En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© Reuters
Aux Etats-Unis, les procédés de lutte contre la pauvreté ont tendance à marginaliser les pères.
Exclusion

Comment les programmes de lutte contre la pauvreté conduisent à marginaliser les pères

Publié le 07 mars 2014
Une étude américaine du bureau de recensement des Etats-Unis témoigne d'un fait étonnant : la lutte contre la pauvreté serait un des facteurs de marginalisation des pères, dans les familles les plus modestes. Particulièrement dans le cadre d'une séparation.
Vincent Touzé est économiste senior au département des études de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Touzé
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Touzé est économiste senior au département des études de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Une étude américaine du bureau de recensement des Etats-Unis témoigne d'un fait étonnant : la lutte contre la pauvreté serait un des facteurs de marginalisation des pères, dans les familles les plus modestes. Particulièrement dans le cadre d'une séparation.

Atlantico : Aux Etats-Unis, les procédés de lutte contre la pauvreté ont tendance à marginaliser les pères. Dans quelle mesure les pères pauvres sont-ils également marginalisés en France ? Quels procédés y contribuent ?

Vincent Touzé : Le système américain est pervers : les couples particulièrement pauvres n'ont pas, ou peu, d'incitations, notamment financières, à vivre ensemble. En France, c'est plus difficile à apprécier.

Les causes de séparation d'un couple sont multiples. La précarité, financière ou dans l'emploi, n'est pas un facteur stabilisateur pour constituer un foyer. Il faut des éléments forts qui permettent une volonté de vivre ensemble, et définitivement, la pauvreté n'est pas de ceux-là. Au contraire, elle a même tendance à défavoriser le couple.

Une question qui se pose, c'est celle du rôle du système fiscal dans la séparation : partons sur l'exemple d'un couple qui ne vit que du RSA. Selon que l'on vit seul, ou en couple, le RSA n'est pas du même montant. Dans une famille séparée, où la mère comme le père touchent le RSA, on le perçoit deux fois. Une famille dont le père et la mère sont ensemble percevra le RSA couple, lequel ne représente pas deux RSA. Un parent seul touchera en moyenne une somme de l'ordre de 750 euros, tandis qu'un couple devra se contenter de 500 euros environ, en raison d'économie d'échelle réalisées en vivant à plusieurs.

Et, on le remarque bien, quand un couple se sépare et qu'un enfant est rattaché à celui-ci, c'est plus souvent la mère que le père qui s'en occupe.

Quelles sont les raisons de cette marginalisation ? Comment expliquer que des aides, censées combattre les méfaits de la pauvreté, puissent au contraire exclure les pères de l'espace familial ? Les programmes de lutte contre la pauvreté sont-ils stéréotypés ?

La monoparentalité est, de façon pratiquement exclusive, assurée par les femmes. En 2013 et d'après la CAF, par exemple, sur 750 000 familles monoparentales on ne compte que 50 000 hommes en charge des enfants. Ce qui représente un rapport de 1 homme pour 12 femmes (Attention à bien prendre en compte le fait que ce rapport n'est valable que pour la catégorie de la population dont nous parlons).

On peut donc évidemment dire que les programmes de lutte contre la pauvreté sont stéréotypés à ce niveau. Il y a bien évidemment 700 000 pères associés à ces 700 000 femmes seules, mais ils n'ont pas les enfants avec eux. Sur 750 000 parents seuls qui bénéficient donc du RSA, on en a près de 95 % qui sont des femmes. Cet aspect-là ne concerne pratiquement que les femmes. On a effectivement, et de façon claire, une marginalisation des pères.

Quand il y a une mésentente dans le couple, que le conjoint est sans emploi – une situation malheureusement classique aujourd'hui – et donc ne rapporte que peu, voire pas d'argent du tout à la maison et que, pour couronner le tout, il fait baisser le RSA dont dispose le ménage… Il y a des mécanismes vraiment pervers qui jouent clairement et mènent vers l'exclusion des pères. Surtout chez les gens qui ont des origines modestes, sont peu qualifiés. Le chômage, au final, est le premier vecteur de toutes ces réactions en chaîne.

Le système socio-fiscal fait qu'il est plus avantageux de vivre seul. Dans des familles pauvres et où l'équilibre comme les relations peuvent être précaires, cela conduit souvent à une marginalisation de la figure du père. Si celui-ci ne ramène plus d'argent (ou tout simplement pas assez) il n'est plus aussi indispensable.

Dans certains cas, on rencontre même des couples qui déclarent ne pas en former un afin de toucher plus d'aides, alors que dans les faits, il y a une communauté de bien et qu'on partage le même porte-monnaie.

Quelles seraient les solutions pour y remédier et rétablir un certain équilibre entre pères et mères ?

