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Atlantic Tac

Quand l’espace entre en résonance et quand Mickey Mouse fait son retour : c’est l’actualité des montres

Mais aussi le coup « fumant » d’une réédition « fumée », un tourbillon frison en nid d’abeille, un coup de main russe pour Notre-Dame-de-Paris et une guerre entre grands joailliers à l’horizon…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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VIANNEY HALTER : Le temps qui résonne en rêvant…

Vianney Halter (ci-dessus) est une légende de l’horlogerie contemporaine, avec son allure de vieil adolescent au regard bleu rêveur, son atelier foutraque où il répare un avion en même temps que des dizaines de pendules d’église ou de mairie, ses émerveillements devant les conquérants de l’espace (ceux de la Terre comme de la science-fiction) et ses montres dont on ne dira jamais assez que leur style a allumé la mèche de la grande explosion créative des années 2000. Quelque part entre Star Wars et Blade Runner, il nous avait déjà proposé un tourbillon Deep Space qui tournait sur trois axes sous son dôme de saphir. Avant même que la série soit totalement terminée, il revient nous offrir une grande sœur de cette Deep Space (DSTR : Deep Space Tourbillon Resonance), mais cette fois munie d’un dispositif de « résonance » qui intègre, à l’intérieur du tourbillon trois axes, un double balancier inversé qui se synchronise selon un principe de résonance acoustique. C’est ultra-pointu sur le plan mécanique et extraordinairement virtuose dans la maîtrise de l’infiniment petit dans une logique d’infiniment précis : sans trop entrer dans les détails techniques, cela fonctionne un peu comme un diapason dont les deux branches vibrent à l’unisson pour créer un son. En fait, ce principe de la résonance était déjà étudié par les grands maîtres de l’horlogerie de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe siècle, notamment par Breguet et Janvier. Là, on travaille au format d’une montre-bracelet, selon des théories physiques de mécanique ondulatoire formalisés au début du XXe siècle : cette montre DSTR est, à sa manière, une démonstration in vitro des théories d’Einstein sur les ondes gravitationnelles ! Plus prosaïquement, la DSTR est surtout un « laboratoire » de recherches pour des solutions mécaniques qu’on retrouvera par la suite dans d’autres montres. Le mouvement est monté grâce à des « piliers », exactement comme les chronomètres de marine du XVIIIe siècle, mais certains éléments ont la grâce et la légèreté des montres du XXIe siècle : 0,6 g exactement pour les 162 composants de la cage des deux balanciers, qui tournent sur leur axe en respectivement 30 mn (berceau), 6 mn (traverse) et 60 secondes (cage) ! L’affichage de l’heure reprend la logique des pieds à coulisse : on y lit l’heure et les quarts d’heure à douze heures (partie supérieure du disque), mais les minutes se précisent autour de six heures (partie inférieure : pile là où les deux traits coïncident : 03 :47 sur l’image ci-dessous). Comme toujours, Vianney Halter fera école et il inspirera d’autres créateurs : en attendant, savourons ce premier tourbillon de poignet à résonance…

KARSTEN FRÄSSDORF : Le frisson mécanique d’un Frison…

Si vous connaissez le nom de cet horloger frison installé en Suisse, c’est que vous êtes vraiment un fin connaisseur de l’horlogerie mécanique contemporaine. Peut-être avez gardé le souvenir de Karsten Frässdorf quand il avait établi en Normandie une manufacture de haute horlogerie – Fabrication de montres normandes – placée sous le graphe de Charlemagne [des associés indélicats avaient mis fin à cette renaissance d’une nouvelle haute horlogerie française sous impulsion allemande]. C’est donc reparti à La Chaux-de-Fonds, dans la watch valley suisse, avec un magnifique « tourbillon » Ei8ht entièrement réalisé dans l’atelier de Karsten Frässdorf et saturé d’innovations mécaniques, le plus souvent brevetées, dont nous vous épargnons les détails mais qui prouvent que nous avons ici affaire à un des grands maîtres contemporains des beaux-arts de la montre. Comme cette horlogerie mécanique est tout sauf « industrielle », chaque pièce livrée au collectionneur qui la commande est entièrement personnalisable, tant dans les couleurs du cadran que dans le motif de son décor en nid d’abeille ou dans tout autre souci de personnaliser (initiales ou autres sujets) les différents éléments de la montre. On est ici dans une horlogerie superlative, donc dans une facture qui atteint les six chiffres, mais les collectionneurs de ces « montres de garage » [comme il existe des « vins de garage »] savent apprécier cette audace autant que l’exclusivité et l’authenticité de cette créativité mécanique, minutieusement pensée et repensée dans les moindres détails ! C’est difficile à apprécier sur une simple photo, mais l’alternance des surfaces satinées et des surfaces polies (qui redessinent les volumes de la montre) est un régal pour les yeux. De telles « montres de niche » ne se trouvent pas dans les boutiques des détaillants horlogers : faisons des vœux pour que Karsten Frässdorf organise une soirée à Paris pour les connaisseurs tricolores…

