En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
La carte et le territoire

Mort de Ben Laden : le prisme Houellebecq

Publié le 24 mai 2011
Les commentaires sur les grands évènements de l'actualité oscillent toujours entre absurdité et réalité. La mort de Ben Laden, la guerre en Irak ne dérogent pas à cette règle et les argumentaires non fondés vont bon train. Quelles sont les vérités qui entourent ces épisodes de l'Histoire ?
Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage,...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Fabio Rafael Fiallo
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage,...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Les commentaires sur les grands évènements de l'actualité oscillent toujours entre absurdité et réalité. La mort de Ben Laden, la guerre en Irak ne dérogent pas à cette règle et les argumentaires non fondés vont bon train. Quelles sont les vérités qui entourent ces épisodes de l'Histoire ?

Rien que pour l’originalité du sujet, la Carte et le Territoire de Michel Houellebecq méritait le prix que l’Académie Goncourt lui décerna en 2010. Il s’agit de l’histoire d’un photographe qui met devant son objectif des cartes géographiques reproduites dans des guides touristiques de la France. Le héros du roman s’amusait donc à observer, non pas le territoire français en tant que tel, mais la façon dont ses confrères représentaient ce territoire.

C’est un exercice de même nature qu’il conviendrait de mener autour d’Oussama Ben Laden. Nous pencher pour une fois, non pas sur le funeste personnage, mais sur les explications, voire les inepties formulées autour de son cas. Poursuivant dans l’analogie avec le roman de Houellebecq, disons que l’heure est venue de mettre devant notre objectif, plutôt que le territoire Ben Laden, les cartes que nos contemporains ont dressées à son égard.

A commencer par les arguments réducteurs avancés dans ce domaine, et en particulier le premier entre tous, à savoir : ce sont les Américains qui avaient construit le monstre en lui donnant des moyens et des renseignements pour qu’il pût combattre les soviétiques en Afghanistan.

Argument fragile pour le moins : les relations entre Ben Laden et la CIA n’ont jamais été prouvées mais simplement martelées avec une insistance pavlovienne dès le lendemain du 11 Septembre.

Admettons cependant que cela soit vrai. Les Etats-Unis n’ont pas à en rougir pour autant. Car pour lancer ses actions terroristes contre l’Amérique, Ben Laden n’aura utilisé, ni l’argent des Etats-Unis, ni les armes ou la technologie que ces derniers auraient pu fournir à l’époque de l’invasion soviétique en Afghanistan. L’argent, Ben Laden en regorgeait de par la fortune familiale. Puis, pour ses attentats contre les Etats-Unis et autres nations, Al-Qaïda a fait recours à des explosifs artisanaux, voire à de simples lames de rasoir. Donc rien de sophistiqué made in USA.

Aussi peut-on affirmer que ce furent les Etats-Unis qui ont utilisé Ben Laden et non l’inverse.

Viennent ensuite les amalgames. Comme à l’époque du fameux « Lyndon Johnson égal Hitler », la fabrique d’amalgames s’est mise à tourner à plein régime pour prétendre que les « crimes » de Bush (guerre d’Irak, Guantanamo) valaient ceux de Ben Laden.

Les relations entre Ben Laden et la CIA n’ont jamais été prouvées

Voyons l’acte d’accusation.

Primo, guerre d’Irak déclarée sans le consentement de l’ONU. A quoi l’on peut répondre que celle du Kosovo ne reçut pas l’onusienne bénédiction non plus.

Secundo, guerre basée sur le mensonge, car on ne trouva pas d’armes de destruction massive. Supposons qu’il s’est effectivement agi d’un mensonge et non pas d’erreurs dans la chaîne des renseignements américains. Qu’est-ce qui est alors plus grave, le mensonge de Bush ou l’indolence d’un Conseil de sécurité de l’ONU qui, par de sordides subterfuges, s’était abstenu de sanctionner les tortures insupportables subies dans les prisons irakiennes et le gazage de Kurdes par Saddam ? Pourquoi ne dénonce-t-on pas pareille indolence avec la même force ?

Tertio, guerre menant au « chaos ». Or, la violence sectaire et l’anarchie n’ont-elles pas radicalement diminué, dès que la stratégie du général Petraeus se substitua à l’impréparation de l’administration Bush au début de l’après Saddam ? Alors, le chaos était-il consubstantiel à la guerre d’Irak, ou aurait-il pu être évité par un programme de redressement institutionnel bien ficelé, comme celui mis en place plus tard ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, alors que des hommes et des femmes se font tuer en Syrie et dans d’autres pays de la région pour le simple motif de réclamer la démocratie, les institutions démocratiques irakiennes voient leur image relevée. Rien d’étonnant que dans son discours sur le Printemps arabe prononcé le 19 mai, le président Obama – pourtant l’anti-Bush par excellence – ait parlé de la « promesse d’une démocratie multiconfessionnelle et multiethnique » que constitue à ses yeux le nouvel Irak.

Des interrogatoires "musclés" qui ont aidé, entre autres, à déceler la cache de Ben Laden

Quant à Guantanamo, notons que, en dépit de ses engagements de campagne, l’actuel président américain n’a toujours pas réussi à mettre en place une alternative efficace. Alors « crime » de Bush ou impératif de la lutte anti-terroriste ?

Ce qui nous amène aux conditions de la mort de Ben Laden.

Nul doute, la capture et l’exécution du plus sanguinaire des terroristes ne se firent pas en stricte conformité avec les conventions internationales en la matière. La même critique, d’ailleurs, est faite à propos des interrogatoires "musclés" qui ont aidé, entre autres, à déceler la cache de Ben Laden. Or, ce conflit entre les conventions en vigueur et les succès de la lutte antiterroriste nous oblige à nous poser des questions sur la nécessité de mettre à jour le droit international. La guerre asymétrique menée par le terrorisme ne peut pas être combattue avec un droit symétrique mais inadapté.

  • Ecrivain et ancien fonctionnaire ONU. Son dernier ouvrage : Ternes Eclats – Dans les coulisses de la Genève internationale (L’Harmattan), présente une critique de la diplomatie multilatérale.
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

02.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

03.

Fleurs et vacheries au G7 : les avis surprenants des dirigeants étrangers sur Emmanuel Macron ; Notre-Dame, victime collatérale de négligence politique ; Julien Dray, mentor repenti d’Emmanuel Macron ; Panne sèche pour la voiture autonome

04.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

05.

La fin des Bisounours : les experts en marketing découvrent que plus d’un Français sur deux avoue une attirance pour « les méchants »

06.

Et si nous aussi on faisait nos camps décoloniaux ?

07.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

03.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

04.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

05.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

06.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
L'Impertinent
- 24/05/2011 - 19:28
Un article qui touche là où ça fait mal
Les arguments des "bien-pensants" autour de Ben Laden, cet article les démonte l'un après l'autre. Rien de plus naturel qu'il énerve pas mal de monde.
Lebel1886
- 24/05/2011 - 17:29
Un commentaire de supprimé ?
Où est passé mon commentaire ???
Chamaco
- 24/05/2011 - 12:22
Quelle absence d'analyse honnête !
c'est toujours un régal de lire vos écrits d'intoxication, d'approxmations et de propagande.
vous ne présentez aucune référence, aucune preuve, aucune source, rien que de pieux mensonges et des arguments qui au moins ont le mérite de faire rire.