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Icône de l’horlogerie depuis 85 ans, la Reverso vient taquiner un des peintres les plus iconiques du XXe siècle.
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Atlantic-tac

Quand une lumière noire nimbe la vérité, quand la cathédrale double ses trois axes et quand le « retour en vol » sème la nostalgie : c’est l’actualité des montres…

Mais aussi les secrets bien gardés d’une rêveuse réversible, l’horizon bleuté du bon chic bon genre atlantique et la nouvelle référence accessible du sport chic…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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JAEGER-LECOULTRE : « Ceci n’est pas une montre »…

Pour René Magritte, le fameux et iconique tableau « Ceci n’est pas une pipe » s’appelait « La Trahison des images ». La maison Jaeger-LeCoultre profite du cinquantième anniversaire de la disparition de l’artiste belge (commémoration en 2017) pour lui dédier une Reverso – concept de montre réversible, dont on retourne le cadran pour dévoiler le décor de l’envers. Magritte entendait, par ses tableaux, détourner notre regard de la réalité sensible pour nous obliger à mieux questionner la représentation de ce réel : sa « Trahison des images » va plus loin en questionnant les mots associés aux images. La Reverso est une montre magrittienne, puisque son renversement nous force à poser un autre regard sur le temps qui passe et qu’on efface en faisant basculer le cadran. « Ceci n’est pas une montre » ? Disons que le temps est un secret bien gardé, qui ne se livre sa réalité qu’aux rêveurs qui veulent en profiter…

BREGUET : Quelle chance ils avaient, les pilotes militaires français !

Dans les années cinquante, la maison horlogère Breguet décrochait un important contrat pour équiper en chronographes les pilotes de l’armée de l’Air et de l’Aéronavale française. Ces montres « Type 20 » (nomenclature militaire) sont aujourd’hui des stars de la collection horlogère, mais la légende chez Breguet continue avec les « Type XXI », qui nous reviennent cette année dans un magistral style vintage, aux nostalgies très militaires : cadran ardoise, chiffres et index comme patinés par les années et cannelures Breguet sur la carrure du boîtier (42 mm). Subtilité : le compteur des minutes de ce chronographe automatique (entre 4 h et 5 h sur l’image), tandis qu’on a ajouté sur le cadran un compteur des heures du chronographe et une date (à 6 h), ainsi qu’un indicateur jour/nuit (à 3 h) pour ceux qui n’auraient pas mis le nez à la fenêtre. « Retour en vol », précise ce cadran : c’est une ancienne fonction aéronautique, qui permettait de relancer instantanément le chronographe, sans remise à zéro préalable, par une simple pression sur le poussoir : c’était du temps de l’aviation d’avant l’électronique embarquée, quand les temps de vol se calculaient à la seconde…

 

HUBLOT : Une étrange lumière noire qui rend visible l’invisible…

Le vrai chic marketing, c’est l’oxymore absolu. Style la transparence opaque ou la visibilité invisible, dans un contexte de lumière qui assombrit. Voici une dizaine d’années, un génie de la communication horlogère comme Jean-Claude Biver, alors aux commandes chez Hublot, inventait le style « All Black » : boitier, cadran et bracelet noirs, aiguilles noires, index noirs (mais luminescents dans l’obscurité), verre teinté noir. À moins d’un coup de projecteur, il était à peu près impossible de lire l’heure sur ces Big Bang, mais les gourmets de la montre avaient adoré ce « trou noir » ultra-chic à leur poignet. Dix ans plus tard, Hublot raffine et exacerbe l’oxymore en le doublant d’une transparence opaque : le boîtier lui-même devient invisible, puisque sculptée dans un bloc de verre saphir noir, qui absorbe la lumière tout en dévoilant la structure du mouvement et le cœur de la montre. C’est l’invisibilité de la structure transparente qui rend visible l’écoulement du temps – à moins que ce ne soit l’inverse : c’est cette lumière intérieure qui rend la montre encore plus visible en habillant d’une fausse opacité sa mécanique. Des paradoxes logiques qui constituent une redoutable dialectique de cette vérité (alèthéia pour les Grecs de l’Antiquité) qui est le dévoilement de l’apparence : inutile de préciser, dans cette ambiance hautement philosophique, que le mouvement chronographe de cette Big Bang Unico Sapphire All black est une mécanique manufacture très élaborée…

