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Les molosses sauveteurs de l’hospice du Grand Saint-Bernard sont les nouvelles vedettes horlogères de la marque Bomberg…
Les molosses sauveteurs de l’hospice du Grand Saint-Bernard sont les nouvelles vedettes horlogères de la marque Bomberg…
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Quand la sobriété en prend à perpétuité, quand les chiens suisses ont du chic et quand Frankenstein débarque à Paris : c’est l’actualité des montres (en temps de crise)…

Mais aussi un carré ultime dans la radicalité carrée, des Islandais qui se jouent tricolore au poignet et un remontage automatique qui prend le périphérique sans passer par le centre…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BOMBERG : Bon chien bon genre…

Le saint-bernard est le chien le plus emblématique et le plus exclusif de la Suisse et, au-delà du col du Grand Saint-Bernard, dans l’hospice montagnard où ils sont toujours élevés, le plus symbolique des anciennes races de molosses européens. Leur réputation d’intelligence et de dévouement n’est pas un mythe, même si ces chiens d’avalanche, puissants et débonnaires, ne partent plus en « mission » avec un tonnelet d’alcool autour du cou. Comment une marque horlogère aurait-elle pu résister à l’appel de tous les marqueurs identitaires concentrés autour du saint-bernard (l’enracinement suisse, notre empathie mammifèrepour une sympathique « peluche » animale, les valeurs de l’héroïsme montagnard, etc.). Donc, Bomberg, jeune marque indépendante suisse, créative et disruptive à souhait, a sauté à pieds joints sur la légende du saint-bernard, « chien national suisse », en leur dédiant une montre en série limitée dont les profits aideront la fondation Barry qui veille aux destinées de cette race unique au monde, dont il ne naît qu’une grosse vingtaine de chiots par an. Une montre automatique un peu kitsch, qui ravira les nostalgiques des aventures de Barry, chien d’avalanche : cette BOLT-68 est d’autant plus intéressante qu’elle se porte au poignet, mais qu’on peut l’en détacher pour la porter en montre de poche grâce à une chaîne (chaque maillon est sculpté en tête de saint-bernard) ou pour la poser sur un bureau. En prime : l’écrin de cette montre modulaireest le fameux tonnelet marqué de la croix fédérale suisse, qu’on retrouve aussi sur le cadran. Suississime, non ?

OCHS UND JUNIOR : Simplicité perpétuelle…

Le nom de la marque est imprononçable pour ceux qui ne pratiquent pas le rugueux dialecte suisse alémanique. Ce nom traduit très mal la géniale simplicité de cette montre qui se contente de neuf composants – là où les mécaniques horlogères en exigent plusieurs dizaines – pour nous dire la date, le jour et le mois du calendrier, années bissextiles comprises, au moins jusqu’au premier mars 2100, année « séculaire » qui ne sera exceptionnellement pas bissextile. Soit un calendrier précis pour les 84 prochaines années ! On doit cette merveilleuse simplicité à Ludwig Oechslin (prononcez « Oxline »), maître-horloger de référence, attaché à exprimer avec élégance et sobriété le meilleur de la tradition des « complications »horlogères suisses. Son « calendrier perpétuel » est le manifeste de cette nouvelle politesse mécanique, qui en donne plus tout en exigeant moins – moins de composants à mettre en œuvre, donc moins de « complication » dans la maintenance du mouvement, mais aussi moins d’euros pour le privilège de cette rareté (à peine plus de 20 000 euros, là où les grandes marques en exigeraient au moins le double). Les informations essentielles sont affichées avec deux aiguilles, deux points orange (couleur personnalisable) et deux points blancs (également personnalisables) – pour l’apprentissage de cette simplicité, on se reportera aux détails de notre article Business Montres du 28 juin. Il faut une vie d’immersion dans les plus grandes complications mécaniques pour parvenir à la sérénité d’une telle concision méchanicienne

JS WATCH CO : La montre de ceux qui veulent humilier l’équipe de France…

Les trois couleurs y sont, mais ce ne sont pas celles de l’équipe de France : bleu, blanc et rouge pour les footballeurs de l’équipe d’Islande, qui rencontreront les Français dimanche pour une qualification en demi-finale de l’Euro. Quarante-cinq minutes symboliques sur ce cadran, en plus de quinze minutes additionnelles pour les prolongations, avec le 11 pour les onze joueurs de la sélection islandaise : les codes horaires du football sont respectés sur cette édition limitée Euro MMXVI, qui célèbre la première qualification de l’Islande à ce niveau de la compétition. Si l’Islande parvenait à se pousser jusqu’à la finale, le 10 juillet prochain, il y a fort à parier que la date du 10 apparaître en rouge sur les prochaines séries. La JS Watch Co est la seule marque horlogère islandaise : en 2008, quand Business Montres en avait découvert la toute jeune existence, c’était même la « plus petite manufacture horlogère du monde » ! Aujourd’hui, c’est la référence tricolore qui peut humilier la France : pas mal en moins de dix ans…

