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Photo d'illustration // Une chatte bengalaise.
Chiens écrasés
Mais pourquoi tout le monde s’intéresse-t-il autant à la chatte de Marine Le Pen ?
Publié le 02 octobre 2014
L'Express a révélé mercredi 1er octobre qu'une chatte bengalaise de Marine Le Pen avait été tuée par un doberman appartenant à son père. Les médias se sont emparé de cette information à sensation, la rattachant à la décision de Marine Le Pen de déménager du domaine familial. Un engouement qui témoigne de l'appétence du public pour les légendes et les mythes, signe de réenchantement du monde.
Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la...
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Michel Maffesoli
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L'Express a révélé mercredi 1er octobre qu'une chatte bengalaise de Marine Le Pen avait été tuée par un doberman appartenant à son père. Les médias se sont emparé de cette information à sensation, la rattachant à la décision de Marine Le Pen de déménager du domaine familial. Un engouement qui témoigne de l'appétence du public pour les légendes et les mythes, signe de réenchantement du monde.

Atlantico : L'Express a révélé mercredi qu'une chatte bengalaise de Marine Le Pen avait été tuée par un doberman de son père. Les médias se sont emparé de cette information à sensation. Mais au fait, pourquoi tout le monde s'intéresse-t-il autant à la chatte de Marine Le Pen ?

Michel Maffesoli : Le retentissement qu’a rencontré ce fait divers, ce “chat écrasé” pourrait-on dire n’a bien sûr rien à voir avec son importance objective. On retrouve au contraire dans cet engouement du public la véritable essence du fait divers. Un anthropologue parlait, dans un livre paru il y a une cinquantaine d’année du “Fait divers comme du Mana quotidien”, c’est à dire ce qui personnifie le mystère de la condition humaine, le côté magique du monde (Georges Auclair). On retrouve dans cette histoire les éléments du conte : le père et la fille opposés dans une sorte de continuation conflictuelle, d’héritage/trahison, le doberman (chien méchant) meurtrier de la chatte asiatique, c’est à dire le masculin, dur, meurtrier, le phalus supprimant le féminin etc.

L’explication intéressante en l’occurrence n’est pas psychologique, mais anthropologique et la résonnance de ce fait divers traduit un attrait pour la richesse des mythes.

Dominique Wolton : C'est une tradition médiatique que de suivre les faits divers. La presse écrite a commencé en 1850 à cause de cela. Rien de nouveau donc. Qu'est-ce qui change alors ? C'est la concurrence effrénée entre médias qui les poussent à se démarquer à tout prix, à grand coup d'informations sensationnelles !

Ensuite, la famille Le Pen est directement concernée, et pour l'instant les Le Pen sont en quelque sorte proches du peuple, et ils intéressent nécessairement, de fait. Tout le monde se demande jusqu'où va pousser le Front National dans le paysage politique français. Attention, cela ne signifie pas que les médias ou le public accréditent l'idéologie d'extrême droite, mais c'est la percée du FN sur tous les fronts politiques qui surprend. Dernièrement, même au Sénat.

C'est aussi en particulier ici une histoire de famille. Et ce qui est intéressant c'est le recouvrement entre cette histoire familiale et politique. C'est une saga à la Dallas, où tout le monde se déteste dans le plus grand secret, où les ambitions des uns contrarient celles des autres. Et je ne suis même pas sûr que les acteurs soient conscients de ce recouvrement, et de la fascination ciblée du public. Car le public est voyeur ne l'oublions pas, même s'il reste distancié. Il s'amuse donc de cette contradiction fondamentale, il pose une observation ironique sur cette famille qui d'un côté renvoie une image très polissée, et qui de l'autre se déteste dans le plus grand secret. Il s'amuse du décalage entre le discours politique propret du Front national d'un côté, et les turpitudes, les violences familiales de l'autre. 

Cet évènement rencontre la réalité trouble d'une famille partagée entre amour et haine qui pratique la langue de bois. C'est cela qui excite à la fois les médias et le public. Même si ces derniers n'adhèrent pas aux valeurs des Le Pen.

Et cerise sur le gâteau, la métaphore animalière ! Le chat d'une Marine Le Pen au discours polissé est dévoré par le doberman de son père, beaucoup plus virulent, violent. Et que personne n'ose plus sortir de peur qu'il commette une bévue.

Les ressorts sont-ils les mêmes que dans l'engouement que peuvent susciter certains faits divers ? 

Michel Maffesoli : Oui bien sûr. Les éléments qui cristallisent l’attention populaire autour de tel fait divers plutôt que tel autre tiennent d’une part à ce que j’appellerais un marquage local, le fait divers rencontre de l’intérêt parce qu’il se passe dans un lieu que toutes les personnes qui s’y intéressent connaissent, il personnifie le lieu ou plutôt le lien que crée le lieu commun. D’autre part, le fait divers peut prendre sa densité dès lors qu’il met en scène de grands archétypes. En l’occurrence, la fille qui se révolte contre son père bien aimé, la fille aimant et détrônant son père, la belle et la Bête etc. On voit bien combien cette histoire de belle chatte bengalaise proie de la monstruosité du chien prédateur renvoie à ces éternelles figures de l’inconscient collectif.

Le fait divers a été longtemps le matériau essentiel de la presse régionale. Il était relativement absent des grands médias nationaux, y compris audio-visuels ou alors uniquement traité quand il était exceptionnel.

