardemment que la Russie s’inscrive dans une dynamique post impériale, de sorte qu’elle puisse peser sur la communauté internationale, et ses « anciennes colonies ». Une situation finalement comparable à celle de la France post coloniale dans les années 60.

Ce qui a le plus changé depuis le projet russe de 2003, c’est le contexte géopolitique.  L’Europe est en plein désarroi identitaire, compte tenu de l’état de difficulté très grand que traversent les pays membres de l’UE. Un désarroi qui pourrait profiter à la Russie, en particulier sur la question ukrainienne.

Enfin, et bien qu’il y ait un rapport asymétrique entre l’UE et l’union douanière russe, l’importance réside dans le message que la Russie souhaite transmettre à l’Europe : elle n’est pas détentrice en chef de l’idée d’Europe, il y a différents formats possible… C’est un discours de plus en plus construit politiquement, qui pourrait faire naître une forme de compétition.

Où en est l’« Union douanière » entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan prévue pour début 2012 ?

Elle est entrée en vigueur depuis le premier juillet 2011 (elle fonctionne sur le plan douanier), mais ne sera consacrée que début 2012. Cette union risque d’être opérante assez vite, et la question de la participation ou non de l’Ukraine devrait se poser à brève échéance.

L’Ukraine se heurte régulièrement à son partenaire commercial russe concernant son approvisionnement énergétique, et ne se cache pas de ses aspirations européennes. Pourrait-elle cependant faire le choix de la Russie ?

C’est un pays clé en ce qui concerne l’éventuelle organisation post impériale russe. L’Ukraine n’est d’ailleurs ni ancrée à l’UE ni à la Russie, elle entretient des liens substantiels avec chacun d’eux, mais hésite.

Il est toutefois peu probable que l’Ukraine rejoigne cette union, car ce serait effectivement un renoncement à ses aspirations européennes.

Ensuite, ce serait une erreur en termes commercial et géopolitique, sachant que l’Europe pèse davantage avec son marché intérieur que la Russie. Mais c’est également un pays à genoux sur le plan économique, qui se refinance auprès du FMI et de la Russie, et qui depuis 2010 a resserré les liens de manière significative avec le partenaire russe. Un accord prévoit d’ailleurs l’acceptation de la présence militaire russe sur le sol ukrainien contre un prix préférentiel du gaz. Et l’économie ukrainienne, très énergivore, ne pourrait pas supporter un alignement sur les prix du marché européen. 

Sa dépendance énergétique vis à vis de la Russie sème le doute…

Les élections présidentielles russes approchent (2012), quelles sont les chances de Vladimir Poutine de pouvoir poursuivre son projet d’union en tant que Président russe ?

L’alternance n’appartient pas à la culture politique russe, les présidents sont désignés, voire s’auto-désignent dans le cas de Poutine, et cette désignation est consacrée par le suffrage universel.

Autant dire que Vladimir Poutine est d’ores et déjà réélu pour mars 2012.

Et Dimitri Medvedev ?

Il se verrait bien Premier ministre, et il y a aura probablement des tensions concernant l’attribution de ce poste.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Hong Kong : ces nouvelles formes de censure très efficaces pour empêcher les mouvements sociaux

02.

Miley Cyrus s’éclate avec une ex Kardashian, Claire Chazal se souvient de quand elle s’éclatait avec (un de) ses ex; Énième réconciliation pour Jamel & Melissa, 1ère grossesse pour Louane; Anouchka Delon pacifie sa famille, Brigitte Macron choie la sienne

03.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

04.

Comment St Gobain est devenu le Google français de la transition énergétique

05.

Greta Thunberg : un voyage à New-York en bateau... mais six vols en avion pour l'organiser

06.

Grand est le désespoir de Donald (Trump) : Greta (Thunberg) a été d’une cruauté sans pareille avec lui.

07.

Les relations entre frères et soeurs : un lien primordial

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

Pour comprendre l’après Carlos Ghosn, l’affaire qui a terrassé l’année 2019 dans le monde des entreprises

03.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

04.

Peugeot-Citroën : le lion résiste aux mutations mondiales

05.

En deux siècles, les forêts ont doublé en France et voici pourquoi

06.

Comment se fait-il qu'un pays aussi beau que la Pologne ait un gouvernement de m... ?

01.

M. Blanquer, pourquoi cachez-vous à nos enfants que les philosophes des Lumières étaient de sombres racistes ?

02.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

03.

Réorganisation de la droite : cette impasse idéologique et politique qui consiste à s'appuyer uniquement sur les élus locaux

04.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

05.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

06.

Italie : quelles leçons pour la droite française ?

Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
texarkana
- 08/10/2011 - 11:31
Ce n'est qu'une déclaration...
...qui ne sera probablement pas suivie d'effet puisque Poutine et Medvedev ne sont même pas capables de réactiver la CEI qui n'est plus que l'ombre d'elle même ou d'effectuer la réunification avec la Biélorussie. Mais assez pour provoquer des frayeurs chez nos chers "kremlinologues"...
Septentrionale
- 07/10/2011 - 15:10
ces nouveaux partisans des privilèges:la fonction publique-.2
les nouveaux pôles de géostratégies politiques dans les affaires du monde vont mettre cette Europe face à ses tares
va-telle savoir se débarrasser à temps de ses défectuosités dues à des pouvoirs publiques qui jouent sur des privilèges,lui pourrissant un bon fonctionnement
ou l'Europe va-t-elle se retrouver à genou à cause de cette fonction publique faisant tomber chaque pays trop étatisé
Septentrionale
- 07/10/2011 - 14:47
ces nouveaux partisans des privilèges:la fonction publique
l'Europe s'est perdue dans une une nouvelle fonction publique européenne technocratique
cette crise va-t-elle (enfin) nous débarrasser de l'imposture de toute fonction publique
faut-il que la Grèce (avec sa fonction publique qui ne veut pas lâcher ses privilèges en osant avec indécence encore faire grève) tombe pour faire imploser l'Europe afin de faire exploser les privilèges de ces nantis à vie