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Polémique “ Français de souche ” : Alain Finkielkraut répond dans “ Valeurs actuelles ”, Immigration : pourquoi les Français la rejettent — et à qui en revient la faute
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Revue de presse des hebdos

Polémique “ Français de souche ” : Alain Finkielkraut répond dans “ Valeurs actuelles ”, Immigration : pourquoi les Français la rejettent — et à qui en revient la faute

Mais aussi Manuel Valls en baisse dans le baromètre Ipsos/ “ Le Point ”, la réponse de Christiane Taubira à l’accusation de favoritisme d’une association guyanaise, les dessous de la nomination de Jean-Christophe Cambadelis au PS et, et, et… la droite très, très divisée sur la question européenne. Y’a toutes les nuances de la politique dans la RP des hebdos !

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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Dimanche dernier, “ Le JDD ” nous annonçait que “ quarante points séparent François Hollande (qui chute à 18 %) de son nouveau chef de gouvernement (qui démarre à 58 %) — un record absolu dans l’histoire de la Ve République ”. Cela mettra-t-il du baume au cœur du président de la République ? Les résultats du baromètre Ipsos/ “ Le Point ” confirment la nouvelle dégringolade du chef de l’Etat mais indiquent, ô surprise, que la cote de Manuel Valls a baissé depuis mars. Hue ! Déjà ?

Manuel Valls en baisse

“ Les municipales et le remaniement profitent à tous, sauf au président (…) accablé par le baromètre Ipsos/ “ Le Point ”, qui le crédite d’un nouveau record d’impopularité, avec seulement 18 % de bonnes opinions (moins 4 points), souligne le mag. Il recule de 7 points (37 % de bonnes opinions) chez les sympathisants de la gauche et connaît désormais plus de détracteurs chez les sympathisants PS (48 %) que de soutiens (46 %, moins 6 points). Son nouveau Premier ministre, Manuel Valls, entame son mandat avec 44 % d’opinions favorables et 34 % de défiance. Chez les sondés, 22 % ne se prononcent pas. Une partie de l’opinion attend de voir. Lors du précédent baromètre, Manuel Valls, encore ministre de l’Intérieur, bénéficiait de 46 % d’opinions favorables et de 42 % de mauvaises opinions. Donc, il perd 2 points — que l’on peut mettre sur le compte du scepticisme —, et une partie des “ mauvaises opinions ” a basculé dans la neutralité ”. Tout cela est-il vraiment significatif ? Les sondages, après tout…

Christiane Taubira répond au “ Point ”

Mais puisqu’on évoque “ Le Point ” et le gouvernement, un petit entrefilet a attiré notre attention dans les colonnes du magazine. Signé “ Christiane Taubira, garde des Sceaux ”, cet articulet est en fait un “ droit de réponse ” de la ministre de la Justice. “ Dans un article intitulé “ Le jour où Hollande s’est fait violence ”, d’Emmanuel Berretta et Michel Revol, publié dans “ Le Point ” n° 2169 du 10 avril 2014 (voir la RP du même jour), vous m’imputez d’avoir utilisé mes fonctions de garde des Sceaux afin de favoriser une association guyanaise, par l’octroi d’une subvention au moment où, selon vous, j’étais appelée à quitter le gouvernement. Cette allégation d’une particulière gravité porte atteinte à ma probité en m’accusant de favoritisme au profit d’une association, pour la seule raison qu’elle serait guyanaise. Aucune subvention, de quelque montant que ce soit, n’a été allouée à aucune association guyanaise à la veille du remaniement ministériel ”. C’est noté, Christiane !

Quand la nomination de Cambadélis viole les statuts du PS

Quelles nouvelles du PS, au lendemain de “ l’exfiltration ” de Harlem Désir vers le secrétariat d'Etat aux Affaires européennes ? “ Mardi 15 avril, rappelle “ Challenges ”, Jean-Christophe Cambadélis était adoubé par le Conseil national. Une procédure qui viole les statuts. Normalement, il faut des jours de congrès, des “ nuits de résolutions ”, avant que les militants choisissent leur leader. Mais il y avait urgence. Après avoir changé de Premier ministre et de secrétaire général, le chef de l’Etat voulait aussi se séparer du premier secrétaire, jugé “ inexistant et inefficace ”. Comme ni le chef de l’Etat ni le Premier ministre ne peuvent s’immiscer dans les affaires du parti, ils ont promu Harlem Désir secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Et lui ont soufflé de proposer, pour sa succession, son adversaire lors du dernier congrès : Jean-Christophe Cambadélis, soutenu à l’époque par Martine Aubry. Logique ! 

