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Bernard Maris.
Bernard Maris.
Atlanti-culture

En hommage à Bernard Maris, une critique de "Houellebecq économiste"

Publié le 13 janvier 2015
Il est difficile, voire impossible, d'écrire une chronique culturelle raisonnée et de parler de coups de cœur, de points forts ou de points faibles en cette période d'horreur absolue qui frappe la France dans sa chair, dans son identité, dans ses valeurs, et pourtant il le faut : la France est debout, la liberté de penser, d'écrire, de dessiner, doit le rester ; la France est en état d'urgence, aujourd'hui même et... demain.
Rodolphe de Saint Hilaire pour Culture-Tops
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Rodolphe de Saint Hilaire est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Il est difficile, voire impossible, d'écrire une chronique culturelle raisonnée et de parler de coups de cœur, de points forts ou de points faibles en cette période d'horreur absolue qui frappe la France dans sa chair, dans son identité, dans ses valeurs, et pourtant il le faut : la France est debout, la liberté de penser, d'écrire, de dessiner, doit le rester ; la France est en état d'urgence, aujourd'hui même et... demain.

L'auteur

Economiste iconoclaste, "Oncle Bernard" a été massacré aux côtés de ses amis de Charlie Hebdo, fleurs de la caricature, contestataires impénitents de l'intolérance et de l'obscurantisme. Cette chronique de Culture-Tops leur rend hommage, au delà des opinions et sensibilités personnelles de ses chroniqueurs et de ses lecteurs. Né en 1946, Bernard Maris était agrégé d'économie, professeur d'université, journaliste (chroniqueur débatteur sur France Inter notamment). Ancien directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, dont il était actionnaire, il était rentré en 2011 au Conseil Général de la Banque de France, nommé par l'ancien Président du Sénat. Economiste anti conformiste, admirateur de Keynes, il avait pris ses distances avec le monde de la finance, lui préférant une économie citoyenne, et pourfendait avec verve et ironie la "caste" de ceux qui s'enrichissent au nom du credo "la fin justifie les moyens". "J'ai dit oui à Maastricht mais maintenant il faut quitter la zone Euro "( octobre 2014); et en 2011 (crise financière) : " Il faut effacer les dettes des Etats, quel qu'en soit le coût pour les banques et les créanciers". Ainsi s'exprimait Maris qui n'avait aucune confiance dans les économistes qui se trompent tout le temps. Il vilipendait la société de consommation. Il a produit une vingtaine d'ouvrages dont certains assez décoiffants, tels "Les anti-manuels d'économie" (Bréal), "L'homme dans la guerre..." (Grasset), "Marx, ô Marx, pourquoi m'as tu abandonné" (Flammarion).

Thème

Michel Houellebecq, l'auteur Français devenu, certainement, aujourd'hui, le plus célèbre du monde grâce à un télescopage médiatique et évènementiel invraisemblable autant que douloureux, est un romancier génial pour les uns, pornographique pour les autres, à la fois visionnaire et décadent; en même temps, grand romantique, digne de Maupassant, et poète symboliste, sorte de Baudelaire du 21ème siècle. Mais un Houellebecq "économiste", qui oserait l'affirmer ? Bernard Maris, lui même, qui, en prêchant un peu pour sa paroisse, il faut le dire, nous présente ainsi l'auteur des "Particules élémentaires" : "Aucun écrivain n'est arrivé comme lui "à saisir le malaise économique qui gangrène notre époque". Oui, selon les deux auteurs, qui se connaissent à peine, malaise il y a devant les souffrances et les ravages de la société de consommation ; Maris extrait de "La Carte et le territoire" une phrase clé prononcé par l'héroïne de ce roman de Houellebecq, elle aussi professeur d'économie : "J'ai gâché ma vie à enseigner des absurdités contradictoires à des crétins arrivistes" ; toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, sauf sous la plume d'un grand romancier ! Et que dit Houellebecq, au fil de ses romans successifs ? L'homme est malade de la société de consommation, de la quête incessante du profit, d'un confort matériel non durable, d'une compétition épuisante et illusoire qui conduit à la déception et confine à la haine de l'autre.

