En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
Malin comme un singe !
Ces talents français qui partent à l'étranger
Publié le 02 octobre 2011
Dans son livre "Un paléoanthropologue dans l'entreprise", Pascal Picq montre l'entreprise sous un nouvel angle, celui des sciences biologiques et anthropologiques. Ici, il s'intéresse à deux défauts bien français : le pessimisme et la peur d'entreprendre. Extrait (2/2).
Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférence au Collège de France. Il publie Un paléoanthropologue dans l'entreprise.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pascal Picq
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférence au Collège de France. Il publie Un paléoanthropologue dans l'entreprise.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dans son livre "Un paléoanthropologue dans l'entreprise", Pascal Picq montre l'entreprise sous un nouvel angle, celui des sciences biologiques et anthropologiques. Ici, il s'intéresse à deux défauts bien français : le pessimisme et la peur d'entreprendre. Extrait (2/2).

Il faut dénoncer ici un tropisme français en rapport avec une conception erronée à la fois du marché et de l’évolution. On traine un profond archaïsme théologique et surtout philosophique qui, une fois de plus, reprend l’idée aristotélicienne d’un monde contenant un nombre fini de formes.

Dans le monde du travail, cela se traduit par la vision malthusienne de la quantité de travail qu’il faut répartir – du coup, on ne comprend pas que le sous-emploi des seniors soit mécaniquement lié à celui des jeunes alors que dans tous les autres pays, les études montrent que plus les uns ont du travail, plus les autres en ont –, et c’est l’idée antiévolutionniste de l’équilibre des marchés qui fait croire que si une entreprise se  développe dans un secteur, les autres du même secteur vont voir leurs parts de marché se réduire. Telle est l’opposition fondamentale entre une vision statique et une vision évolutionniste du monde. Même si je ne partage pas les conceptions évolutionnistes du philosophe français Henri Bergson, je recommande de revisiter le concept d’«évolution créatrice». Je rappelle qu’il y a la même quantité de matière vivante sur la Terre depuis quatre milliards d’années et que si les premières bactéries s’étaient partagé les ressources disponibles, il n’y aurait pas eu le fabuleux arbre du vivant que nous connaissons ; et je ne serais pas en train d’évoquer cette évolution.


Ce problème de fond, car culturel, n’est pas que français. Il concerne l’Europe occidentale – hormis l’Angleterre et sa situation assez particulière –, mais s’avère plus exacerbé dans notre pays. Il s’éclaire quand on compare avec les États-Unis et leur «small business act» de 1953. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’économie américaine est exsangue, avec un taux de chômage considérable. (Dans des circonstances historiques similaires, l’Angleterre sort à genou des guerres napoléoniennes et, pour relancer son économie, s’engage dans la Révolution industrielle; comme quoi, les crises suscitent les changements de paradigmes économiques.) Le gouverne- ment américain a fait alors voter une loi qui obligeait les administrations fédérales et d’État à acheter au moins un quart de leurs produits et de leurs services auprès de PME/PMI, ayant bien compris que les innovations et
les emplois viendraient de là. Et en Europe ? La mise en place d’un small business act n’a pas cessé d’être entravée par le lobbying des grandes entreprises et, après quelques avancées depuis 2008, fait l’objet d’une évaluation. On n’est pas prêt d’avoir en Europe des Microsoft, Apple et autre Google inventés par des jeunes aussi créatifs que peu conformistes.


Le Vieux Continent mérite bien son nom. Il est désolant que tant de biologistes talentueux restent aux États-Unis pour développer leurs recherches, que tant de nos ingénieurs se retrouvent en Allemagne et que nos superbes mathématiciens s’épanouissent dans la finance londonienne. Notre système scolaire donne des jeunes diplômés remarquables et remarqués, et qui n’arrivent pas à trouver leur place dans nos institutions et nos universités, trop figées dans leurs structures. Alors qu’ils créent leur entreprise ! Mais on a vu ce qu’il en est. Le géologue et ancien ministre français Claude Allègre a fait voter des textes qui facilitent le passage de la recherche universitaire à la création d’entreprises; mais ce n’est pas culturellement accepté par les pairs. Cela se retrouve dans la façon de représenter l’évolution de la vie et de l’Homme, fortement ancrée dans les représentations collectives en France (Lamarck) et en Allemagne (le biologiste Ernst Haeckel). Depuis des décennies, et malgré les efforts et les livres du paléontologue américain Stephen Jay Gould et de moi-même, on n’arrive pas à démonter la vision linéaire et hiérarchique qui mène une seule lignée et une ultime espèce indépassable, la nôtre.

