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L'Observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a établi au travers d'un rapport le portrait-type du meurtrier et de sa victime en région parisienne.
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Délinquance et criminalité : les nouveaux visages de ceux qui passent à l’acte

Publié le 13 novembre 2014
L'Observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a établi au travers d'un rapport le portrait-type du meurtrier et de sa victime en région parisienne. Description des tueurs d'aujourd'hui.
Jean-Paul Megret est secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP).
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L'Observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a établi au travers d'un rapport le portrait-type du meurtrier et de sa victime en région parisienne. Description des tueurs d'aujourd'hui.

L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a dévoilé, mercredi 12 novembre, une étude sur le portrait-type du meurtrier et de sa victime à Paris et proche banlieue. Le rapport sur les "homicides commis à Paris et en petite couronne (Val-de-MarneSeine-Saint-DenisHauts-de-Seine)" entre 2007 et 2013 a pu être réalisé en compilant les données recensées par la Police judiciaire de Paris sur les agressions, coups et blessures, meurtres, assassinats, etc. ayant entraîné la mort de la victime.

Ce sont 602 cas qui ont été étudiés, représentatifs de la criminalité "la plus aigüe" dans la capitale et à proximité. Un éventail statistique qui a aussi permis d'établir le profil du criminel et voir aussi l'évolution de la criminalité à Paris. La tendance dans la capitale et à proximité est à la baisse comme partout en France. Entre record de meurtres enregistrés par le quai des Orfèvres en 2010 (103) et le plus bas taux en 2013 (73), la moyenne se situe autour des 86 annuellement. Dans la plupart des cas, un suspect au moins a été interpellé ou identifié, ce qui permet de dresser le profil des agresseurs.

Atlantico : Selon le rapport de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, il existe plusieurs types de crimes dont les plus importants sont  des homicides qui  résultent d'une "altercation préalable" (34%),  des homicides conjugaux ou familiaux (28%). Enfin, 19 % des meurtres ou assassinats sont liés à une activité criminelle (ex: trafic de drogue). Constate-t-on dans le temps, sur ces cinquante dernières années, une augmentation de ces crimes ? Pour quelles raisons ?

Jean-Paul Megret : Nous sommes sur une tendance globale à la baisse du nombre d'homicides. Faut-il l'expliquer par une baisse de la violence physique au sein de la société française? Pas sûr. Par une meilleure répression pénale des homicides au moment où bon nombre d'autres crimes ou délits sont peu pénalisés ? Peut être, car le crime de sang est aujourd'hui le plus sûr moyen de se voir condamner à de longues années d'emprisonnement. Enfin, les progrès de la médecine d'urgence évitent peut-être à certaines victimes de décéder malgré la volonté meurtrière de l'auteur des faits. Il faudrait alors regarder si le nombre de tentatives d'homicide a lui aussi chuté et si le nombre de violences volontaires a chuté car bon nombre des tentatives d'homicides sont aujourd'hui, après coup, requalifiées pénalement en violences volontaires pour faire l'objet d'un traitement par les tribunaux correctionnels plutôt que par la lourdeur de la cour d'assises.

Je distinguerais les crimes commis par des proches ou des familiers (ascendants, descendants, amants, conjoints, ou simple membre de la famille) et ceux commis dans une intention crapuleuse, soit dans une optique de règlement de compte (conflit de territoire, concurrence entre trafiquants) soit presque par "accident" à l'occasion d'un acte crapuleux (le vol à main armée qui tourne mal, le cambrioleur surpris par le propriétaire des lieux...). Effectivement pour ces deux dernières catégories, l'apparition d'une voyoucratie issue des cités, peut-être plus adepte de la violence définitive car baignée de série TV US ou de jeux vidéo, conduit à une facilitation et une banalisation du passage à l'acte meurtrier.

