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Valérie Trierweiler.
Pris au piège
L’autre leçon Trierweiler : comment la France a sombré à son tour dans la culture de l'humiliation
Publié le 12 septembre 2014
En publiant sont livre "Merci pour ce moment", dans lequel elle dénonce la violence de l'opinion publique à son égard, Valérie Trierweiler rappelle que le regard de l'autre n'a jamais été aussi prégnant qu'aujourd'hui dans nos sociétés occidentales modernes.
Vincent de Gaulejac est professeur de sociologie à l'UFR de Sciences Sociales de l'Université Paris 7 Denis-Diderot.Il est l'auteur du livre Les sources de honte (2011, Point). Il a également publié Manifeste pour sortir du mal-être au trava...
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Michel Maffesoli, sociologue, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur à la Sorbonne.Après avoir publié Homo Eroticus aux éditions du CNRS, il a écrit les Nouveaux Bien-pensants, aux éditions du Moment (janvier 2014).Michel...
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Vincent de Gaulejac est professeur de sociologie à l'UFR de Sciences Sociales de l'Université Paris 7 Denis-Diderot.Il est l'auteur du livre Les sources de honte (2011, Point). Il a également publié Manifeste pour sortir du mal-être au trava...
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Michel Maffesoli
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Michel Maffesoli, sociologue, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur à la Sorbonne.Après avoir publié Homo Eroticus aux éditions du CNRS, il a écrit les Nouveaux Bien-pensants, aux éditions du Moment (janvier 2014).Michel...
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En publiant sont livre "Merci pour ce moment", dans lequel elle dénonce la violence de l'opinion publique à son égard, Valérie Trierweiler rappelle que le regard de l'autre n'a jamais été aussi prégnant qu'aujourd'hui dans nos sociétés occidentales modernes.

La culture de l'humiliation est un phénomène observé dans un premier temps aux Etats-Unis. Des sociologiques, dont Nicolaus Mills, professeur de culture américaine à New York, ont remarqué qu'à mesure qu'internet se développait, et plus particulièrement lorsque les réseaux sociaux sont apparus, la population dans son ensemble manifestait une plus grande propension au dénigrement. Les prémices de ce phénomène étaient déjà visibles au travers du concept de la téléréalité : le simple fait de voir des apprentis chanteurs se ridiculiser lors des premiers tours de sélection, de pouvoir éliminer des participants ou de voir des acteurs de second rang révéler leur addiction, contribue à renforcer le sentiment de supériorité des téléspectateurs. Selon Nicolaus Mills, cette frénésie de l'humiliation est aussi observable lors des débats politiques, où désormais ce qui compte, c'est "d'enfoncer" l'autre.

Atlantico : Dans son livre, Valérie Trierweiler parle de la "culture de l'humiliation" pour expliquer comment elle s'est retrouvée prise dans les filets de l'opinion publique. Nicolaus Mills, professeur spécialisé en culture américaine au Sarah Lawrence College de Bronxville, à New York, a conceptualisé cette "culture de l'humiliation", faite de soumission et de ridicule, ayant pour but la domination sur l'autre. En quoi consiste-t-elle plus exactement ?

Vincent de Gaulejac : On voit bien qu'aujourd'hui, on est dans une société de compétition dans laquelle on valorise l'excellence, les performances. La réussite dépendrait de la culture de lutte des  classes avec la honte qui serait de la même nature que la lutte des classes. Chacun peut réussir en fonction du mérite indépendamment de son héritage social et de ses origines. Par rapport à un modèle d'excellence la réussite est intériorisée par les gens tandis que s'il n'y a pas de réussite, ils auront l'impression d'être mauvais, de ne pas avoir fait ce qu'il fallait. C'est le problème des chômeurs qu'on rend responsables de leur chômage. La culture de l'humanité est profondément marquée par ce contexte de lutte des classes. Les gens qui ont réussi à fréquenter les milieux de la richesse, eux sont en porte à faux entre les habitus intériorisés en fonction des origines sociales, et ceux à acquérir en fonction de la "Règle du jeu." Leurs normes de comportement, leurs façons d'être, parfois même ils se sentent rejetés, c'est le syndrome du parvenu, vraie violence symbolique. C'est celui qui est arrivé à réussir mais qui n'est qu'un parvenu car il n'en est pas, et donc toute une bataille pour se faire reconnaître. Derrière, il y a beaucoup de violence pour se faire reconnaître et beaucoup de violence humiliante faite aux personnes auxquelles on signifie qu'elles "n'en sont pas", qu'elles n'ont pas la connaissance, l'aisance, la culture pour pouvoir prétendre être assimilé à un groupe dominant. Derrière les violences humiliantes, il y a les rapports de domination.

