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Les années 30 sont de retour : "notre" nouvel antisémitisme

Publié le 07 décembre 2014
Les haines et les peurs de notre temps ont un parfum de redite, celui des années 30, cette décennie tragique qui mena le monde à l'abîme. Économique, sociale, identitaire ou politique, les crises s'additionnent depuis le krach de 2008, comme au temps de la Grande Dépression de 1929. Mais qu'en est-il au fond ? Extrait de "Les années 30 sont de retour", de Claude Askolovitch, Pascal Blanchard, Renaud Dély et Yvan Gastaut, publié chez Flammarion (2/2).
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Les haines et les peurs de notre temps ont un parfum de redite, celui des années 30, cette décennie tragique qui mena le monde à l'abîme. Économique, sociale, identitaire ou politique, les crises s'additionnent depuis le krach de 2008, comme au temps de la Grande Dépression de 1929. Mais qu'en est-il au fond ? Extrait de "Les années 30 sont de retour", de Claude Askolovitch, Pascal Blanchard, Renaud Dély et Yvan Gastaut, publié chez Flammarion (2/2).

L’antisémitisme contemporain est tout aussi soudain. Comme l’antisémitisme des années 30 faisait table rase de l’Union sacrée, le « nôtre » s’affranchit du souvenir protecteur de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Celle-ci est devenue un « tabou » à briser, un prétexte à ne pas évoquer les vrais drames de l’heure – racisme, islamophobie, Palestine ou discriminations – ou à manipuler l’histoire. C’est en allant contre cet interdit que Dieudonné rafle la mise : il entre en dissidence dans une émission de télévision en mimant un rabbin – un colon israélien, dit-il – effectuant un salut nazi. La Shoah, explique-t-il dans un premier temps, est un prétexte pour ne pas affronter la question de l’esclavage, dont il veut promouvoir la mémoire ; ensuite, il la moque, la méprise, se montre sur scène avec Robert Faurisson, négateur des chambres à gaz, et rassemble ses adeptes par dizaines de milliers au son d’une parodie de chanson populaire, « Shoah Nanas ».

Dans les faits, l’antisémitisme est réapparu à la faveur d’un drame extérieur, le conflit du Proche-Orient, qui s’envenime de nouveau alors que la paix semblait proche. C’est au moment de la deuxième Intifada, à l’automne 2000, que des « jeunes de banlieue » – expression médiatique – se retournent contre leurs voisins, mélangeant à la solidarité verbale avec la Palestine des jalousies sociétales. La violence va s’installer, permanente et larvée, prenant au dépourvu une France effarée par « l’importation du conflit du Proche-Orient ». L’idée d’un mal venu d’ailleurs, comme dans les années 30, est un réflexe immédiat. Minimisation dans un premier temps, dramatisation ensuite. Les gouvernants ont un temps de retard. À partir de 2002, la lutte contre l’antisémitisme devient un discours obligé des pouvoirs et la marque des « sécuritaires », de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls. Ceux-là, en retour, sont accusés, dans les rues ou sur internet, d’être aux mains des juifs, du « lobby » ou des sionistes. On entend, dans les émeutes de 2005, des manifestants crier « Sarkozy sale juif » ; Manuel Valls, lui, voit sa « défense » des juifs opposée à la laïcité intransigeante qu’il affiche face aux musulmans. La boucle est bouclée.

L’antisémitisme des années 30 venait d’en haut, d’agitateurs et d’intellectuels, de théoriciens plus ou moins structurés. Il n’avait pas suscité de réponse politique forte, avant le décret Marchandeau, du nom du garde des Sceaux de l’époque, interdisant en 1939 « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée 1 ». L’antisémitisme du début du XXIe siècle commence par avoir ses troupes, avant même d’avoir ses hérauts. Les violences précèdent en effet Dieudonné et Alain Soral, qui récupèrent et consolident, et se loveront dans la subtilité perverse d’internet. L’antisémitisme contemporain affronte et défie une législation antiraciste solidement installée. Il se grime finalement en une révolte sociétale, devient pour ses agitateurs la marque d’un esprit « anti-système », une forme de révolution, et comme la haine autorisée aux gueux.

Autre différence : l’antisémitisme des années 30 reproduisait le clivage du combat dreyfusard. Il est alors « de droite », d’extrême droite plutôt, même si les frontières ne sont pas étanches (le socialisme pacifiste, antimunichois, prendra sa part dans la détestation de Léon Blum) ; et la défense des juifs est de gauche, ancrée autour de la Ligue des droits de l’homme, de la Ligue internationale contre l’antisémitisme, et des jeunes troupes du Front populaire. C’est aussi par une haine de classe que Léon Blum est vilipendé, et ce sont les ouvriers d’un chantier voisin qui l’ont sauvé des Camelots du roi en 1936. L’antisémitisme des années 2010 emprunte des chemins plus tortueux, passant par le Proche-Orient – ou ce qu’on en fantasme – avant de revenir à des formes classiques.

