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Quand revient le chasseur alpin et quand on revit d’amour et d’heures fraîches : c’est l’actualité des montres avant le changement d’heure

Mais aussi une erreur de casting sur le marché du « sport chic », une symphonie électro-luminescente, un bouquet faussement naïf pour ne pas être à la mode et l’art de remonter une montre manuelle sans se servir des mains…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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RISKERS : Un hommage suisse au « premier soldat de France »

Au printemps, la jeune équipe de lancement de la nouvelle marque Riskers s’était présentée au grand salon horloger de Bâle sans la moindre montre en poche, mais avec une sorte de veste bleu horizon qui annonçait un lien avec les poilus de la Première Guerre mondiale. De quoi créer le buzz autour de cette sympathique franco-suisse, composée d’anciens du groupe Richemont (Cartier, Piaget, Vacheron Constantin, etc.). En découvrant leur première montre, qui sera dévoilée ces jours-ci, on comprend mieux l’allusion : aussi étonnant que cela puisse paraître, alors que l’horlogerie n’est généralement pas avare de partenariats avec les troupes d’élite, c’est la première fois qu’une montre rende hommage aux troupes de montagne française (en gros, les fameux « chasseurs alpins ») – ceci en saluant la mémoire d’Albert Roche, héros archi-décoré et ultra-valeureux mais relativement méconnu de la « Grand Guerre », que le maréchal Foch désignait lui-même comme le « premier soldat de France » (présentation vidéo ci-dessous). Jolie coïncidence : le 27e Bataillon de chasseurs alpins auquel appartenait Albert Roche tient garnison à Annecy, pratiquement à portée de canon de Genève où opère la jeune marque Riskers. Chasseur alpin de « première classe » [titre qui n’est pas un grade, mais une distinction, comme celle de maréchal de France !], et incroyable surdoué de la guerre de tranchées, Albert Roche a inspiré une montre dont le style marie l’esprit des premières montres-bracelets portées dans les tranchées (celles qui n’étaient souvent que des montres de poche bricolées pour être portées au poignet) et le goût contemporain pour les montres puissantes qui savent se faire discrètes au poignet pourvu qu’elles témoignent d’un design original et d’une vraie personnalité créative. C’est le cas ici, avec la bonne surprise supplémentaire d’un prix relativement accessible pour la qualité présentée. Une campagne de sociofinancement (Kickstarter) devrait bientôt démarrer la semaine prochaine pour promouvoir le travail exceptionnellement intelligent de cette équipe, qui entend révéler à travers ses montres différents héros « ordinaires » plongés dans des aventures extraordinaires. La bonne idée était de commencer par un chasseur alpin ! Il s’agit clairement de proposer d’autres montres, qui sortent de l’ordinaire, à d’autres publics : il faut à tout prix débanaliser l’offre horlogère pour organiser la résistance de la montre traditionnelle. Véritable révélateur des tendances profondes du marché, la campagne de lancement de Riskers a toutes les chances d’être l’événement horloger de cet automne 2019. 

BERNARD FAVRE : Un remontage manuel sans la main…

Si les remontoirs rotatifs sont monnaie courante pour les montres automatiques [il faut cependant se méfier des imitations exotiques : mieux faire confiance à la qualité suisse d’une marque comme Swiss Kubik], les amateurs se désolent souvent de ne pas disposer de remontoirs pour montres mécaniques : quand ces montres – qu’il faut remonter à la main – sont « compliquées », c’est-à-dire quand elles affichent des indications de jour, de date, de mois, d’année, de lune, de lever de soleil ou de toute autre fonction, recaler ces affichages tient de la corvée autant que du casse-tête ! Infatigable artisan suisse, l’ingénieux Bernard Favre a conçu dans le secret de sa micro-manufacture un remontoir mécanique, Crown Ultimate, qui est une véritable « machine à remonter les montres mécaniques. On pose la montre sur son support et, par un jeu subtil d’engrenages animés par un moteur électrique silencieux, un dispositif vient entraîner la couronne de remontage, exactement comme le ferait la main. Une fois le ressort de barillet en tension, le moteur électrique cesse de fonctionner, mais toutes les fonctions affichées par la montre restent correctement calées jusqu’à la prochaine opération de remontage automatique, dès que le ressort du barillet sera détendu. L’esthétique très décorative de cette Crow Ultimate en laiton doré est un plaisir pour les yeux et on ne lui trouvera qu’un seul défaut, son prix (compter un peu plus de 10 000 euros, mais les montres de haute horlogerie qu’on remonte ainsi méritent largement ce service). Cette Crow Ultimate peut fonctionner avec la quasi-totalité des montres mécaniques du marché, où que soit placée leur couronne de remontage…