Tant que ces conceptions du changement dans la nature domineront, distillant une seule possibilité d’évolution dont nous serions le sommet, l’érigeant en loi naturelle qui s’applique à nos sociétés, nous serons handicapés pour suivre un monde qui, de toutes les façons, évolue. C’est ce genre de conception du monde qui nous rend inquiets et pessimistes. Nous avons tellement d’acquis que nous craignons de les perdre, ce qui ressort dans les sondages internationaux qui décrivent les craintes des Français en l’avenir alors que les Irakiens se montrent plus confiants. Soyons plus optimistes et entrepreneuriaux dans l’évolution en train de se faire.

___________________________________________

Extrait de Un anthropologue dans l'entreprise : s'adapter pour survivre, EYROLLES (29 septembre 2011)


Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Thématiques :
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Grand débat : ce vent de bêtise qui siffle sur nos têtes
02.
Prime exceptionnelle de fin d’année : comment Emmanuel à Macron a (nettement) privilégié son électorat sans le vouloir
03.
La France, cette île perdue au milieu des océans ? Tout ce que révèle (aussi) ce dont Emmanuel Macron n’a PAS parlé
04.
Nous avons déjà obtenu de bons résultats : le vrai/ faux des déclarations d’Emmanuel Macron sur sa politique économique
05.
Emmanuel Macron : la conférence de presse dont on se souviendra parce qu’il... n’y avait rien de particulier à en retenir
06.
Cash investigation : poursuivi par Elise Lucet, un patron s'enfuit en courant
07.
Les effroyables supplices infligés à Ravaillac, l’assassin du "bon roi" Henri IV
01.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
02.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
03.
La Belle au bois dormant est un "conte sexiste" : supprimé dans certaines écoles!
04.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
05.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
06.
De #GaspardGlanz au passé de Nathalie Loiseau, ces clashs qui soulignent la mentalité de guerre civile qui gagne les esprits français
01.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE
04.
Et rien ne se passa comme prévu (par les progressistes)... : 2019 ou l’effondrement des promesses du monde de 1968
05.
Etudiante, Nathalie Loiseau s'est présentée sur une liste d'extrême droite
06.
Brûler l’ENA ? Pour la reconstruire plus belle encore?
Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Le gorille
- 03/10/2011 - 20:51
Ah l'Enarchie !
"les études montrent que plus les uns ont du travail, plus les autres en ont ! " Une évidence que le travail crée le travail : il en faut d'autres, d'articles !
Dire qu'une énarque est persuadée que réduire de 39h à 35h permet 10% d'emplois en plus.
Commençons par revenir à 45 heures : faute de temps, les bricoleurs seront obligés de faire appel aux artisans ! Et boule de neige ensuite.
Rhytton
- 03/10/2011 - 12:13
La France est une grande démocratie!
En Italie, en Grèce, en Espagne, en Irlande et j'en oublie, les guerres civiles, les dictatures et la misère ont poussé dans le passé des millions de gens à chercher la fortune en Amérique. En France, c'est la perfusion sociale qui les en empêche... Dans ce contexte de mondialisation et de crise, quelle audace... La France est une grande démocratie!
quesako
- 02/10/2011 - 13:10
Que je les comprends !
Il y a de quoi d'être pessimiste : une droite qui a peur de prendre de véritables mesures qd c'est encore possible, une gauche qui rêve de redistribution, assistanat et régularisation des sans papiers, une France qui manque d'identité, une "haine" de ceux qui réussissent (ils ont du le faire sur le dos des autres!), et un manque de vue sur le futur (faut il revenir au Plan de De Gaulle ?)