BLANCARRÉ : Des idées horlogères radicalement carrées…

La montre carrée est une « niche », qui ne représente guère que 10 à 12 % du marché global des montres. Choisir de s’y installer réclame donc un certain courage, mais, dans ce cas, autant y aller à fond et s’affirmer plus carré que carré. C’est l’ambition de la nouvelle marque Blancarré, qui hyperbolise le carré pour en faire une démonstration quasiment artistique de maîtrise graphique : normal quand on sait que la marque a été lancée par le designer horloger Nicolas Mertenat, qui a déjà dessiné de nombreuses montres pour les plus grandes marques. Sous le nom de baptême de Blancarré [le carré blanc étant, dans le jargon des galeries d’art, l’espace de mur blanc et neutre où accrocher une œuvre], son carré-on-ne-plus-carré affiche des proportions qui tombent juste et des lignes d’une rigueur découpée au scalpel : c’est un carré ultime, purement Swiss Made et même presque uniquement jurassien, qui ne sera distribué qu’à travers un réseau de galeries d’art – il y ferait bonne figure à côté du Carré blanc sur fond blanc d’un Malevitch – et de boutiques éphémères dans les concept stores les plus hypedes grandes métropoles. Comptez tout de même près de 4 000 euros pour cette montre radicale, qui n’arrondit ni les angles, ni les prix !

CARL F. BUCHERER : La dynamique d’une manufacture qui sait rester accessible…

Notez bien ce nom, Bucherer, qui est aussi celui de la plus grande boutique de montres à Paris :le même groupe suisse Buchererdispose aussi de sa propre marque, Carl F. Bucherer (du nom du fondateur de la maison, à Lucerne, en 1888). Partie d’un niveau très modeste, cette marque a connu ces dernières années une progression remarquable, avec une multiplication par cinq de ses volumes de vente et, récemment, le lancement de deux nouveaux mouvements et l’installation dans une nouvelle manufacture. Ces mouvements automatiques ont une particularité, et même deux en comptant bien : d’abord, ils sont conçus avec une masse périphérique [là où tout le monde se contente de rotors centraux], c’est-à-dire qu’ils sont rechargés, à chaque mouvement de poignet, par un poids qui tourne autour du mouvement, et non au centre de celui-ci ; ensuite, et en plus des performances techniques de ces mouvements, ils sont facilement industrialisables, ce qui permet à Carl F. Bucherer de pratiquer des prix alléchants (autour de 6 500 euros) pour des montres automatiques élégantes de qualité « manufacture », comme la Manero ci-dessous. Esthétique traditionnelle et calibre automatique fonctionnel à des tarifs non démentiels : il ne faut pas perdre de vue l’équipe de Carl F. Bucherer, car elle avance vite, très vite !

HYT : La créature horlogère du Dr Frankenstein…

Il y a exactement deux siècles, Mary Shelley, l’épouse du poète anglais Shelley, s’ennuyait un peu pendant ses vacances genevoises. Poussée par lord Byron, qui séjournait dans la même villa qu’elle, et par les pluies incessantes de cet été 1816, elle entreprend la rédaction d’un roman « gothique », Frankenstein ou le Promethée moderne.L’opinion n’a retenu que le nom de Frankenstein, qui est devenu celui de la créature alors que ce n’était que le nom de son créateur. Pour ce deux-centième anniversaire, une seule marque horlogère a osé se confronter au mythe : HYT, Hydro-mechanical Timepieces, les nouveaux mais uniques fluido-mécaniciens de la montre. Il faut avouer que cette montre H3 a tout d’une créaturefrankensteinienne surgie de nulle part dans le paysage horloger. Les heures se lisent par l’avance d’un fluide vert le long d’une file de pavés qui portent des chiffres (une bascule a lieu toutes les six heures). Les minutes se décomptent par un point blanc qui circule sur une ligne de chiffres. Rien ne ressemble à une montre dans ce golem mécanique avant-gardiste, surgi du cerveau halluciné d’un méchanicien fou. Pour préserver cette ambiance « gothique », on savourera le film ci-dessous, réalisé avec Laurent Picciotto, qui vient de recevoir une pincée de H3, à découvrir chez Chronopassion (Paris). Allez-y, vous ne les reverrez plus de sitôt puisque HYT n’en produit qu’une poignée par an…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

Lien : https://businessmontres.com/

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