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C'est la fin des haricots

25 ans après "la fin de l’histoire" Francis Fukuyama maintient… c’est bien la fin

Publié le 13 juin 2014
Le théoricien de "la fin de l'histoire", qui pensait au moment de la chute du bloc soviétique que le monde se rallierait pacifiquement sous la bannière de la démocratie libérale, a de nouveau confirmé son postulat de départ.
Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Eric Deschavanne
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Eric Deschavanne est professeur de philosophie.A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxièmehumanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry (Germina...
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Le théoricien de "la fin de l'histoire", qui pensait au moment de la chute du bloc soviétique que le monde se rallierait pacifiquement sous la bannière de la démocratie libérale, a de nouveau confirmé son postulat de départ.

Atlantico : Francis Fukuyuama, l’auteur de "La Fin de l'Histoire et le dernier homme" (1992), livre dans lequel il défend l'idée selon laquelle la progression de l'histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies, touche à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale, a récemment publié un article dans le Wall Street Journal (voir ici) pour faire le point sur cette théorie. Alexandre Del Valle, dans votre ouvrage "Le complexe occidental", vous ne semblez pas en accord avec lui. La chute du bloc soviétique a-t-elle effectivement permis de se rapprocher de cet idéal ?

Alexandre Del Valle : La chute de l’Union soviétique a libéré un espace qui était sous le joug totalitaire, et a marqué le passage d’un monde bipolaire, caractérisé par l’affrontement idéologique entre deux blocs, à un monde unipolaire, avec à sa tête l’hyperpuissance américaine. Je porte le même constat que Fukuyama sur l’apparition d’un ordre nouveau à la fin de l’ère soviétique, mais la ressemblance s’arrête là. Il pense que cela correspond à l’avènement d’une démocratie généralisée, alors que le phénomène de la démocratisation a commencé dès les années 70, notamment en Espagne et au Portugal avec la fin des dictatures, comme le montrait Samuel Huntington lorsqu’il parlait de la « troisième vague » démocratique.

Je ne considère pas que l’on puisse dire qu’à partir de la fin des années 80 la fin de l’histoire se soit imposée au travers de la démocratie libérale ; en réalité on a observé une hyper domination de l’Amérique qui se comportait de manière de plus en plus impériale et contreproductive, sans contrepoids. Ce monde unipolaire, qui a duré une dizaine d’années, a permis aux Américains de faire ce qu’ils voulaient, y compris contre l’Occident lui-même. Cela a déclenché une vague de rejet de ce dernier sans précédent, encore pire que par le passé, et cela a amoindri l’image des Etats-Unis qui jusque-là bénéficiaient d’une image relativement positive dans le tiers monde. Par ricochet, l’Europe a pâti de la dégradation de cette image.

De cette perte totale de légitimité de l’Occident sont nées des réactions radicales, non seulement dans les pays islamistes et en Amérique Latine (portées par le mouvement indigéniste de Rafael Correa, Hugo Chavez ou encore Evo Morales), mais également en Russie. Car n’oublions pas qu’après que les Russes se sont eux-mêmes libérés du communisme, Boris Eltsine comme Poutine étaient pro-occidentaux. Ce sont les dérives de l’impérialisme et du militarisme américain qui ont accentué dans le pays les réactions anti occidentales et pro-chinoises, pro-iraniennes, etc. Nous aurions pu étendre notre modèle à la Russie, mais cet unilatéralisme américain n’a pas abouti à ce que prédisait Fukuyama, et a discrédité l’idée même de démocratie libérale. Ce concept, ainsi que celui des Droits de l’homme, utilisés pour justifier des guerres, ont été considéré comme une hypocrisie et le "cache-sexe" d’une nouvelle forme d’impérialisme. Fukuyama prend ses désirs pour des réalités, on constate que dans le tiers monde c’est la démocratie autoritaire qui progresse, de type populiste et nationaliste.

Eric Deschavanne : Le livre de Fukuyama était le prolongement d'un article écrit dans l'euphorie qui accompagna la chute du mur de Berlin. Chacun avait alors conscience d'assister à un évènement "historico-mondial" : par-delà la réunification de l'Allemagne, le dégel de l'Europe de l'Est et la décomposition de l'empire soviétique, il signait la mort de l'idéologie communiste et la victoire définitive du libéralisme politique sur les totalitarismes qui avaient menacé de détruire la démocratie au cours du XXe siècle.