Parmi les 708 auteurs d'homicide identifiés, 90 % sont des hommes dont l'âge moyen frôle les 35 ans. Parmi eux, la tranche d'âge des 15-24 ans y est la plus représentée (33%). Comment peut-on expliquer que les hommes jeunes soient davantage représentés ? Est-ce que cela a toujours été le cas ?

Les hommes représentent déjà la très grande majorité de la population délinquante. L'activité délinquante est une activité qui implique une certaine forme physique, une robustesse qui va de pair avec une certaine jeunesse. Plus particulièrement il faut savoir sans rentrer dans des détails scabreux, que tuer quelqu'un avec une arme blanche, un objet détourné de son usage initial (tesson de bouteille, manche de pioche, batte de baseball etc...) et à fortiori à mains nues est un acte physique extrêmement violent que peu d'individus sont à même d'accomplir. Contrairement au cinéma, tuer quelqu'un, le blesser, reste un combat éprouvant qui nécessite dans la plupart du temps une très grande force physique, ce qui peut expliquer la place prépondérante des hommes jeunes. De même, l'usage des armes à feu est parfois plus physique qu'on ne l'imagine (fusil de chasse....) et de toutes façons, ces "outils" sont moins utilisés en France qu'ailleurs compte tenu d'une législation efficace et prohibitive pour ceux qui ne sont pas dans des réseaux de malfaiteurs chevronnés. Ce phénomène de surreprésentation masculine est un phénomène ancien. Pour ce qui concerne la tranche d'âge il n'est pas possible d'incriminer de nouveaux phénomènes, à part à la marge sur certains cas médiatiques.

Entre 2007 et 2013 à Paris et dans sa région, seulement 9% des femmes sont auteurs d'homicides. Avec le temps, sur une échelle nationale, constate-t-on une augmentation de crimes commis par les femmes ?

Nous ne constatons par d'évolutions majeures en matière de proportion de femmes auteurs ou complices d'homicide. La part des infanticides, bien que très médiatisée avec certaines femmes ayant tué le fœtus, est plutôt en forte baisse à l'échelle du siècle, ce qui peut s'expliquer par une hausse du niveau de vie moyen, une nette amélioration de la prise en charge des services sociaux dès les premières alertes de mauvais traitements et une chute forte des "grossesses imposées "non désirées. Sur longue période le développement des moyens de contraception a fort heureusement stoppé les assassinats de jeunes enfants dont certaines femmes n'avaient pas envie ou les moyens de s'occuper dès leur naissance. Le statut de la femme dans les sociétés modernes a fort heureusement évolué en bien et certains des motifs sous-jacents des crimes passionnels ont fort heureusement presque totalement disparu

L'étude de l'observatoire de la délinquance ne s'intéresse qu'au cas parisien et à sa petite couronne. Constate-t-on des divergences entre le criminel des villes et celui des provinces ? Quelles sont les évolutions déterminantes dans le temps ?

C'est assez difficile de faire des généralités alors que ces chiffres ne sont que partiels. Néanmoins, il ne nous semble pas qu'on assiste à une séparation villes-provinces en la matière. En revanche, certaines zones géographiques particulières aux Antilles ou en Corse peuvent peut-être amener sur ces territoires précis à des résultats un peu différents. En matière de nombre de règlements de compte ou d'usage d'arme à feu plus élevés en Corse par exemple. Mais c'est une analyse empirique de ma part.

Cette étude de cas démontre que les armes blanches sont utilisées dans 34% des cas tandis que les armes à feu ne le sont que dans 23%. Existe-t-il des différences avec nos voisins ? Cela évolue-t-il dans le temps ?