Le premier coup de force de Cambadélis, le “ louvoyant ”

“ Cette nomination express, poursuit “ Challenges ”, a fait hurler la jeune génération : les courants de Juliette Méadel et d’Emmanuel Maurel. Ils ont dénoncé un déni de démocratie et réclamé un congrès. En vain. Cambadélis a d’emblée exclu cette hypothèse : “ Cela coûte trop cher et ce n’est pas ce que les français attendent de nous ”. (…) La capacité de ce dernier à mieux diriger la rue de Solférino n’est pas mise en cause mais, souligne Emmanuel Maurel, “ idéologiquement, je ne sais pas ce qu’il pense. Il est louvoyant. Il a été trotskiste, proche de DSK, puis de Martine Aubry, et là, il s’est rapproché de Valls. Qu’est-ce qu’il pense du pacte de responsabilité ? De la politique de rigueur imposée par l’Europe ? J’ai envie de savoir ” ”. Nous aussi, Emmanuel, nous aussi…

 

L’UMP divisée sur le dossier européen

Les choses sont-elles plus claires à l’UMP ? Si “ Challenges ” constate qu’après la victoire du parti aux municipales, “ Jean-François Copé est tranquille jusque fin 2015 ”, des divisions n’en demeurent pas moins là, qui sont d’autant plus préoccupantes qu’elles portent sur le dossier européen… D’après “ Le Point ”, Laurent “ Wauquiez, partisan d’un protectionnisme à l’échelle continentale, plaide pour un moteur européen à six membres. Opposant au traité de Maastricht, (Xavier) Bertrand, lui, argue que l’Europe ne protège pas assez les peuples et réclame de nouvelles alliances étatiques, soit la fin du seul couple franco-allemand. (…) Le candidat UMP à la primaire de 2016 dit voir une rupture entre les hiérarques du parti, farouchement proeuropéens, et la majorité des Français, plus critiques. Le positionnement spectaculaire de ces deux ambitieux quadras hérisse. Luc Chatel et Bruno Le Maire, mais aussi François Fillon et Alain Juppé, ont durement critiqué leur discours. Michel Barnier a affirmé qu’il était dangereux de “ crier plus fort que Marine Le Pen ” ”. Ouille.

L’UMP face à un vrai débat de fond

“ Pour Jean-François Copé, “ patriote et européen ”, qui a validé le slogan de la campagne UMP des européennes “ Pour la France, agir en Europe ”, la tâche est rude, note “ Le Point ”, qui consiste à faire vivre ces différentes sensibilités. A quel point ? Après une convention sur l’Europe et huit réunions de comités de pilotage Europe, une ligne a été définie, évidemment “ profondément européenne ”, dixit le président du parti. “ Il ne faudrait pas que les Français viennent à penser que la ligne de Wauquiez et de Bertrand est majoritaire à l’UMP ”, craint un copéiste. (…) Après la querelle des chefs, conclut le mag, l’UMP connaît donc (enfin) un vrai débat de fond. Peut-être une première depuis sa création en 2002 ”. Et chboiiing !

 

Pour ou contre l’expression “ Français de souche ” ?

Mais passons aux sujets qui fâchent… “ Pas moins de 75 % de nos compatriotes (d’origine française ou issus de l’immigration) se déclarent “ pas choqués ” par l’utilisation de l’expression “ Français de souche ” ”, nous apprend “ Valeurs actuelles ” qui nous a encore concocté un petit sondage à sa façon… Au lendemain de l’intervention d’Alain Finkielkraut dans l’émission “ Des paroles et des actes ” (où le philosophe indiquait qu’ “ il y a aussi une place en France pour les Français de souche ”) et de la demande d’interdiction de cette expression déposée par deux membres du Conseil national du PS, le journal d’extrême droite s’est très opportunément emparé du sujet. Et de noter, par la voix de Jérôme Fourquet, de l’IFOP, que “ si 92 % des sympathisants de droite (UDI, UMP, FN) partagent ce point de vue, c’est aussi le cas de 54 % de ceux de gauche et même de 62 % des électeurs de Hollande à la dernière présidentielle ”. Mais l’étude commandée par “ VA ” ne s’arrête pas là…