Fukuyama ne s'en tenait cependant pas à ce constat : il élargissait la perspective historique afin de montrer que l'histoire des deux derniers siècles a un sens, celui d'une "révolution libérale mondiale"  à la fois irrésitible et irréversible. Avant l'avènement de la démocratie américaine, à la fin du 18e siècle, le monde n'avait pas connu de démocratie au sens moderne, c'est-à-dire une démocratie consacrant et protégeant la liberté individuelle. En 1790, on peut considérer qu'il existait trois démocraties libérales : les Etats-Unis, la Suisse et la France (de manière certes éphémère). Il faudrait ajouter l'Angleterre, terre libérale qui n'était pas encore, stricto sensu, une démocratie. Les deux guerres mondiales ont accéléré la démocratisation : il y avait une vingtaine de démocratie après la première, une trentaine après la seconde. Outre l'effondrement du bloc soviétique, ce qu'on a appelé "la troisième vague de démocratisation" (Samuel Huntington) incluait la démocratisation de l'Europe du Sud (Portugal, Grèce et Espagne) et celle de l'Amérique latine. Le nombre des démocraties dans le monde est passé de 35 en 1974 (30% des pays du monde) à environ 120 en 2013 (60% du total), celles-ci, étant bien entendu loin d'être toutes parfaites. 

Il faut ajouter à ce tableau la conversion de la Chine au capitalisme. Indépendamment de ses immenses répercussions sur l'économie mondiale, l'évènement revêt également une signification politique considérable : il actait l'incapacité du communisme à assurer la prospérité des peuples, contribuant à souligner ce qui constitue  sans doute le facteur le plus déterminant dans le rayonnement mondial du libéralisme occidental, à savoir le libéralisme économique. C'est en effet le modèle économique fondé sur l'économie de marché qui a permis aux européens et aux américains de sortir de la misère, d'accroître leur espérance de vie et d'acquérir une supérionité économique et militaire par rapport au reste du monde.

Ces faits historiques ne signale aucun déterminisme sinon celui d'une nature humaine encline à préférer la liberté à l'oppression et le bien-être à la misère. Après la fin de l'illusion communiste, il apparaît impossible, selon Fukuyama, d'imaginer un monde essentiellement différent du monde présent. Faute d'idéologie alternative crédible, l'avenir semble écrit, la démocratie libérale et l'économie de marché ont vocation à s'imposer partout à plus ou moins brève échéance. Certes, il existe encore des poches de résitance : le monde musulman, par exemple, a sécrété une idéologie politique nouvelle, l'islamisme, qui s'oppose frontalement au libéralisme; mais qui ne voit qu'il s'agit-là d'une réaction anti-occidentale sans avenir, et sans le rayonnement universel que connut il y a peu l'idéologie communiste ? 

C'est ce diagnostic qui caractérise la thèse de "la fin de l'Histoire" : non pas l'idée absurde selon laquelle il ne se passera plus rien (plus de guerres, plus de révolutions, etc.), mais la conviction selon laquelle les peuples du monde n'ont désormais plus d'autre horizon crédible que l'entrée dans la voie du libéralisme économique et politique. La thèse se fonde sur un constat : le libéralisme, sur le plan philosophique, a triomphé de tous ses ennemis; la conversion définitive des Etats résistant à son empire n'est plus qu'une question de temps.

 

"La Russie est un régime électoral autoritaire menaçant alimenté par des pétrodollars, qui s’en prend à ses voisins et cherche à récupérer des territoires perdus lors de la chute du bloc soviétique. La Chine reste autoritaire, mais constitue désormais la deuxième plus grande économie du monde, et nourrit d’importantes ambitions territoriales dans les mers du sud et de l’est", écrit Fukuyama. Finalement, contrairement à ce qu’il pensait il y a 25 ans, le développement économique ne s’assortirait pas de davantage de libertés ?

