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Dans le pif : tout ce que les mouvements du nez disent de ce que pense une personne

Publié le 06 avril 2014
Coach en communication, synergologue, Stephen Bunard intervient régulièrement dans les médias pour analyser les gestes de politiques, patrons et sportifs. Il nous initie ici à l'art de cerner la vraie personnalité et les intentions véritables de ceux qui occupent la scène médiatique, mais aussi, à travers eux de nos interlocuteurs les plus divers. Extrait de "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas", chez First (1/2).
Stephen Bunard est coach pour dirigeant, synergologue (analyste du langage corporel) et conférencier. Il enseigne à l'ENA, à l'Université Paris-Dauphine et à l'INSEP. Il est conseiller à l'académie des Sciences du comportement, basée à...
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Stephen Bunard est coach pour dirigeant, synergologue (analyste du langage corporel) et conférencier. Il enseigne à l'ENA, à l'Université Paris-Dauphine et à l'INSEP. Il est conseiller à l'académie des Sciences du comportement, basée à...
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Coach en communication, synergologue, Stephen Bunard intervient régulièrement dans les médias pour analyser les gestes de politiques, patrons et sportifs. Il nous initie ici à l'art de cerner la vraie personnalité et les intentions véritables de ceux qui occupent la scène médiatique, mais aussi, à travers eux de nos interlocuteurs les plus divers. Extrait de "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas", chez First (1/2).

L’adage populaire dit que certaines choses « se voient comme le nez au milieu de la figure ». Il y a aussi les gens « qu’on sent » et ceux « qu’on ne sent pas ». On peut avoir « quelqu’un dans le nez » quand on vit avec lui une situation conflictuelle. On peut « tirer les vers du nez » pour obtenir des confidences, ou « avoir le nez fin » quand on détecte ce que l’autre nous dissimule. Sans compter cette croyance du « nez qui remue » quand on ment ou, plus cinématographique, « le nez qui s’allonge » comme Pinocchio. Bref, le nez est aux premières loges dans la détection de ce qui cloche chez soi ou chez l’autre et en dit long (si l’on peut dire) sur notre aptitude, pourtant érodée avec l’évolution de l’espèce, à flairer le danger, ou notre propension à faire fuiter des informations malgré nous.

Imaginez, dans une réunion, quelqu’un, les mains jointes sur le visage refermées sur le nez. C’est certainement que cette personne ne veut pas être là, à défaut de cacher l’intégralité de son visage, ce qu’elle ne peut faire socialement, et contrainte d’être présente, cette dissimulation de l’appendice la rend symboliquement absente. Attention toutefois à creuser pour en connaître les raisons. Elles peuvent être inhérentes à la réunion ou liées à d’autres pensées qui la traversent.

Une idée trop communément répandue laisse entendre qu’une démangeaison du nez serait liée à un mensonge sexuel. Tout cela n’est que coquecigrue. Le nez peut effectivement être en jeu dans la dissimulation. Il peut l’être dans un mensonge qui comporte un volet sexuel (comme dans l’affaire Clinton). Il peut l’être aussi sur un sujet lié au sexe, dans la mesure où notre image est particulièrement en jeu en la matière, sans qu’il y ait mensonge pour autant. Mais il n’est pas systématiquement impliqué dans un mensonge sexuel.

L’approche synergologique détaille une douzaine de démangeaisons du nez, nous en recenserons ici six :