THE ELECTRICIANZ : Un grand frisson électro-luminescent…

Avec cette montre au poignet, impossible de ne pas se faire remarquer et de ne pas engager la conversation – et plus si affinités ! Les couleurs fluorescentes de cette Neon Z, imaginée par la jeune marque indépendante suisse The Electricianz [comme son nom l’indique] est tout simplement irrésistible, par son vibrant concept chromatique autant que par son prix, qui autorise tous les caprices (à peu près 350 euros). L’idée est de briller au soleil – les UV animent la montre de façon très originale – aussi bien que sous la Lune et dans la nuit, grâce à deux batteries qui illuminent les LED de la Neon Z. Du pur plaisir que cette montre fun, comme disent les nouvelles générations, qui sait en donner plus par son énergie électrisante ! Sinon, en toute simplicité, c’est une montre qui donne l’heure…

A. LANGE & SÖHNE : Une erreur de casting en mode lourdingue…

Dans l’actualité des montres de chaque semaine, il faut bien un loupé ! Pour cette fin octobre, on le trouvera chez A. Lange & Söhne, la plus alto-horlogère des marques allemandes de haute horlogerie, quelque chose comme un conservatoire d’icônes mécaniques et un temple de la bienfacture à l’ancienne. Sauf que la marque a voulu jouer dans un registre « sport chic » dont elle ne maîtrise pas bien les codes et que son Odysseus, qui entend régater dans la même catégorie que la Nautilus de Patek Philippe ou la Royal Oak d’Audemars Piguet, rate totalement sa cible. Ce créneau du « sport chic » est si furieusement tendance que tout le monde s’y rue, avec plus ou moins de discernement, mais souvent de manière convaincante comme la BR05 de Bell & Ross (Atlantic-Tac du 6 septembre) ou l’Alpine Eagle de Chopard (Atlantic-Tac du 4 octobre). Force de conviction qui manque à cette Odysseus, dont le boîtier massif et le bracelet lourdingue manquent singulièrement d’élégance, alors que le cadran semble surchargé par ses inscriptions sans discrétion et son affichage surdimensionné de la date et du jour. Comme il faudra compter dans les 28 000 euros pour passer au poignet cette Odysseus pas vraiment sportive et encore moins chic, on peut déjà classer la montre dans les erreurs de casting de l’année…

GO GIRL ONLY : La montre qu’on se fera piquer par les copines…

Un peu de douceur française pour oublier la lourdeur saxonne d’un « sport chic » raté : voici de quoi se rafraîchir le poignet sans se ruiner (moins de 70 euros), ni se prendre au sérieux. GO pour Girl Only, c’est un peu de fraîcheur féminine du côté des montres qu’on peut prêter à ses copines, avec une touche d’espièglerie à la française et d’insolence dans la fausse naïveté décorative. Miss Florale, c’est la montre coup de cœur par excellence, en 34 mm pour éviter toute mièvrerie et avec un mouvement à quartz pour ne la remettre à l’heure que lors du changement d’heure – que nous pratiquerons peut-être pour la dernière fois ce week-end…

VAN CLEEF & ARPELS : D’amour et d’heures fraîches…

Pour finir sur une note encore plus féminine et sur un « hymne à l’amour » d’une rare perfection horlogère, un dernier coup d’œil sur une petite merveille, certes lourdement tarifée [on préfère ne pas vous donner le montant, mais demandez-le place Vendôme, à Paris], mais si mécaniquement géniale et si sublime dans sa réalisation qu’elle mérite qu’on y consacre un peu de son temps – ne serait-ce que pour le plaisir des yeux. On connaissait déjà le Pont des Amoureux, deux personnages que Van Cleef & Arpels faisait se rencontrer sur un pont à minuit. Sans rompre avec l’élégance de la montre, on a réussi à rendre cette mécanique automatique (elle se recharge avec les mouvements du poignet) et, surtout, animée à la demande : les amoureux se rencontrent et s’embrassent sur leur pont à n’importe quelle heure du jour et de nuit : quand on aime, on ne compte pas ! Le tout dans un décor parisien on ne peut plus onirique dans sa symbolique saisonnière (été, automne, hiver, printemps). Ah oui, les heures et les minutes ? On peut lire le temps qui passe de part et d’autre du pont, les heures à gauche, les minutes à droite, et ce sont les amoureux eux-mêmes qui vous donnent l’heure, l’une avec son ombrelle, l’autre avec sa fleur. Le tout exécuté avec ce qu’il faut de pierres précieuses et de métiers d’art déployés juste pour la magie de l’instant et le bonheur de vivre d’amour et d’heures fraîches dans l’éternel retour des saisons au cœur de la plus belle ville du monde…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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