Eric Deschavanne : Fukuyama renouait avec l'inspiration fondamentale de la philosophie de l'histoire libérale depuis la fin du 18e siècle : le commerce et l'industrie sont des sources d'enrichissement plus performantes que le pillage, si bien que le désir naturel de prospérité ne peut que conduire les peuples et leurs gouvernements à faire le choix de la liberté et de la paix. Il nuance aujourd'hui fortement cette vision irénique par des considérations géopolitiques plus réalistes. Lorsqu'un Etat tel que la Russie dispose de ressources naturelles importantes, il est moins disposé à adopter le modèle libéral qui conditionne la croissance économique par l'industrie; par ailleurs, le cas chinois illustre la voie d'un libéralisme "sous contrôle", mis au service de la survie d'un régime et de la puissance d'une nation. Fukuyama entend simplement exposer les raisons qui expliquent le regain de forme des régimes autoritaires sans remettre fondamentalement en cause la thèse de la fin de l'Histoire : ni la Russie, ni la Chine ne portent aujourd'hui un modèle de société ou de civilisation susceptible de séduire le reste du monde. Fukuyama pose la question suivante : si nous nous projetons à cinquante ans, pouvons-nous imaginer que le peuple américain choisisse d'adopter le modèle politique chinois ? Cela paraît invraisemblable, alors que la perspective d'une démocratisation de la Chine constitue à l'inverse une perspective plausible. Cela tient au fait que l'idéal démocratique est aujourd'hui le seul idéal politique crédible, comme l'atteste d'ailleurs par exemple le recours du référundum pour justifier l'annexion de la Crimée par la Russie.

Alexandre Del Valle : Francis Fukuyama n’a pas tout à fait tort sur ce point. La prospérité pousse à consommer, à satisfaire des désirs croissants, qui entraînent une demande de liberté accrue pour pouvoir profiter des plaisirs rendus accessibles. La classe moyenne chinoise montre déjà des signes d’aspirations à plus de liberté, notamment sur internet, mais la Chine n’en reste pas moins condamnée à être autoritaire. Car si elle devient libérale, elle se coupera au minimum en trois morceaux : la partie chinoise han, le Tibet, et le Nord Ouest musulman (Xinjiang), sans oublier l’opposition entre le centre pauvre et la périphérie orientale riche, c’est-àdire l’extrême division riches-pauvres. Les phénomènes de survie collective, de gestion des systèmes de masse font que des Etats comme la Chine ou la Russie sont trop “gros” et ont un territoire trop vaste et trop hétérogène pour se permettre le luxe de se libéraliser pleinement. Aristote le percevait déjà à un moindre niveau, lui qui considérait qu’au-delà de 5 000 citoyens la démocratie devenait impossible... Je ne dis pas cela pour autant, mais il est clair que le modèle européen de “démocratie libérale” fondé sur l’individualisme et la dépréciation du civisme et du patriotisme n’est pas universel et ne séduit pas les pays émergents qui utilisent la globalisation marchande pour étendre leur puissance mais sont effrayés par le mondialisme occidental démo-libéral...

Fukuyama laisse entendre que tous les pays qui sont encore aujourd’hui la proie d’un certain autoritarisme (Russie, Thaïlande, Nicaragua…), étaient dans les années 1970 des dictatures, et ce sans ambiguïté. Aujourd’hui, les gouvernements concernés tiennent un discours qui se veut plus démocratique et libéral – même si cela ne se vérifie pas toujours dans les faits -, ce qui à ses yeux constituerait une réelle progression vers "la fin de l’histoire". Qu’en pensez-vous ?

Alexandre Del Valle : «  La fin de l’histoire » est de toute façon un concept irrationnel, qui ne repose sur aucun fait. C’est une croyance presque religieuse. De plus, Fukuyama mélange régimes autoritaires et dictatures. Il décrit la Chine comme un pays autoritaire, alors qu’il s’agit très clairement d’un système totalitaire, certes “capitaliste-mercantiliste”, mais dictatorial et totalitaire.

Je comprends son analyse d’une progression vers la démocratie libérale, mais ce n’est pas ma grille de lecture. Le monde qui vient est multipolaire, et l’Occident y occupera une part beaucoup moins prépondérante que cent ans auparavant, époque à laquelle il était la référence. L’Amérique latine est animée par l’indigénisme, comme une partie de l’Afrique et de l’Asie, et le monde musulman par un retour à la Charià, l’ordre islamique, par des “démocraties islamiques” : l’avènement progressif de la démocratie dans le monde, que l’on constate en effet aujourd’hui, ne se fait plus sur des bases individualistes, consuméristes, droit-de-l’hommistes européennes ou américaines. Les populations votent au contraire pour des régimes foncièrement nationalistes et des modèles qui leur sont propres.