  • Les arêtes du nez, sur la partie osseuse à proximité des yeux, peuvent être caressées simultanément du pouce et de l’index quand nous sommes intéressés par ce que nous entendons et que nous n’avons pas de raison particulière de le cacher. On peut voir aussi des enfants se tapoter, se frotter ou se caresser le bout nez quand un sujet les intéresse.
  • Les ailes du nez représentent l’image de soi (gauche), l’image de l’autre (droite) ou notre rapport au contexte, à ce que nous vivons, entendons ou disons. Nicolas Sarkozy se préoccupe beaucoup de son image, à ce titre, plus qu’un autre, le nez va le chatouiller, et comme il évalue rapidement les autres, l’aile droite du nez peut se trouver parfois concernée en cas d’appréciation négative. Exemple de démangeaison sur l’aile gauche du nez. Voici le contexte : Yannick Noah, dont les opinions politiques sont notoirement affichées, fait face au fisc. Sur France 2 en octobre 2011, il réagit, mi-figue mi-raisin, aux attaques de son « ami » David Douillet dans Le Parisien : « Vas-y mon pote, va te battre et va chercher un mandat, moi c’est ce que j’ai fait. » Réaction du chanteur : « Ouais, je sais pas, première interview, il avait envie de parler de moi, ça le démangeait. » Et, en disant cela, l’ancien tennisman se gratte l’aile gauche du nez puisque son image est en jeu (voir illustration). Élément qui a son importance : le geste est effectué avec le pouce, qui symbolise le « je » de l’ego, renforçant là encore davantage le fait que son image est atteinte. Noah est certainement plus touché qu’il ne semble l’admettre. S’il s’était gratté l’aile droite du nez, le tacle à l’endroit de Douillet eût été évident. Avec le pouce en action, Noah se serait même diverti fièrement du propos tenu.
  •  Les points situés à la base des narines indiquent quelque chose qu’on ne sent pas, soit que cela concerne autrui (droite) – on soupçonne l’autre de nous mentir, de n’être pas clair, bref la suspicion s’installe –, soit il y a quelque chose que nous ne sentons pas, mais qui nous est rattaché (gauche). À gauche, cet item est fortement validé en synergologie comme un indicateur de gros non-dit, parfois de mensonge. C’est là que le président américain Bill Clinton va porter son index à plusieurs reprises lors de l’affaire Monica Lewinsky. En juin 2013, le comédien et humoriste Jamel Debbouze est invité à l’Élysée pour remettre, en compagnie de François Hollande, le prix de « l’audace artistique et culturelle » dont il préside le jury. À cette occasion, le comédien se gausse de Nicolas Sarkozy. « J’en profite pour vous dire que la France, c’est mieux à vivre sous votre présidence, monsieur le Président », lancet- il à l’adresse d’un François Hollande hilare. Avant de poursuivre : « C’est mieux que sous votre prédécesseur, Joe Dalton. Il était quand même très énervé, le pauvre… » Gros succès dans la salle. Mais, sur le perron du palais de l’Élysée en sortant de l’événement, le comique est interrogé par Canal + et suggère de « couper (cette blague) au montage ». Il concède ne pas en être « super fier ». Au tout début de la réponse, la langue du comique a balayé sa bouche de la droite vers la gauche, comme pour dire au journaliste : « Soyez cools avec moi » (et ramener ainsi l’interlocuteur dans une bulle de confort). Cette dernière déclaration est assortie d’une démangeaison à la base du nez, à gauche. Il ne faut pas supposer, comme chez Clinton, le mensonge. L’attention portée au contexte verbal a son importance pour identifier sur quoi porte le non-dit. Au contraire, cette blague, Debouzze ne la sent simplement pas. Mais la justification verbale ne suffit pas.Cela le dérange tellement que sa gestuelle vient accentuer le propos qu’il estime encore trop mineur. À droite, c’est le candidat socialiste François Hollande qui en donne un exemple drôle et frappant, se retrouvant, un matin d’avril 2012, en pleine campagne présidentielle, face à Laurent Gerra sur RTL. L’imitateur le brocarde avec « Radio Hollande » dont le jingle, façon émission pour enfants, plante le décor. Hollande commence à réagir inconsciemment : mordillements de la lèvre inférieure gauche (inquiétude) et sourire contrit à gauche, réactions qui témoignent de sa conscience du cataclysme de moqueries à venir, et qui laissent vite place à une démangeaison soutenue sous la narine droite. Cela signifie qu’il est dérangé par l’humoriste. Et pour cause ! Surtout si l’on considère l’oeil gourmand du prédateur-imitateur qui brille à la perspective de manger tout cru la « crevette rose ».
  • Les valeurs sont l’objet de nos préoccupations quand l’index d’une main « nettoie » en plusieurs allers et retours la base de notre nez. Exemple. Lors du festival de Cannes 2011, le réalisateur danois Lars von Trier, Palme d’or en 2000, crée le scandale à la conférence de presse de Melancholia, assis entre Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst, les deux stars de son film en compétition. Une journaliste lui pose une question sur ses origines allemandes, découvertes en 1989, et sur ses propos dans une revue danoise à propos de « son goût pour l’esthétique nazie ». Prenant le parti de l’humour, mais gêné, il s’enlise dans une réponse fumeuse dont l’acmé consterne : « Je comprends Hitler et j’ai un peu de sympathie pour lui. » À sa gauche, Kirsten Dunst ne sait plus où se mettre. Sa main se pose sur son front à deux reprises (la honte), elle caresse ses jambes (pour montrer qu’elle a envie de fuir), sa tête penche à droite (vigilance), ses yeux clignent moins (concentration, elle n’en croit pas ses yeux), ses mains enserrent son cou (pour protéger la zone de l’expression) et la base de son nez la chatouille, tant et si bien qu’elle fait l’objet d’un prompt nettoiement sous la forme de vifs allers et retours, car les valeurs de l’actrice sont malmenées (voir illustration). Ou quand Lars von Trier, devenu persona non grata, fait se gratter…

L’actrice Kirsten Dunst ne goûte guère les provocations du réalisateur Lars von Trier, affichant sa « sympathie pour Hitler ». Ce n’est pas dans ses valeurs, elle passe donc vigoureusement son index sous son nez.

