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Une plate-forme d'extraction de méthane au lac Kivu, au Rwanda, en avril 2016.
©PABLO PORCIUNCULA / AFP

Atlantico Green

Une réduction rapide des émissions de méthane permettrait de ralentir de 30% la hausse des températures à horizon 2030

Selon une nouvelle étude publiée dans la revue Environmental Research Letters, agir rapidement pour réduire les émissions de méthane liées à l'extraction de combustibles fossiles pourrait permettre de ralentir le rythme du réchauffement de la Terre jusqu'à 30%.

Marielle Saunois

Marielle Saunois

Marielle Saunois est enseignante-chercheuse à l'Université de Versailles Saint Quentin. Elle appartient au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement. Elle a notamment travaillé sur un inventaire mondial du méthane pour la période 2000-2012. Ses travaux portent sur l’estimation des sources et puits de gaz à effet de serre, en particulier le méthane.

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Atlantico : Agir rapidement pour réduire les émissions de méthane de l'extraction de combustibles fossiles pourrait ralentir le rythme du réchauffement de la Terre jusqu'à 30%, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Environmental Research Letters. Quels sont les moyens d’action pour réduire ces émissions ?

Marielle Saunois : Cette étude repose sur différents scénarios. Un premier scénario avec une réduction zéro coût net éconiquement, c’est-à-dire sans prix sur le carbone ou le méthane. C’est l’intérêt du méthane dans l’immédiat, il est possible de faire des réductions à zéro coût économique sans modification dratsique de nos modes de vie. Il existe d’autres scénarios avec des réductions plus importantes mais qui nécessitent le déploiement de solutions technologiques ou des pratiques déjà existantes, ou nécessitant au plus certaines améliorations. Ces solutions sont un peu plus coûteuses mais faisables techniquement. 

Dans les réductions à zéro coût, il y a le secteur des énergies fossiles qui est intéressant puisqu’il y a des fuites de méthane lors de l’extraction des énergies pour le pétrole et le gaz. Pour le charbon il y a même des fuites après l’abandon des mines. Ces fuites pourraient être stopées si on inondait les mines de charbon non utilisées. On éviterait ainsi 100% des émissions de méthane de ces mines abandonnées, ce qui est très peu fait actuellement. Pour le secteur du pétrole et du gaz, même si beaucoup de fuites sont connues, l’idée est de pousser les industriels à limiter les fuites de méthane par différentes techniques. Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’utiliser les mesures satellites pour détecter de grosses fuites de méthane. Ces mesures peuvent nous aider à les identifier et à réduire les émissions de méthane dans ce secteur.  

Selon cette étude, le méthane est responsable de 0,5°C du réchauffement passé. Pour le CO2, ce chiffre est de 0,9°C. La contribution du méthane est donc loin d’être négligeable sur la hausse des températures passées. Si l’on s’inquiète pour l’avenir, il faut effectivement s’intéresser activement à l’impact du méthane et réduire ces émissions rapidement. 

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Face à la menace du dérèglement climatique et au regard des résultats de cette étude, les objectifs de réduction rapide des émissions de méthane sont-ils réalistes et atteignables ?

Par rapport à ce qui est évoqué dans l’étude, par rapport aux scénarios à zéro coût économique, une partie est réaliste. La question se pose en revanche sur l’investissement des industriels pour la partie énergie et pour les politiques qui vont être mises en place. Reste à savoir également à quel point cela va être mis en place rapidement. Il y a la question du temps qui joue contre nous. Il existe des initiatives prises par les industriels de l’énergie fossile pour agir concrètement à la réduction des émissions de méthane. Nous pouvons espérer qu’une partie sera réalisée.

La question du méthane devient brûlante au regard de l’actualité, des questions sur le réchauffement climatique ou des études scientifiques qui sont menées ces dernières années. Il faut espérer qu’une grosse partie de ces efforts pour la réduction des émissions de méthane soient réalisés. La question qui reste en suspens est : sur quelle échelle de temps cela pourra -t-il être accompli ?   

Alors que Joe Biden a annoncé un plan drastique de réduction des émissions carbone d’ici 2050 et que le président Emmanuel Macron est mobilisé dans son quinquennat sur les questions climatiques, les dirigeants sont-ils suffisamment armés et capables d’agir en ce sens et de suivre ces mesures vertueuses ? Un sursaut politique, sociétal et industriel est-il possible ? 

Les politiques ont leur rôle à jouer dans la cadre de la lutte pour l’environnement, contre les émissions carbone et pour la réduction des émissions de méthane. Mais il y a aussi les industriels pour la partie qui est la plus facile à faire (vis-à-vis du méthane). 

Le plus gros pourcentage de réduction facile est lié à l’énergie fossile. Ce n’est donc pas qu’une question de politique. C’est aussi une question de volonté des industriels qui sont derrière. Au niveau politique dans les autres secteurs, des actions peuvent être menées à condition qu’il y ait un effort avec des subventions ou une réglementation pour limiter les émissions dans les secteurs des déchets et de l’agriculture.  Cela doit en effet venir de la politique pour ces deux secteurs. D’un autre côté, les industriels peuvent jouer le jeu et suivre des pratiques plus vertueuses.

Les industriels vont peut-être jouer le jeu car ils essayent de se verdir. Il faut que cet affichage de se verdir soit concrète et réelle, pas simplement en surface.

Beaucoup de choses sont avancées et discutées. Il faut maintenant espérer que ces projets soient concrétisés rapidement.  

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