La démocratie progresse, comme le dit Fukuyama, mais pas sur le modèle “libéral-pluraliste-humaniste” voulu par l’Occident. Même le “printemps arabe” a montré que des démocrates islamistes voient dans l’élection et la démocratie de simples outils pour conduire à l’avènement de l’obscurantisme réactionnaire de la Charia, l’opposé exact de la conception libérale... Il faut rappeler tout de même qu’en Egypte par exemple, après le “merveilleux “printemps arabe”, 78 % Egyptiens ont voté librement non pas pour le modèle démo-libéral de Fukuyama mais pour des partis “islamo-démocratiques” ayant comme programme l’application de la Charia, la restriction de la liberté religieuse, la condamnation des athées et des laïques… on est loin de notre démocratie libérale occidentale sécularisée... Et preuve de l’échec du paradigme de Fukuyama, c’est un coup d’Etat militaire du général al-Sissi qui a limité l’expansion de l’islamisme radical et le retour d’une relative sécularisation à l’occidentale par des moyens anti-démocratiques...

Eric Deschavanne : Fukuyama se demande si la "récession démocratique" que l'on peut observer dans le monde depuis quelques années invalide sa thèse sur la "révolution libérale mondiale". Sa réponse consiste à distinguer, pour les juxtaposer, deux perspectives historiques : s'agissant de la prospective à moyen terme, les analyses fondées sur le réalisme politique doivent prévaloir, tandis que la perspective à long terme impose toujours que l'on se réfère à l'idéalisme de la fin de l'Histoire. Fukuyama critique ainsi "l'idéalisme" de l'administration Bush qui pensait que la démocratie allait pousser comme une fleur en Irak après que la "mauvaise herbe" Saddam Hussein ait été arrachée. Le réalisme commande que l'on fasse droit aux données géopolitiques, mais aussi aux signes du progrès de l'idéal démocratique. Considérons par exemple l'analyse que l'on peut faire du "Printemps  arabe" et de ses suites politiques.

On a affaire à une séquence historique qui, au premier abord, montre qu'après l'illusion lyrique du moment révolutionnaire, les pesanteurs locales - sociales, économiques, politiques et culturelles - ont repris leurs droits. De toute évidence, la démocratisation du monde arabe n'est pas pour demain matin ! Il n'en reste cependant pas moins vrai que les révolutions arabes témoignent d'un progrès de l'idéal démocratico-libéral dans les esprits et dans les coeurs. L'idéal ne trouvera sans doute à court terme, sinon peut-être en Tunisie, aucune traduction institutionnelle concrète, mais il apparaît plus que jamais comme un avenir plausible à long terme. N'oublions pas qu'il fallut près d'un siècle pour que la Révolution française accouche d'une démocratie à peu près stable ! Et l'Europe a connu une formidable récession démocratique dans les années 30 du XXe siècle avant que le modèle démocratico-libéral ne s'impose de manière apparemment irréversible.

Le système chinois tel qu’il existe n’est pas durable, selon Fukuyama. Quels arguments viennent à l’appui de cette assertion, et sont-ils recevables ?

Alexandre Del Valle : Le modèle chinois n’est pas durable dans la mesure où il comporte énormément d’inégalités entre une classe moyenne de 200 millions de personnes et le reste de la population qui est corvéable à merci. La révolte gronde dans certaines campagnes, notamment dans les provinces pauvres du centre, qui sont de plus en plus jalouses de la périphérie riche de l’Est. De plus, la classe moyenne ne pourra pas accepter éternellement la censure du parti. 

Cependant, encore une fois, ce postulat est occidental. La Chine est condamnée à rester autoritaire, si elle devient démocratique aujourd’hui, mécaniquement, elle implosera. Fukuyama oublie donc la loi de la survie du groupe, qui veut qu’un aussi grand ensemble hétérogène prétendant au leadership mondial et doté d’une réelle stratégie nationaliste ne peut pas être aussi démocratique qu’un petit.

Eric Deschavanne : La Chine est le principal défi auquel se trouve confrontée la thèse de la fin de l'Histoire. En fait, la seule thèse de philosophie de l'Histoire que l'on puisse opposer à celle-ci pour penser l'avenir du monde est la thèse du "Choc des civilisations". La civilisation chinoise est ancienne et solide, et l'on peut légitimement se demander si celle-ci est soluble dans la civilisation libérale moderne. Au regard d'un Chinois, la domination philosophique, économique et politique de l'Occident peut apparaître comme une parenthèse destinée à être refermée lorsque la Chine aura recouvré les moyens économiques de sa renaissance. Le pari de Fukuyama s'appui à l'inverse sur l'argument selon lequel on ne peut séparer durablement libéralisme économique et libéralisme politique. La croissance économique génère la naissance d'une classe moyenne qui aspire nécessairement aux standards de vie qui sont ceux de l'Occident démocratique. A-t-il raison ? Réponse dans le demi-siècle à venir, si nous sommes là pour observer ce qui va se passer.