BRISTON : La ligne bleue du bon genre atlantique…

Bleu horizon : une couleur symbolique pour commémorer le centenaire des terribles combats de la Première Guerre mondiale, quand il s’agissait pour les Français d’atteindre pour la reconquérir la « ligne bleue des Vosges » ? Pas sûr… Beaucoup plus pacifiste, Briston, la plus créative des jeunes marques françaises, donne plutôt dans le bleu « dandy preppy » (en hexagonal : « bon chic bon genre » nouvelle génération) des étés sur la côte Atlantique (quelque part entre Saint-Jean-de-Luz et La Baule, à moins que ce ne soit le Cap-Ferret : vidéo ci-dessous), des virées entre amis sur le canot de papa et de cet art de vivre si français d’une bourgeoisie cantonnée à son charme discret. Le boîtier en acétate de cellulose façon écaille de tortue rend cette jolie très légère au poignet et donc portable en toute circonstance, sans risquer de passer pour un de ces horribles et tapageurs nouveaux riches qui rendent infréquentable le littoral méditerranéen…

 

HELFER : Heures de choc en mode sport chic…

La crise horlogère qui frappe les grandes marques libère l’initiative de nombreuses nouvelles petites marques, dont l’offre peut stimuler une demande en forte baisse. Helfer – très jeune marque genevoise sur le marché du « sport chic » – s’avance à la bataille avec des montres automatiques de grand format (48 mm) proposées à des petits prix relativement accessibles (autour de 1 500 euros) pour des montres Swiss Made dont les détails sont plutôt soignés. Le côté sport, c’est l’étanchéité à 100 m de ce chronographe (ne cherchez pas quel serait l’usage d’un chronographe à cette profondeur !). Le côté chic, c’est le style massif et puissant d’un « instrument » de poignet noirci, mais soutaché de bleu. Helfer débarque ces jours-ci en France : sur la Côte-d’Azur, ce sera le must have de l’été…

JACOB & CO: Une cathédrale complexe de très haute mécanique sonore…

Nous avons gardé la montre la plus épatante de ce printemps pour la fin de cette chronique. Les manufactures de montres considèrent généralement le « tourbillon » comme le fin du fin de l’art des mécaniques horlogères : ce n’est pas exact, mais cet art de mettre en rotation des assemblages complexes de rouages (cinquante composants qui ne pèsent ensemble que quelques dixièmes de gramme) n’en relève pas moins d’une étourdissante virtuosité. Les horlogers ont ensuite entrepris de compliquer cette complication en faisant tourner ce « tourbillon » sur deux axes, puis sur trois axes (chacun en giration à un rythme différent), histoire de rendre la précision de la montre insensible aux lois de la gravitation universelle. La Twin Turbo de Jacob & Co – le plus diaboliquement créatif des jeunes joailliers new-yorkais – multiplie par deux ces difficultés, en imaginant un double tourbillon synchronisé, chacun d’entre eux tournant sur trois axes, le tout marié à un dispositif de répétition minutes (un autre des sommets de la mécanique du temps) qui fait sonner les heures et les minutes à la demande – cela permettait autrefois de « lire » l’heure dans l’obscurité des temps sans électricité, mais cela relève à présent du seul plaisir de la complexité maîtrisée. On est donc dans la quintessence de l’extravagance méchanicienne, dont cette Twin Turbo est la cathédrale contemporaine…

 

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

Lien : https://businessmontres.com/

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