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Chômage & mondialisation : comment nous nous sommes enfermés dans une spirale de destruction des emplois non qualifiés depuis 20 ans

Publié le 14 mai 2014
Le ministre du Travail, François Rebsamen, s’est fixé un objectif précis mardi 13 mai : "Il faut que, quand nous arriverons vers la fin de ce quinquennat, il y ait moins de 3 millions de chômeurs", a-t-il déclaré. Pour cela, il va lui falloir de la croissance. Mais, dans ses dernières perspectives économiques mondiales, l’OCDE table sur 0,9 % de croissance en 2014 dans l’Hexagone, quand il faudrait 1,5 % pour faire diminuer le nombre de demandeurs d’emploi.
Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Le ministre du Travail, François Rebsamen, s’est fixé un objectif précis mardi 13 mai : "Il faut que, quand nous arriverons vers la fin de ce quinquennat, il y ait moins de 3 millions de chômeurs", a-t-il déclaré. Pour cela, il va lui falloir de la croissance. Mais, dans ses dernières perspectives économiques mondiales, l’OCDE table sur 0,9 % de croissance en 2014 dans l’Hexagone, quand il faudrait 1,5 % pour faire diminuer le nombre de demandeurs d’emploi.

Au-delà des promesses d’inversement de courbes, de faire baisser le nombre de chômeurs sous le chiffre de 3.000.000, ou de toute autre approche numérique, certaines réalités se cachent derrière la notion de chômage. Le développement des bases de données internationales, ("big data") permet aujourd’hui de répondre factuellement aux questions posées par la mondialisation, et son impact sur les différents paramètres de la chaîne de valeur (l’ensemble des maillons de la production) : le capital et le travail. Une récente étude publiée par le Journal of economic perspectives délivre une analyse de ces données sur 13 années ; entre 1995 et 2008.

Les économistes Marcel Timmer, Abdul Azeez Erumban, Bart Los, Robert Stehrer et Gaaitzen J. de Vries apportent leur pierre à cet édifice d’analyses qu’est la mondialisation. Le premier constat opéré est l’évidence même ; l’économie mondiale s’est fortement internationalisée au cours de ces dernières années. Le graphique suivant compare ainsi la part de valeur ajoutée venant de l’étranger, pour l’ensemble de la planète, et pour 560 chaînes de valeurs différentes (c’est-à-dire la quasi-totalité des secteurs économiques). Plus les points sont orientés à la hausse par rapport à la diagonale, plus la part venant de l’étranger s’est accrue au cours des 13 années considérées.

Le second constat est plus problématique. L’évolution globale de la chaîne de valeur diverge dans ses composantes : entre capital, travail faiblement qualifié, moyennement qualifié et hautement qualifié. Le graphique suivant détaille ces évolutions dans un sens mondial, résultats ayant été rendus possibles par la modélisation de l’économie mondiale réalisée par les auteurs.

Si la valeur ajoutée "manufacturière" dans son ensemble a pu progresser de plus de 30% entre 95 et 2008, cette croissance n’a pas été "équitablement partagée". Le capital se renforce ainsi de 6.5% et le travail hautement qualifié progresse quant à lui de 1.5%. De l’autre côté, le travail moyennement qualifié se tasse de 4.2% tandis que le travail faiblement qualifié se contracte de 3.8%. Bien évidemment, la globalité de ces chiffres ne permet pas de dresser un tableau général, et l’analyse pays par pays s’impose. Le graphique suivant dresse plus précisément l’évolution en pourcentage de chaque maillon de la chaîne.

 

Pour la France, le décalage est frappant. La part du capital est restée stable, avec une légère progression de 0.2% sur 13 ans. La part dédiée au travail hautement qualifié s’est accrue de 8.4%, alors que le travail moyennement qualifié est stable à +0.1%. A l’inverse, le travail non qualifié est en chute libre de 8.7%. Une situation en conformité avec la tendance générale, ou la part du travail non qualifié ne progresse presque jamais (il baisse dans 91% des cas). Le cas de la Chine est ici contrintuitif car le travail non qualifié subit également une forte baisse de 9.3%. Le constat est simple, la part revenant aux salariés non qualifiés se raréfie dans le processus de production, et ce de façon généralisée.

Un constat déjà opéré par les économistes Michael Elsby, Bart Hobijn, and Aysegul Sahin à l’automne 2013. Dans une étude intitulée "Decline of the american labour share" et publiée par le Brookings Institute, les auteurs font part des conséquences de la mondialisation. Les salariés les moins qualifiées se trouvent en concurrence directe avec la nouvelle "offre" de travail apportée par l’ouverture des pays émergents. Les moins qualifiés sont donc en première ligne pour subir les effets de la mondialisation. L’étude de Marcel Timmer nous apprend par contre que malgré ce phénomène, la part revenant aux moins qualifiés des pays émergents se contracte également, signe que ces pays sont en voie de spécialisation.

Mais la France dispose tout de même d’une spécificité majeure. Si capital et travail moyennement qualifié sont stables, l’effondrement du travail non qualifié est intégralement compensé par la progression du travail hautement qualifié. En quelques années, l’économie française s’est transformée. Une économie qui voici 15 ans distribuait près de 30% des revenus du travail aux moins qualifiés a muté en une économie qui ne leur affecte plus que 18%. Soit une baisse de 35% en 13 années. 

Part des revenus dédiée au travail non qualifié (rouge) et part des revenus dédiée au travail hautement qualifié (bleu). Données "The World Input-Output Database"

Mais un tel phénomène n’est pourtant pas une fatalité. Et le cas du Royaume-Uni des deux dernières années représente une piste sérieuse. Sous l’effet d’une agressive politique de croissance, le Royaume est en effet parvenu à créer 485 000 emplois au cours de l’année 2013, un rythme qui s’est accéléré pour atteindre 100.000 créations d’emplois par mois en ce premier semestre 2014. Des emplois occupés pour une large part par les personnes les moins qualifiées.

La France doit suivre cette voie, mais contrairement aux propositions du Medef, il s’agit de ne pas intervertir les étapes. La croissance doit être la priorité, comme elle l’est devenue au Royaume Uni. Les moins qualifiés pourront ainsi bénéficier d’un retour à l’emploi. Pour le faciliter, il sera alors opportun de geler le salaire minimum. La combinaison de ces deux étapes permet aux travailleurs les moins qualifiés de retrouver leur employabilité, et ce, dans une dynamique de croissance, et non de déclin. Mais les chiffres ici dévoilés traduisent également l’échec total de la formation professionnelle à la mode française. Une formation réservée le plus souvent à ceux qui sont déjà les plus qualifiés, rarement destinée aux chômeurs, et représentant pourtant plus de 30 milliards d’euros. Une mondialisation "heureuse" suppose de ne pas être subie.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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