Plus largement, "la fin de l’histoire" défendue par Fukuyama est-elle souhaitable ? Pourquoi ?

Eric Deschavanne : La thèse de la fin de l'Histoire apporte une "bonne nouvelle", celle de la mondialisation heureuse : nous serions à l'aube d'une civilisation humaniste, démocratique et libérale universelle, ce qui rendrait caduque la perspective d'une nouvelle guerre mondiale (résultant par exemple du "choc des civilisations" entre la Chine et l'Occident). J'ai le sentiment que c'est ce que nous souhaitons et que Fukuyama ne fait ainsi que formuler la philosophie de l'Histoire qui est implicitement celle de tous les occidentaux : nous n'imaginons pas, à tort ou à raison, que les hommes puissent rêver d'autre chose que de liberté, de prospérité et de démocratie. La vraie question n'est pas de savoir si cette vision est souhaitable ou pas, mais si elle est juste. Peut-être après tout n'est-elle qu'une illusion propre à l'Occident. Peut-être prenons-nous nos désirs pour des réalités lorsque nous considérons que l'ensemble des peuples du monde ont vocation à adhérer aux critères de civilisation qui sont les nôtres.

Il convient cependant d'éliminer un malentendu au sujet de la thèse de la fin de l'Histoire, qui explique peut-être votre question. La fin de l'Histoire telle que Fukuyama la conçoit ne signifie pas l'entrée dans une époque morne et ennuyeuse dans laquelle il ne se passerait plus rien. En un sens, c'est même le contraire : nous vivons plus que jamais dans des sociétés "historiques", au sens où il se produit sans cesse, du fait notammment du progrès des sciences et de la liberté économique, des innovations et des évènements qui contribuent à bouleverser nos conditions d'existence et posent des problèmes politiques nouveaux. La société de la fin de l'Histoire est en même temps la société du changement historique incessant. Il n'y a en quelque sorte que l'idéal philophico-politique qui ne change plus. Le monde de la fin de l'histoire est incarné par l'Europe contemporaine : un monde qui laisse derrière lui les guerres et les révolutions à caractère religieux ou idéologiques et regarde comme indépassable les idéaux démocratique de la souveraineté du peuple, de la laïcité, de l'économie de marché, de la liberté d'expression, de l'égale considération des individus. La thèse de la fin de l'Histoire tient dans cette idée simple : la civilisation libérale, d'occidentale, est destinée à devenir universelle.
 

Alexandre Del Valle : En géopolitique il n’est pas question de raisonner en termes de « souhaitables » ou pas, et de toute façon la « fin de l’histoire » est un concept totalement irrationnel. C’est au mieuxun vœu pieux qui ne répond en rien à une méthode analytique froide de type géopolitique. Samuel Huntington, qui avait discuté avec Fukuyama, avait lui-même expliqué le caractère irrationnel de cette vision du monde. Fukuyama a pris ses désirs pour des réalités, mais cela plaît au public qui aime entendre de belles histoires. Tout simplement parce que, comme je le mentionne dans « Le complexe occidental », l’être humain n’aime pas les mauvaises nouvelles, les scénarios déplaisants. Il est toujours porté à se voiler la face, et se ralliera d’autant plus facilement à une vision édulcorée ou idyllique niant les réalités déplaisantes... Huntington, lui, s’est fait au contraire incendier en France et dans l’Europe adepte de l’utopie “mondialiste heureuse” lorsqu’il a osé parlé pour la première fois du « choc des civilisations ». Il affirmait alors simplement que le monde post soviétique se dirigeait vers plus de conflictualité et que le modèle occidental allait être de plus en plus remis en question au nom de l’indigénisme et du retour du “refoulé identitaire”… L’actualité lui donne plus raison qu’à Fukuyama...

Alexandre del Valle est l’auteur de l’essai, "Le complexe occidental", éditions du Toucan, 2014. 

Propos recueillis par Gilles Boutin

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cloette
- 09/06/2014 - 13:56
On ne peut pas
Mettre sur le même plan Cuba ou le Venezuela et la Corée du Nord, il y a une hiérarchie ! Ou alors on minimise , de même qu'on ne peut comparer le régime hitlerien avec d'autres dictatures militaires
vangog
- 09/06/2014 - 12:52
Que dit Fukuyama à propos des derniers pays qui
subissent encore le joug socialo-communiste, Cuba, le Vénezuela, La Corée du nord, la France?
Pour eux, la fin de l'histoire, c'est pour quand?...