Mais il constitue actuellement un matériau essentiel des échanges sur les réseaux sociaux. Ce qui montre comment ceux-ci ont pris le relai des médias locaux. Là encore l’écho rencontré par ce banal combat de chien et chat (qui est banal, car l’hostilité entre les deux espèces est connue) témoigne du rôle joué par ces échanges sur les réseaux sociaux : ils structurent un imaginaire commun, ils sont des échanges de symboles beaucoup plus que d’analyses rationelles.

Ce type d'histoires, lorsqu'il concerne les politiques, est-il d'autant plus attractif ? Pour quelles raisons ? 

Michel Maffesoli : En l’occurrence, il me semble que l’attractivité de l’histoire tient plus à la ressemblance que chacun a sans doute pu voir entre le doberman et son propriétaire et la chatte et Marine : quoique Marine Le Pen ne soit pas à proprement dit “une faible femme”, elle pourrait être vue étranglée dans la gueule de son père comme la petite chatte dans celle du doberman.

Une telle histoire tire tout son intérêt non pas du fait que Le Pen et sa fille soient des personnalités politiques, ni du fait qu’ils représentent telle ou telle tendance politique, mais du fait qu’il s’agit d’une fille qui prend la place de son père, celui-ci l’adoubant tout en regrettant sans doute sa vigueur perdue.

C’est ce qui fait le fond de cette histoire et le fait qu’il s’agisse de personnalités politiques n’est au fond qu’un élément mineur. Ce sont des personnalités connues dans une histoire à valeur universelle.

Est-ce là également un travers de la peoplisation, avec tout son panel d'acessoires ?

Dominique Wolton : La peoplisation croissante de la classe politique - et tout le monde est consentant, médias et politiques - est un facteur certain. Et la peoplisation est sans limite, elle peut aller partout, jusque dans les chambres à coucher. Pourquoi pas en direction des animaux domestiques ? Je ne suis toutefois pas de ceux qui croient à une orchestration des tendances.  

Dans la peoplisation réside deux tendances. D'une part, la normalisation. Les gens extraordinaires, les puissants sont en réalité des gens ordinaires. D'autre part, une dimension plus stupide et contestable, que cette personnalité se définisse par rapport à tout ce qu'elle est et possède. Peu importe qu'une personnalité possède deux ou trois chats, dans les faits.

Que cela nous dit-il des médias, du public ?

Dominique Wolton : Contrairement à ce que pensent les médias, la demande est ambigüe. Certes, tout le monde est voyeur, mais en même temps plus le public est libre d'obtenir de l'information en quantité mais sans importance réelle (qui viole l'espace proxémique, privé), plus cela délégitimise les médias. Et l'argument de l'offre et de la demande ne tient pas. Les médias n'ont pas à se cacher derrière cet argument fallacieux. Car la grandeur des médias, c'est justement de savoir quand il convient de ne pas répondre à la demande.

Le fait que l'information est sans limite ne veut d'ailleurs pas dire que le public va légitimiser les médias qui publieront des informations à sensation. Et ce, même leur voyeurisme les poussera à consulter ces dernières.

Sans quoi nous verserons indubitablement dans la tyrannie de la demande, et par conséquent dans la démagogie.

Michel Maffesoli : Les esprits chagrins de plaindront bien sûr de la futilité du public et du caractère démagogique des médias. Comme si quand on parle de personnages politiques on ne devait s’intéresser qu’au contenu de leur programme.

On le sait bien, celui-ci n’intéresse plus grand monde, même quand il s’agit de programmes extrémistes et farfelus !

En revanche, cet intérêt montre à quel point l’opinion, celle que j’appelle l’opinion publique au contraire de l’opinion publiée, a de l’appétence pour ce qui est de l’ordre de la légende, du conte, du magique.

Nous vivons dans une époque  de réenchantement du monde : l’histoire du chien monstrueux et de la belle petite chatte rencontre plus d’intérêt que les gloses sur la valeur des analyses économiques ou politiques de tel ou tel. Pourquoi ? parce que ces images rendent compte des grandes structures de l’imaginaire humain et mettent en scène les histoires de tout un chacun : en l’occurrence celles concernant la filiation, la transmission, les conflits, l’aspect paradoxal de l’amour familial, la violence intra-familiale etc.

Ce sont ces choses de la vie qu’un tel fait divers a mis en scène et c’est bien pour cela qu’il est raconté et reraconté à satiété comme les histoires que l’on contait aux veillées autrefois.

En ce sens Internet bien loin d’isoler les individus comme on le dit trop souvent joue le rôle de café du commerce ou de foyer où l’on se rassemble pour égréner à satiété les mêmes histoires.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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daerlnaxe
- 03/10/2014 - 14:04
En fait on s'en fout.. et j
En fait on s'en fout.. et j'aurais pu dire plus, les seuls qui s'y intéressent sont des abrutis fini... bien que l'aspect de la chose soit dramatique. Les journalistes nous font une "forcitude", pour changer ,on traite le fait sous tous les angles avec un bashing alors qu'on lit plus de 50% de commentaires expliquant combien on s'en tape... alors vos explications ne valent que pour la petite cours d'Hollande, celle qui fait un écran de fumée pour masquer ses énormes conneries , hebdomadaires au minimum
ISABLEUE
- 02/10/2014 - 16:32
Beau chat, belles couleurs...
QUand aux deux fonctionnaires qui font de la philo....
Ex abrupto
- 02/10/2014 - 14:53
Les média ne sont pas démagogiques...
Ils sont vénaux: faire de l'écoute au niveau de l'outil (journal, station de TV, Blog,...) et se pousser du col au niveau des journalistes (pour supplanter les petits copains)...