Ce phénomène s'explique largement par la législation extrêmement stricte sur les armes à feu en France. Ainsi, il est plus difficile de se procurer une arme à feu pour une personne non liée au crime organisée. En revanche, les règlements de comptes impliquant ce type d'individus se produisent de plus en plus à l'aide d'armes à feu, en effet, lorsqu'on connait ces fameux réseaux d'importation d'armes, en provenance par exemple d'Europe centrale et orientale il est relativement simple d'en disposer, de les utiliser et de pouvoir s'en débarrasser rapidement après les faits pour éviter de se faire identifier par les enquêteurs. L'auteur d'homicide dit " classique" devra agir avec autre chose qu'une arme à feu... les armes blanches sont alors l'instrument le plus évident à se procurer sans aller bien loin au sein du domicile... On pense au couteau de cuisine par exemple, qui s'avère en plus assez dissimulable.

Les différences avec les pays voisins sont donc totalement imputables aux différences de sévérité des législations sur les armes à feu. Pour résumer, lorsqu'on tue ou l'on veut tuer de manière impulsive ou peu organisée, que l'on ne dispose pas de filières pour "choisir" son arme, on se dirige vers ce qui est le plus aisé à se procurer et qui allie le plus d'avantages à l'usage. Aux Etats-Unis, se procurer une arme à feu plus ou moins sophistiquée est simple et offre une bonne opportunité de réaliser son geste... Ce n'est fort heureusement pas le cas en Europe pour la plupart des auteurs d'homicides ou de tentatives d'homicides.

Les auteurs du rapport ont été frappés par le nombre d'étrangers impliqués, qu'ils soient victimes d'homicide (49 %) ou mis en cause (39 %). A une échelle nationale, cet indice-là est-il en progression sur la décennie passée ? Comment l'expliquez-vous ?

Le nombre d'étrangers impliqués comme victimes ou auteurs d'homicide pourrait s'expliquer notamment par une relative concentration des phénomènes violents au sein des populations les plus défavorisées, c'est-à-dire actuellement en France au sein de certaines populations étrangères marginalisées, en situation irrégulière et en rupture sociale.

De plus, il faudrait pouvoir étudier l'origine des étrangers impliqués comme victimes ou auteurs pour savoir si un lien peut être fait ou non avec une plus grande propesion à la violence meurtrière de leur société d'origine. C'est assez délicat.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire les meurtres se produisent davantage sur le lieu privé  que public. 41 % des meurtres se déroulent chez la victime, tandis que les parkings et parties communes ne représentent qu'environ 9% des cas, et pas plus d'un meurtre sur trois n'a lieu dans la rue (35%). Par ailleurs les homicides ont lieu davantage la nuit en fin de semaine. Comment peut-on l'expliquer ?  Quelle différence par rapport à avant ?

Les crimes se produisent davantage dans des lieux privés car, majoritairement on a affaire des crimes commis par des familiers, des proches ayant accès au domicile privé. Dans ce cadre ils peuvent se dérouler par exemple après une dispute plus ou moins violente. Les liens de proximité entre auteur et victime vont contribuer à placer la scène de crime au sein de la sphère privée où gravitent chacun des protagonistes : le domicile privé de la victime.

A l'inverse, les règlements de comptes conduisent à des crimes plus liés à la voie publique car il est bien plus délicat d'aller atteindre son adversaire dans son domicile privé, là où ayant ses habitudes il a moins de chances d'être surpris que dans la rue, dans sa voiture ou dans un parking.

Concernant les crimes commis majoritairement de nuit, en soirée ou en fin de semaine, le facteur facilitant du passage à l'acte que représentent l'alcoolisation ou la prise de produits  stupéfiants explique grandement ce type de tranche horaire ou de moment de la semaine. Ce sont en effet les moments clés de la prise de ces substances. Il ne faut pas oublier non plus que le facteur désinhibant de la prise de ces produits va favoriser certains actes criminels. Enfin, c'est une évidence, les crimes crapuleux, à la différence peut-être des règlements de comptes meurtriers, sont commis dans les moments nocturnes où très peu de personnes peuvent témoigner, permettant à l'auteur d'espérer l'impunité par un échec des éléments d'enquête. ( cf témoins...)

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