Le sionisme n’était pas une catégorie politique déterminante des années 30.Une idéologie marginale, plus célébrée par des journalistes – Albert Londres – que dans le judaïsme français institutionnel, qui identifie la République à la Terre promise. De nos jours, il est maître du débat et des prétextes, par la solidarité des communautés juives avec Israël et la prégnance de la cause palestinienne dans les réseaux militants. C’est parce que la situation des Palestiniens est odieuse, et que la société discrimine les « jeunes maghrébins de banlieue », que des intellectuels ou des enseignants progressistes hésitent avant de cibler l’antisémitisme. Avant de rompre toutes les amarres et de soutenir Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2007, Dieudonné était appuyé en 2003 dans sa « liberté d’expression » par les humoristes Guy Bedos et Christophe Alévêque, le député écologiste Noël Mamère et le président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples Mouloud Aounit. Jamel Debbouze n’hésita pas à plaisanter avec lui sur scène à la fin 2003. Toutes ces personnalités s’éloigneront ensuite, sans ambiguïté. Mais l’antisionisme est un produit masquant.

Ce hiatus témoigne d’une confusion propre à notre époque. L’antisémitisme d’extrême droite, incarné vaille que vaille par le vieux Le Pen, semble pâlir. La profanation du cimetière de Carpentras, en 1990, était spontanément attribuée à la mouvance skinhead ou néonazie. Le Gang des barbares, en 2006, témoigne d’une ultraviolence qui monte dans des banlieues métissées. Le danger a changé. Dans les années 2010, le tournant tactique de Marine Le Pen, qui renonce spectaculairement au discours antijuif de son père pour développer des positions « simplement » anti-immigrées et islamophobes, installe un nouveau cadre politique et médiatique. L’antisémitisme a changé d’apparence et de hérauts. Ce retournement affecte la communauté juive, elle aussi prise au dépourvu par le retour de la détestation.

Dans les années 30, les juifs français se partageaient entre le mépris et l’offensive, interloqués de se voir soudain refuser cette France qui leur était évidente, perturbés par l’afflux d’immigrés – d’Europe de l’Est, puis d’Allemagne nazie – qui les forçait à se confronter à des judaïsmes moins heureux. « Mieux vaut le salut de quarante millions de Français que celui de cent mille juifs », pensait alors le jeune Edgar Morin 1. La solidarité avec les persécutés et les réfugiés contredisait la seule francité des institutions juives, du Consistoire au très installé Univers israélite, également hostiles au sionisme. L’arrivée au pouvoir de Léon Blum et les tensions qu’elle générait pouvaient embarrasser des notables, qui s’attachaient au contraire à ne pas se couper des droites patriotes, même si celles-ci se dérobaient. La montée des périls et la défaite auraient raison de ces interrogations.

Dans les années 2000-2010, la mobilisation ne fait pas de doute pour les communautés juives, cette fois rassemblées. Le sionisme n’est plus une interrogation. Le lien entre la défense de l’État d’Israël et le refus de l’antisémitisme est une évidence majoritaire et nourrie de la situation au Proche-Orient. Une grande manifestation, en avril 2002, illustre cette évidence, mais elle se termine mal avec l’agression d’un commissaire de police, poignardé.

Extrait de "Les années 30 sont de retour", de Claude Askolovitch, Pascal Blanchard, Renaud Dély et Yvan Gastaut, publié chez Flammarion, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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ISABLEUE
- 08/12/2014 - 10:08
Askolovitch
qui surfe sur l'antisémitisme....
ON SAIT très bien que ces antisémites viennent de banlieues.
Rien de nouveau. Les années 30 sont loin.
Les nouveaux nazis sont en banlieue on a vu déjà avec Illan Halimi.
Dans des pays musulmans, "juif" est une insulte... Pas besoin de faire de grands bla bla... et d'ecrire des livres. venez tous en banlieue, vivre.. vous verrez qui sont les racistes !!
Outre-Vosges
- 08/12/2014 - 08:15
Ne confondons pas tout
Le problème, c’est que derrière le mot « antisémitisme » on met souvent n’importe quoi. Les papes Grégoire XVI et Pie IX étaient de très vilains bonshommes, on sait que tous deux ont fait enlever des enfants juifs qu’une servante chrétienne particulièrement idiote avait baptisés en les croyant en danger de mort et en espérant que de cette façon ils pourraient au moins aller au Ciel catholique chanter les louanges de la Sainte Vierge. Heureusement la petite Esther Montel était française : notre ambassadeur ne s’est pas laissé impressionner et a exigé sa restitution ; malheureusement le petit Edgardo Mortara était sujet pontifical, il a donc été élevé dans le catholicisme et même par la suite ensoutané. C’est bien triste mais je fais remarquer que les protestants de France après la Révocation de 1685 ont des milliers de fois connu un pareil sort en voyant leurs enfants enlevés et enfermés dans des établissements de « Nouveaux Convertis ». Rien à voir donc avec l’antisémitisme à la mode hitlérienne face auquel on aurait pu se convertir au nazisme et réciter « Mein Kampf » par cœur : on n’en aurait pas moins été arrêté et envoyé à Auschwitz pour le crime de n’être pas un « bon arien ».