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Les lecteurs de livres numériques représentent déjà 15% de la population française.
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Pourquoi les libraires doivent absolument apprendre à vendre des livres numériques

Publié le 14 avril 2014
Les lecteurs de livres numériques représentent déjà 15% de la population française. Les libraires indépendantes doivent attraper le train de la modernité, et oublier l’attachent nostalgique au livre papier comme seul vecteur valable de littérature.
Bertrand Allamel est titulaire d'un DESS Ingénierie Culturelle et d'un DEA de Philosophie économique.Il a pu analyser le monde de la culture depuis des postes d'observation privilégiés tels que machiniste, régisseur, organisateur, concepteur...
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Les lecteurs de livres numériques représentent déjà 15% de la population française. Les libraires indépendantes doivent attraper le train de la modernité, et oublier l’attachent nostalgique au livre papier comme seul vecteur valable de littérature.

Le salon du livre vient de fermer ses portes. Rien de sensationnel à Paris, mais une tendance se confirme : le marché du livre numérique se consolide. De quoi faire peur aux libraires indépendants qui luttent pour leur survie. Leur fin est-elle proche ? Le baromètre « Usage du livre numérique », publié par la SOFIA (Société Française des Intérêts des Auteurs de l’écrit), le SNE (Syndicat national de l’édition) et la SGDL (Société des Gens de Lettres) à l’occasion des 12e assises du livre numérique, conclue en effet que même si « les lecteurs de livres numériques restent fortement attachés au livre imprimé », on peut constater « une évolution importante du taux d’équipement des lecteurs de livres numériques ». On y apprend au passage que les lecteurs de livres numériques représentent déjà 15% de la population française.

Parce qu'Atlantico prend activement part à ce mouvement de numérisation du livre, découvrez l'ensemble des ouvrages numériques parus dans la collection Atlantico Editions, et notamment celui de Bertand Allamel  : Culturellement incorrect : De l'illégitimité de l'intervention publique en matière culturelle

Les librairies indépendantes, qui résistent avec l’énergie du désespoir à la suprématie d’Amazon, risquent fort d’être achevées par le coup de grâce que représente le développement du livre numérique, et de subir ainsi le même destin que les disquaires aujourd’hui disparus.

Cette disparition est malheureusement quasi certaine si les libraires continuent à s’accrocher au livre imprimé et à le reconnaître comme seul vecteur valable de littérature, au mépris de cette nouvelle technologie numérique.

C’est un schéma « socio-technique » devenu classique : quand la technologie prend le pas sur la finalité, la déroute est assurée. Cette formule est d’ailleurs valable des les deux sens chronologiques. L’attachement nostalgique à une technologie peut faire passer à côté d’évolutions majeures et de mutations de marchés. Dans l’autre sens, la course effrénée à l’innovation peut nous amener vers des impasses éthiques et des abîmes civilisationnels, si elle dépasse les motivations et valeurs initiales de leurs concepteurs (« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », etc.).

Les exemples ne manquent pas pour illustrer ce schéma de crispation aveuglante autour de l’aspect technologique d’un métier conduisant à l’échec. La célèbre marque Kodak a oublié que son métier était de permettre à ses clients de capturer des images, des instants de vie. Elle a ainsi complètement loupé le virage numérique au point de se mettre en faillite. Focalisée, c’est le cas de le dire, sur la technologie argentique, la mécanique, la production de l’objet « appareil photo », la firme autrefois leader du marché, n’a pas su voir que de nouvelles technologies novatrices pouvaient permettre d’assurer sa fonction sociale auprès de ses clients, avec de nombreux avantages et à moindre coût.

Dans un autre registre, le leader français de la presse gratuite d'annonces Paru-vendu, probablement englué dans des problématiques de coûts et de techniques d’impression, de qualité de papier, en a oublié sa fonction sociale qui est de  mettre en relation des annonceurs et des acheteurs. Le groupe a oublié son cœur de métier et n’a pas su exploiter les nouvelles technologies pour remplir sa fonction. Là aussi, les dirigeants ont pensé « objet » au lieu de penser « fonction ». On connaît le résultat : surclassement par le site Le Bon Coin  (du groupe Spir communication) à l’esthétique tellement minimaliste qu’on le croirait sans ambition, et l’un des plus gros plans sociaux en France de ces dernières années.

Plus proche de ce qui nous occupe ici, on peut appliquer le même schéma de décadence industrielle aux éditeurs de dictionnaires et encyclopédies, complètement dépassés par Wikipédia.

Les libraires sont en proie au même syndrome d’aveuglement, avec leur attachement au livre imprimé. Voyons-nous des librairies proposer des liseuses ou tablettes ? La réponse, incroyable, est non. Nous assistons à une mutation du secteur du livre et même à une « crise », dans le sens initial du mot que René Guénon nous rappelle comme étant une « phase critique (…) qui aboutit immédiatement à une solution favorable ou défavorable ».

Face à cette phase critique technologique, il y a deux réactions possibles pour les libraires : s’arc-bouter sur une posture de résistance et dans un esprit de victimisation, en s’accrochant à du papier, dont l’une des propriétés est de se déchirer. Soit faire le pari industriel de la réussite de la technologie numérique, et dans ce cas, ce sont eux qui devraient être à la pointe dans la distribution de ces nouveaux objets, être les experts de la commercialisation des liseuses et tablettes. Est-il normal de n’en point trouver chez les libraires, dont la fonction sociale est de permettre à leurs clients de … lire ? Le livre imprimé n’est qu’un objet, un médium, certes noble et beau. Mais le libraire ne doit pas oublier son métier : faire lire et découvrir des œuvres littéraires.