ZENITH : En avant comme avant…

Puisque la caméra horlogère explore le temps et que les rééditions des icônes du passé ont la faveur des amateurs, profitons-en pour déguster en gourmets le nouveau Chronomaster Revival que la manufacture Zenith nous repropose en 2021 en s’inspirant d’une nouveauté de… 1969. Doté du tout nouveau chronographe automatique El Primero [mouvement qui est « historiquement » le premier de sa catégorie], ce Chronomaster se parait d’un superbe cadran « fumé » dont on est à peu près – jusqu’à nouvel ordre – qu’il est le premier de ce genre de l’histoire horlogère. Pour l’anecdote et pour tester la résistance d’une telle montre aux mauvais traitements, on avait à l’époque ficelé ce chronographe au train d’atterrissage d’un Boeing 707 sur un vol Paris-New York : en dépit du choc thermique de la haute altitude, des variations de pression et des vibrations encaissées par la montre, elle fonctionnait parfaitement à l’atterrissage ! La reproduction de cette édition 2021 est parfaitement conforme au modèle A385 initial, y compris la taille du boîtier tonneau (37 mm) et les poussoirs en « pompe » – même la typographie légèrement tremblée a été reprise du passé. Seules concessions à la modernité : un verre saphir bombé au lieu d’un verre en acrylique et un fond transparent au lieu du fond plein de rigueur dans les montres à la fin des années 1960. Zenith a même choisi de reprendre le bracelet en acier à maillons en « échelle » que les montres de luxe utilisaient alors. Une très jolie réédition…

SWATCH : Rétro-nostalgie bariolée…

Les nostalgiques des années 1980, qui reste la meilleure époque pour les Swatch « artistiques », vont reprendre goût à la marque avec cette nouvelle association de deux « icônes » du XXe siècle : Mickey Mouse et l’activiste pop Keith Haring, dont le style graffitesque a popularisé le street art [l’artiste avait déjà collaboré avec Swatch en… 1986]. Trente-cinq ans plus tard, la nouvelle série des Mickey Mouse x Keith Haring n’a pas perdu ni sa bonne humeur, ni ses couleurs, ni la fantaisie et les tics graphiques de l’artiste : normal, Mickey Mouse a toujours été le personnage fétiche de Keith Haring ! Trois modèles sont proposés. Ci-dessous, la « Mouse marinière », avec son bracelet mi-uni, mi rayé, dont le Mickey est gravé sur le verre de la montre, histoire de lui faire prendre de la hauteur. Ce serait bien si Swatch se décidait enfin à redevenir Swatch…

BON À SAVOIR : En bref, en vrac et en toute liberté…

TIFFANY & CO : c’est bien parti pour les grandes manœuvres sur le terrain de la haute joaillerie. Avec le rachat du joailler américain Tiffany & Co par le groupe LVMH, ce dernier ne cache pas ses ambitions pour se hisser au premier rang mondial, qu’il lui faudra arracher au groupe Richemont, actuel premier joaillier du monde avec Cartier et Van Cleef & Arpels. Bernard Arnault (LVMH) a fait appel pour piloter Tiffany & Co à un ancien dirigeant de Cartier, qui est également passé par Tiffany & Co et Harry Winston – autant dire un expert international de la haute joaillerie. Avec les maisons dont LVMH disposait déjà dans disposait déjà sur ce marché (notamment Bvlgari et Chaumet), l’ordre de bataille est d’autant plus impressionnant que Cartier et Van Cleef & Arpels auront à supporter seuls tout le poids de l’offensive, les maisons concurrentes (Boucheron pour le groupe Kering, Harry Winston pour le Swatch Group, Graff ou Chopard pour les indépendants, etc.) étant désormais réduites à ne plus faire que de la figuration. Comme Tiffany & Co était aussi une marque active dans l’horlogerie Swiss Made, cette bagarre joaillière aura forcément des échos directs du côté de la Suisse. À suivre… •••• RAKETA : les horlogers et tout le personnel de la manufacture russe Raketa (Saint-Pétersbourg) se sont mobilisés pour la restauration de l’horloge qui ornait la flèche de la cathédrale Notre-Dame-de Paris, totalement effondrée dans l’incendie d’avril 2019. Ils étudient la reconstitution et la refabrication de cette horloge monumentale à quatre cadrans, signée Collin, cette restauration étant menée à bien sous l’autorité de l’organisme public qui a promis de « livrer » le monument au public en 2024. S’il est moins certain que cette promesse soit tenue pour l’ensemble du bâtiment, on peut cependant estimer que l’horloge Collin pourra égrener les notes de ses cloches à la date prévue. Merci à nos amis pétersbourgeois pour ce coup de main inattendu, dont on s’étonne qu’il n’ait pas davantage mobilisé les marques horlogères françaises ou suisses…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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