Ce geste, on le retrouve chez Roselyne Bachelot, invitée en septembre 2012 dans le magazine Médias de Thomas Hughes sur France 5. Elle dit aimer chanter des airs d’opéra et effectue ce geste de nettoiement de la base du nez de la droite vers la gauche avant d’entonner un extrait des Noces de Figaro. À cette époque, elle est l’une des chroniqueuses d’une émission de talk-show animée par Laurence Ferrari sur la chaîne D8. L’ex-ministre de la Santé a déjà plusieurs « sorties » à son actif, et sait sans doute qu’il faut « faire le show » pour donner des gages à sa reconversion. Mais une partie d’elle-même ne doit pas trouver cela tout à fait en conformité avec son éducation et son parcours.

Hormis les valeurs, quand on souhaite effacer un propos (tenu par un autre ou par soi-même), un souvenir, une image à laquelle on vient de se trouver confronté, ce geste peut apparaître pour témoigner avec intensité d’un fort désagrément, perturbant, bousculant.

  •  Le pincement de nez fugace entre le pouce et l’index indique que les choses ne se déroulent pas comme nous le voudrions ; inutile de préciser sa grande fréquence au fil d’une journée. Ce geste peut être une simple façon de « se couper » momentanément de l’autre. À un journaliste qui lui demande : « Est-ce que vous êtes enceinte ? », Carla Bruni, le ventre arrondi, ne peut que répondre l’évidence dans un rire étouffé et elle se coupe probablement pour ne pas sembler trop discourtoise avec son interlocuteur. Dans une scène classique de la vie quotidienne, dans le métro, nombreuses sont les occasions de choper ce geste à la volée. Un sac dérange pour s’asseoir, une valise fait obstacle au passage, la caissière met trop de temps à faire passer les marchandises au supermarché ? Comme les gens ne s’adressent que de moins en moins la parole (tant mieux pour le développement de la communication non verbale !), le pincement furtif est censé faire comprendre qu’on est un peu gêné aux entournures.

Si le geste est appuyé, c’est que les choses ne se passent vraiment pas du tout comme souhaité. La durée est à prendre en considération.

C’est le cas pour la pasionaria Frigide Barjot, devenue le symbole de la lutte contre le mariage gay. Elle est interrogée pour le PoliticoZap sur BFM TV en janvier 2013 : « Les attaques contre certains d’entre nous, notamment moimême, en ce moment, c’est en pleine explosion. Y a des pages Facebook, y a des slogans : “Frigide, ta touffe m’étouffe”, non mais si c’est pas frigidophobe ! » Pendant la tirade, sa tête est relevée (axe sagittal supérieur mettant à distance), sa main droite effectue un geste de rejet pour effacer les propos insultants et le mot « slogans » est accompagné d’une tenace prise du nez en pincement.

  • L’index, plié, passe sous la cloison nasale, partie comprise entre les deux narines, puis part vers l’avant, comme pour projeter une flèche ou un boulet imaginaire (on n’a pas dit une boulette). Ne dit-on pas de quelqu’un ou de quelque chose : « Il me sort par les trous de nez » ? C’est la marque d’un rejet plutôt violent. Exemple. Nicolas Bedos est l’invité de C à vous sur France 5 le 12 mars 2012 (voir illustration). « Je ne dis pas que je suis un furieux gauchiste, mais l’équipe en place (NDA : Sarkozy et son gouvernement), elle me dérange. » Quand le geste se joint à la parole, où est le non-dit ? Simplement dans le fait que les mots ne semblent pas être parvenus à exprimer, soit par réserve, soit par hésitation, la force du véritable rejet que lui inspirent les dirigeants du pays de l’époque.

 

  • Retenez que la plupart des points présents sur le visage peuvent aussi faire l’objet de caresses, (et donc s’inscrire dans un contexte plus doux, davantage tourné vers la révélation mi-consciente de la pensée cachée) ou de fixations (et donc acter d’un moment qu’on s’accorde pour soi en lien avec la zone concernée). Par exemple, je mets longuement les mains devant ma bouche pour m’obliger à me taire, sans doute parce que j’ai très envie de parler.

 

 L’humoriste Nicolas Bedos rejette en bloc le gouvernement Sarkozy par ce « tir nasal »

Sachez que nous faisons des gestes aussi quand nous sommes seuls ! Nous pouvons donc nous toucher le nez seul, car nous sommes constamment en lien interactionnel avec nos pensées. Vous lisez les aventures du marquis de Sade, mais vous désapprouvez intérieurement les comportements libidineux du héros ? Vous pourriez être amenés à vous toucher l’aile droite du nez, ce que vous lisez (le contexte extérieur) posant souci.

Extrait de "Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas", de Stephen Bunard, aux éditions First, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

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