Actuellement, et selon la façon dont sont calculées les aides, les couples sont presque encouragés à vivre seuls. Il faudrait inverser la vapeur, et peut-être, pour ce faire, revaloriser les aides. Un RSA couple majoré, qui représenterait plus que deux RSA de célibataires pourrait être une piste de travail. Plus que de considérer le couple comme une façon de faire des économies d'échelle, il faudrait favoriser les bénéfices liés au fait de vivre ensemble. Ne serait-ce que pour le bien de l'enfant, qui reste la première préoccupation. Il faut le protéger des soucis financiers et maintenir autour de lui la cellule affective que représente la famille.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

Grand est le désespoir de Donald (Trump) : Greta (Thunberg) a été d’une cruauté sans pareille avec lui.

03.

Greta Thunberg : un voyage à New-York en bateau... mais six vols en avion pour l'organiser

04.

4 millions de dollars : c'est ce que gagne chaque heure la famille la plus riche du monde

05.

Miley Cyrus s’éclate avec une ex Kardashian, Claire Chazal se souvient de quand elle s’éclatait avec (un de) ses ex; Énième réconciliation pour Jamel & Melissa, 1ère grossesse pour Louane; Anouchka Delon pacifie sa famille, Brigitte Macron choie la sienne

06.

Comment St Gobain est devenu le Google français de la transition énergétique

07.

Hong Kong : ces nouvelles formes de censure très efficaces pour empêcher les mouvements sociaux

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

Pour comprendre l’après Carlos Ghosn, l’affaire qui a terrassé l’année 2019 dans le monde des entreprises

03.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

04.

Peugeot-Citroën : le lion résiste aux mutations mondiales

05.

En deux siècles, les forêts ont doublé en France et voici pourquoi

06.

Comment se fait-il qu'un pays aussi beau que la Pologne ait un gouvernement de m... ?

01.

M. Blanquer, pourquoi cachez-vous à nos enfants que les philosophes des Lumières étaient de sombres racistes ?

02.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

03.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

04.

Réorganisation de la droite : cette impasse idéologique et politique qui consiste à s'appuyer uniquement sur les élus locaux

05.

Italie : quelles leçons pour la droite française ?

06.

Brexit / élections italiennes : l’automne à risque qui attend l’Europe

Commentaires (10)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Ganesha
- 08/03/2014 - 14:22
Histoire Vécue
Ma femme ayant demandé le divorce (nous avions un enfant), mon avocate, commise d'office, ne s'est pas présentée à l'audience, et le juge (homme) m'a condamné à verser une pension alimentaire qui me laissait cent euros/mois pour vivre.
J'ai arrêté définitivement de travailler et j'ai quitté la France pour aller me faire loger et nourrir par ma vieille mère.
Outrepassant l'avis de ma nouvelle avocate, j'ai engagé un détective privé pour qu'il apporte la preuve de la situation de ma femme (concubinage caché)
En appel, trois ans plus tard, les trois femmes juges ont réduit la pension de moitié avec effet retro-actif de 18 mois.
Si mon ex-épouse prend connaissance de ce texte, je la salue bien...
Ganesha
- 08/03/2014 - 14:22
Histoire Vécue
Ma femme ayant demandé le divorce (nous avions un enfant), mon avocate, commise d'office, ne s'est pas présentée à l'audience, et le juge (homme) m'a condamné à verser une pension alimentaire qui me laissait cent euros/mois pour vivre.
J'ai arrêté définitivement de travailler et j'ai quitté la France pour aller me faire loger et nourrir par ma vieille mère.
Outrepassant l'avis de ma nouvelle avocate, j'ai engagé un détective privé pour qu'il apporte la preuve de la situation de ma femme (concubinage caché)
En appel, trois ans plus tard, les trois femmes juges ont réduit la pension de moitié avec effet retro-actif de 18 mois.
Si mon ex-épouse prend connaissance de ce texte, je la salue bien...
Redmonde
- 08/03/2014 - 07:27
SPECIEUX
"celui-ci doit s'accompagner de l'exclusion des hommes de la sphère familiale ou d'une fausse exclusion pour raisons financières."

Beaucoup d'hommes s'excluent tout seuls--soit parce qu'étant au chomage ils ne peuvent plus assumer les charges financières de la paternité, ou simplement parce qu'ils ne veulent plus.

Croyez vous que la majorité des femmes soient enchantées de se retrouver seules pour faire face à la lourde charge d'élever des enfants?
Est ce juste et bon pour l'enfant de faire supporter aux femmes le travail de les élever?
Compte tenu du fait que sans maternité, la société disparaitrait, le rôle essentiel des mères est toujours dévalorisé puisque automatiquement , quand les femmes ont des enfants, cela réduit leur salaire, leurs possibilités de carrière et le montant de leur retraite.
Vu ce que coute la maternité aux femmes , c'est même étonnant qu'autant d'entre elles aient néanmoins des enfants.
Quant au fait qu'il y a une majorité de juges femmes, c'est vrai, et il serait préférable que la répartition entre les sexes soit plus équilibrée..
Mais aussi grave est le fait que les femmes soient toujours minoritaires dans toutes les positions de vrai pouvoir