Michel Maffesoli : Humiliation renvoie au latin humus, le terreau dans lequel croît la vie, il renvoie aussi à humain. L’humble a toujours été la figure emblématique de l’humain. L’“humiliation” est donc une mise en image de l’humain : la première dame trompée et répudiée comme une vulgaire maîtresse, comme n’importe quelle femme dont l’amant n’est plus amoureux et également, et c’est sans doute en ce sens qu’elle l’emploie, à une mise en scène de cet abaissement. Pour être une femme comme les autres, une femme banale, elle devient une femme humiliée, une femme descendue de son piédestal, une “pauvre femme”.

On peut dire dans un premier temps que la presse et l’opinion préfèrent les histoires d’amour dramatiques voire sordides aux contes de fée, encore que les Anglais ou même la précédente première dame nous aient montré comment jouer le rôle de la princesse. On peut dire de manière plus profonde qu’il y a eu une sorte de jouissance collective à voir que “le roi a les mêmes besoins que son valet” ou encore que l’opinion s’est plu à constater que l’histoire se répète toujours, enchaînant comme dans un roman de série B, amourettes et tromperies.

Comment expliquer la tendance des sociétés contemporaines à la mise en scène permanente ? Que cherche-t-on par ce biais ? Sommes-nous devenus incapables de nous voir autrement que dans le regard des autres ?

Michel Maffesoli : “Je est un autre” disait Rimbaud et bien sûr le poète avait vu, avant tout le monde, le devenir de la société. La société moderne, celle qui a débuté au 18ème siècle et se termine maintenant, a érigé la conscience individuelle en principe organisateur de la société. Dès lors, la frontière entre vie privée et vie publique était étanche.

Notre société postmoderne ne fonctionne plus autour du principe individualiste. Ce n’est pas “Je pense, donc je suis, dans la forteresse de mon esprit” (Descartes), mais j’existe dans et par le regard des autres. Je suis dans la communion, plutôt émotionnelle, avec les autres.

Vous dites : “sommes-nous incapables de nous voir autrement que dans le regard de l’autre”, je dirais : nous sommes en train de retrouver ce regard collectif, commun, communautaire sur nous, nous sommes en train de retrouver le sentiment d’existence commune.

Pour le meilleur, les nombreuses solidarités de tous les jours, comme pour le pire, ainsi la mise en pâture de la “vie privée” des vedettes. Qui, il faut bien le dire, n’ont pas été si avares d’informations sur leur intimité quand tout allait bien et que les images en papier glacé les flattaient.

Vincent de Gaulejac : C'est un phénomène majeur pour pouvoir être reconnu dans les élites dominantes. Les médias participent de ce processus de visibilisation. C'est l'expression de Tati, "si on passe pas à la télé, on n'existe pas".

C'est l'illustration de l'idéologie de la réalisation de soi-même, de l'idée que pour exister socialement, il faut se montrer, se montrer dans des lieux de représentation de soi-même qui sont valorisés socialement. Il y a une espèce de course à la visibilité : "si j'existe de cette façon ça va me donner de la valeur". C'est une illusion narcissique. C'est parce que l'on est dans une société  extrêmement narcissique, que l'on voit le moi de chaque individu qu'il faut brandir. C'est pour ça que la télévision a tellement d'importance. L'image est devenue plus importante que ce qu'elle présente. L'imaginaire est leurrant, on se noie dans sa propre image, comme dans le mythe de Narcisse.

Il y a des gens qui n'existent qu'en fonction du regard de l'autre. C'est une très grande faiblesse car si ce regard est positif, leur narcissisme va s'établir et s'il est négatif, ça les fait basculer dans le sentiment de honte  Sartre disait "la honte naît sous le regard d'autrui". Une personne la noue dans des relations intimes quand c'est sur TF1, c'est devant des milliers de personnes et la résonnance n'est pas la même. Il y a des gens qui sont plus ou moins vulnérables à cela et l'éducation devrait nous apprendre à être moins sensibles à ces effets de reconnaissances sociales et plus sensibles à la consistance de ce que l'on est de ce que l'on fait. L'Homme ne se réalise pas par l'image qu'il donne mais par la qualité des œuvres qu'il accomplit. L'image c'est construite sur une fable, c'est inconsistant et ça change très vite. L'œuvre dure, persiste, c'est ce qui a de la valeur. L'image ne conserve qu'une valeur illusoire.

Quel rôle le développement des médias online et des réseaux sociaux a-t-il eu dans l'explosion de ce phénomène ?

Michel Maffesoli : Je l’ai souvent dit, et le redis : la société postmoderne est la synergie (l’action commune des forces) de l’archaïque et des nouvelles technologies.

Les histoires tragiques d’amours déçues ou les épopées guerrières contemporaines sont mises en scène et diffusées avec une vitesse qui accroît bien sûr leur puissance émotionnelle.