Dans un chapitre dédié à J.M.Keynes et titré "L'infantilisme des consommateurs", Bernard Maris parle d'un terrorisme de l'obsolescence si bien décrit dans "la Carte et le territoire" qui, avec "Extension", fournit bon nombre d'arguments houellebecqiens à l'appui de la thèse de l'économiste iconoclaste. Ainsi le romancier pleure à l'évocation de la disparition programmée de trois de ses produits fétiches: "Adieu mes Paraboot Marche et ma parka Camel...” Etc, etc. Tout y passe, l'entreprise, vulgaire et malpropre, l'art, un supermarché, le sexe (de masse, comme le tourisme bien sûr), la pub qui torture et soumet: la pub c'est la nouvelle morale qui succède au christianisme !!! Conclusion de l'économiste, le vrai : ce livre est un sourire. Il montre la "triste morale" et la forte poigne dissimulée sous les oripeaux d'une science. "Car il n'y a pas de science économique".

Points forts

1/ Le courage Bernard Maris a eu le grand mérite d'afficher avec humour, décalage et style, sa détestation de la société de consommation, du culte de la finance et de la prééminence de l'économie auxquels malgré tous ses efforts de pédagogie et selon lui, personne ne comprend rien. Et surtout, il ne faut toujours clairement accorder aucun crédit aux analystes et aux prévisionnistes qui se trompent sans cesse et nous bercent d'illusions.

2/ La démonstration Elle est convaincante et en tout cas incite à la réflexion. M. Houellebecq et B. Maris se rejoignent avec mélancolie sur l'abandon des valeurs humaines et l'avenir incertain de la société.

3/ Le style. Le livre "Houellebecq économiste", bien écrit, imagé, plein d'humour, apparait comme la BD de la comédie humaine contemporaine avec Michel à la caricature et Oncle Bernard à l'écriture. La lecture des quelques lignes, p.145, sur Keynes, la littérature et les "entrepreneurs" est jubilatoire.

Points faibles

Avec cet "Essai" philosophique destructeur, satire à l'acide de nos modes de vie, l'auteur n'offre pas de solutions salvatrices alternatives, contrairement à son héros qui se raccroche à l'amour, ou à une certaine idée de l'amour. Et pourtant, pour avoir lu d'autres ouvrages de Bernard Maris , notamment son "KEYNES ou l'économiste citoyen" et connaissant son implication dans le mouvement Attac, nous savons qu'elles existent et qu'il en était le promoteur. Hélas...Nous ne ferons pas injure au souvenir de l'excellent Bernard Maris en regrettant que les dernières pages, même avec quelques vers de Mallarmé ("Salut"), nous laissent au bord du gué.

En deux mots...

Bernard Maris n'est plus là. Il nous manquera car il avait su rendre l'économie humaine et c'est aussi cela dont nous avons le plus besoin. Heureusement, il y a les livres... et Michel Houellebecq, à moins qu'il ne se soumette ! Mais ceci est une autre histoire, promise à une très prochaine chronique...

Recommandation

Bon Bon

Houellebecq économiste, de Bernard Maris, éditions Flammarion.

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Commentaires (9)
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vangog
- 13/01/2015 - 01:35
Maris, mauvais économiste gauchiste...
aura eu beaucoup d'influence, trop d'influence, sur les dérives contradictoirement anti-capitalistes et pro-croissance des différents gouvernements gauchistes (UMP et UDI inclus). Les patriotes ne se laisseront pas happer par les remous de ces courants dérivant contradictoirement. Nous ne nous laisserons pas influencer par les écolo-régressifs et les promoteurs du capitalisme de connivence. Nous tracerons notre route vers la croissance et vers l'emploi, sans nous préoccuper des suiveurs de Maris, car il y en aura, fatalement...
cloette
- 12/01/2015 - 22:38
Société de consommation
Si on a les moyens, or les US sont autosuffisants ( ressources minières, gaz de shiste pétrole blé cheptel de bovins , etc etc ) , nous on devient de plus en plus pauvres !
Scarabas
- 12/01/2015 - 18:54
L'union ne fait plus la force ! Tiens donc !
Je ne peux pas prendre au sérieux un économiste qui souhaite la fin de l'euro. Face aux problèmes économiques et face à l'immigration islamique massive, l'Europe doit davantage s'unir pour être plus forte. La critique de la société de consommation n'aura jamais de succès populaire, hélas. Je suis depuis deux mois aux Etats-Unis, et je vois une société de plein emploi, de consommation frénétique ET QUI POURTANT conserve un fort patriotisme et de fortes valeurs morales et religieuses.