Dans le pire des cas, si le livre numérique n’arrivait pas à s’imposer comme un média dominant et restait une anecdote ou curiosité technologique, ce qui est à mon avis peu probable, car c’est un mouvement qui nous dépasse, les libraires auront fait un pari perdant et auront des liseuses invendues.

Dans le cas inverse, si le livre numérique devient à terme le support de lecture universel, les libraires auront accompagné le mouvement, et en auront tiré profit tout en continuant à faire leur métier. Il y a un modèle à réinventer. Cela passe premièrement par l’appropriation et la distribution quasi exclusive des cette nouvelle technologie par les libraires eux-mêmes, pour ne pas laisser le champ libre à Darty et aux grandes surfaces ou plateformes de vente de produits électro-ménagers. L’avantage comparatif du libraire si souvent avancé n’est-il pas le conseil au client ? Mais cela ne suffira pas. Car une fois le terminal de lecture vendu, comment vendre en magasin de l’immatériel, des fichiers ? Voilà une sacrée problématique pour le milieu.

Rien n’est perdu pourtant. Avec de l’imagination et de l’audace, les libraires peuvent tirer leur épingle du jeu. C’est à eux de voir s’ils veulent accompagner les lecteurs de demain ou devenir des antiquaires... Les seuls commerçants indépendants de disques ne vendent plus que des vinyles.

De belles réussites et des initiatives intéressantes peuvent donner espoir : les cinémas CGR ont par exemple compris que leur fonction sociale était de donner à voir de l’unique et de l’original, d’offrir un moment de sortie, instant libérateur du chez-soi intimiste et replié, de briser la routine du quotidien en permettant à leurs clients de vivre des sensations spectaculaires. Confronté à la menace non pas de leurs concurrents, mais des nouvelles technologies (Home cinema, piratage, streaming), le groupe a réagi en se recentrant sur son métier et en considérant que la technologie qu’il maîtrise n’est qu’une technologie, qui peut lui permettre d’aller plus loin dans le spectaculaire : améliorations techniques (lunettes 3D, son) et surtout diversification de la programmation avec des retransmissions de concerts, de ballets, d’évènements sportifs, de one man show... La salle était comble dans un cinéma CGR de province pour la retransmission du tonitruant concert du groupe MUSE à Rome.

Une telle audace doit être transposable dans les librairies.

Dans quelques années, face à l’usage quotidien et banal des liseuses, la réticence de notre génération ne sera peut-être plus qu’une posture snob intellectuelle et curieusement anti-moderniste. Sur la planète Dune, inventée par Franck Herbert, le progrès technologique n’est pas incompatible avec la Tradition (avec un grand T, comme dirait Guénon).

Un livre ne vit que s’il est lu. Peu importe qu’il soit imprimé ou numérique. Libraires de France et de Navarre, numérisez-vous !

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Adi Perdu
- 14/04/2014 - 12:47
@ lettresvives - 14/04/2014 - 09:41
Bien sûr que votre commentaire est intéressant. ;-)
Ce sont bien les consommateurs qui vont decider… effectivement mais suivant ce qui leur est proposé.
*
Personnellement, j’achète beaucoup par internet, c’est rapide, et je pense gagner de l’argent surtout par les transports que je n’effectue pas.
Mais j’habite une petite ville à 30 minutes de Nantes.
*
Par contre, j’achète mes alcools dans une cave et je ne regarde pas trop le prix.
J’y vais parce que le propriétaire a une passion, des conseils et une conversation agréables sur les sujets qui m’intéressent : whisky, rhum, porto et les vins
Je ne suis pas le seul, son affaire tourne très bien.
*
Il me semble que si j’avais un bon libraire, je pourrais faire de même : discuter et acheter des livres (30% de mes achats) et aussi des e-livres chez lui.
D’ailleurs, il m’est aussi arrivé d’acheter le livre ET le e-livre avec une réduction de l’éditeur pour un guide touristique ou un dico.
lettresvives
- 14/04/2014 - 09:41
un avis de libraire peut-être
Article intéressant qui passe néanmoins à côté d'éléments qui le sont tout autant :
La volonté ou le goût des libraires de vendre des livres plutôt que des fichiers numériques, comme un poissonnier préfère une sole plutôt qu'un steak. Ce n'est ni mieux ni moins bien, c'est une préférence, même si le poisson est plus cher, et le bon poisson plus rare.
Imaginer que des clients viendront acheter des fichiers numériques en boutique est complètement irréaliste. Cela n'existe pas, nulle part. Le numérique va de pair avec le téléchargement. Le lecteur numérique télécharge de son canapé ou de son bureau parce que c'est justement le principal intérêt : l'immédiateté de l'acquisition.
S'il y a un rôle social reconnu de la librairie, il faudra alors que la société le paie et décide s'il est nécessaire ou non. Ce n'est pas le cas aujourd'hui si l'on compare le montant alloué à la politique du livre, et aux librairies en particulier aux sommes allouées à n'importe quelle fédération sportive par exemple.
Il s'agit en réalité de défendre aussi un concept bien plus large : celui du commerce de proximité et de la physionomie de nos villes. Voulons-nous aller vers une ville sans commerce physique ?
pemmore
- 13/04/2014 - 21:49
Je trouve qu'on pourrait faire les deux,
de la même manière que je n'ai jamais compris pourquoi séparer un cd neuf de ses mp3, je pense qu'un livre papier peut être vendu avec une mémoire sd/card contenant le livre et des documents annexes en format e-pub.
Comme ça tout le monde est content.
Pour le prix une toute petite sdcard ça ne doit pas dépasser 2 euro.