Lire l’histoire du président et des ses maîtresses dans un journal arrivant avec quelques jours de retard sur “l’évènement”, sans “photo”, enlèverait l’énergie suggestive à ce qui est, il faut bien le dire, du point de vue général et non pas personnel, un non évènement, une petite anecdote, un fond de casserole peu ragoûtant.

Les nouvelles technologies, en particulier celles des réseaux sociaux et de leurs échanges quelque peu hystériques (l’hystérie c’est la maladie de l’utérus, du ventre, de l’émotionnel) chargent en quelque sorte les faits divers d’une énergie quelque peu magique. On ne doit pas se tromper, ce sont des accélérateurs de l’hystérie collective, non pas ses créateurs.

Comment cette logique finit-elle par se retourner contre ceux qui y cèdent ? Comment la mise en scène dégénère-t-elle en humiliation ?

Michel Maffesoli : La chose est claire depuis l’existence de la presse people et des paparazzi : si une vedette accepte la mise en scène de son intimité, c’est-à-dire autre chose que les photos en situation officielle, tôt ou tard elle sera exposée à une mise en images peu flatteuse. On ne fait pas de bons romans avec de bons sentiments dit-on, et d’une certaine manière l’eau de rose ne suffit pas à attirer le chaland.

Mais il y a plus profond : si l’on reprend le sens de l’humiliation, tel que je le définis, rabaisser la personne à sa commune et banale humanité, en faire un humble mortel, l’abaissement est au coeur même du processus.

C’est d’ailleurs une tacite acceptation de celle-ci que donnent toutes les personnes qui se donnent en spectacle dans les séquences de téléréalité et autres jeux collectifs. D’une certaine manière, si Madame Trierweiler avait voulu, vraiment, échapper à l’humiliation, il eût fallu qu’elle renonce aussi aux ors du palais. Ou en tout cas, d’y être mise en images.

Quelles conséquences cette culture de l'humiliation a-t-elle sur les personnes qui en sont victimes ? Comment en sortir ?

Michel Maffesoli : Ce que madame Trierweiler appelle la culture de l’humiliation est en quelque sorte l’ambiance émotionnelle survoltée de l’époque, qui monte tour à tour les personnes en héros ou les abaisse en victimes.

Tant que le jeu de rôles se cantonne dans l’intimité de la communauté, qu’il s’agit d’un jeu plus ou moins conscient, comme quand les enfants jouent au “comme si”, l’atteinte des personnes est endiguée collectivement. Mais je le redis, l’évolution de notre société vers une prégnance de plus en plus importante de l’identification à différentes communautés, à ce que j’appelle tribus est inéluctable et se fait pour le meilleur et pour le pire.

Madame Trierweiler connaît bien comme beaucoup de hiérarques cette culture des tribus et des combats entre tribus. L’exclusion (le banissement des Grecs) y est toujours sanglante. Ce n’est que collectivement qu’un tel processus se maîtrise et je pense que les jeunes générations qui s’y initient progressivement seront mieux armées pour résister au risque d’anéantissement personnel que contient effectivement ce jeu de rôles.

Vincent de Gaulejac : C'est la chanson de Brassens "Trompettes de la renommée". Le danger de céder aux sirènes de la renommée, c'est que le mérite et la qualité ne dépendent pas de vous mais des autres. Vous êtes en dépendance par rapport au regard des autres et vous êtes vulnérable au regard s'il se retourne et devient négatif, ça peut vous entraîner en dépression. L'idéal du moi s'effondre et votre petit moi quand il n'a plus ce regard qui s'effondre, vous fait retomber dans le monde ordinaire. Vous ne le supportez pas et tombez dans la dépression.

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Commentaires (3)
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myc11
- 10/09/2014 - 10:37
La capacité d'humiliation vient de la gauche,
Sa vengeance envers tout ce qui dépasse, regardez sa capacité de nuisance de l'adversaire politique Sarkozy, sa capacité de réduire à zéro tout rêve, de fermer tout horizon. Cependant elle utilise son idéologie pour ses propres ambitions. Trierweiller, c'est révélateur des méthodes de la gauche et qui se retourne contre elle. Je la comprends Trierweiller!
Newdawn
- 10/09/2014 - 08:55
Son manque de classe n'est pas un problème de classe sociale
D'accord avec essentimo. Il faudrait s'extraire un peu de la lecture du monde marxisante de la lutte des classes. On peut être d'origine modeste et faire preuve d'une grande dignité et d'une grande classe. La vulgarité incurable de Miss Trierweiler ne vient pas de ses origines (qu'elle brandit en étendard comme prétexte) mais de sa psychologie pas très reluisante. -- Pourriez-vous par ailleurs faire une relecture de l'article et corriger les nombreuses coquilles (ponctuation notamment) qui en rendent la lecture et le sens parfois laborieux ?
essentimo
- 10/09/2014 - 07:50
Trieweiler
Ce n'est pas ce qu'elle était de naissance qui lui était reproché, c'était sa manière d'être qui était insupportable.