 

“ 61 % des Français trouvent qu’ “ on ne sent plus chez soi comme avant ” ”

“ Plus impressionnante encore, peut-être, ajoute le journal, est la très large adhésion de nos compatriotes à l’opinion : “ On ne se sent plus chez soi comme avant ”. 61 % d’entre eux, dont plus d’un tiers des sympathisants de gauche (34 %) et même 40 % des électeurs de Hollande à la dernière présidentielle, se disent “ d’accord ” avec cette opinion, pourtant “ fortement connotée et marquée idéologiquement ”, comme le définit Jérôme Fourquet. “ Contrairement à l’acceptation ou pas, du terme “ Français de souche ”, nous sommes là dans un jugement lié, notamment, à l’intégration, l’islam et le déclin de la France, décrypte-t-il ”. C’est gentil, Jérôme, de nous décrypter les choses comme ça… C’est vrai que, de nous-même, on n’aurait pas pensé que cette opinion pouvait être “ connotée et marquée idéologiquement ”… On n’aurait pas pensé non plus à faire le lien entre la question : “ Etes-vous d’accord ou pas du tout d’accord avec l’opinion suivante : “ On ne se sent plus chez soi comme avant ” ? ”, l’intégration et l’islam… Ce qu’on est bête, quand même ! D’ailleurs, on n’a pas tout à fait compris comment “ Valeurs actuelles ” est passé d’une question portant sur l’expression “ Français de souche ” à une question portant sur le sentiment de “ ne plus se sentir chez soi comme avant ”. On voit bien un lien, mais il est peut-être un peu orienté, non ?

 

 

Comment Alain Finkielkraut commente le sondage de “ Valeurs actuelles ”

Vous allez dire… vous allez dire qu’on est parti pris. Voyons comment le tout nouvel académicien Alain Finkielkraut qui, événement !, donne une interview à “ Valeurs actuelles ”, commente le résultat de ce sondage… “ Si une majorité de Français pensent aujourd’hui qu’il y a trop d’immigrés en France, dit-il, ce n’est pas parce qu’ils seraient devenus soudain perméables à l’idéologie maurrassienne, c’est parce que, selon un article publié par “ Libération ” le 23 avril 2012, dans une ville comme Villers-Cotterêts, la maison du maître d’école a été vendue par la Mairie pour en faire une mosquée, le restaurant savoyard est devenu un kebab, la charcuterie a été transformée en boucherie halal et, conséquence de la construction de HLM sur la route de Vivières, les murs ont été couverts de tags, les poubelles ont flambé et des “ jeunes ” ont commencé à traîner dans les rues. Les Français de France ne sont plus des référents culturels. Cette situation est sans précédent. On a le droit de s’en inquiéter. Mais on doit le faire avec tout le tact de la mémoire. Les antiracistes ont tort de voir des racistes partout. Mais on aurait tort aussi d’en conclure qu’il n’y a plus de racistes nulle part. “ Valeurs actuelles ” a joué avec le feu en faisant sa couverture sur “ ces étrangers qui pillent la France ” ”. Ah, vous voyez : même Alain Finkielkraut a des réserves face à ce sondage, ce qu’il implique et ce qu’il sous-entend… Juste une question, Alain : qu’est-ce que tu fous là ? C’est par pure provocation que tu as choisi de célébrer ton entrée à l’Académie française dans “ Valeurs actuelles ” ?

 

Quand un homme de gauche rappelle que “ 75 % des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés ”

Hasard ? Drôle de coïncidence, en tout cas : dans “ Le Nouvel Observateur ”, le géographe Christophe Guilluy, qui n’est pas franchement de droite (même si la gauche a parfois tendance à le considérer comme tel) rappelle un chiffre qui semble aller dans le sens du sondage de “ Valeurs actuelles ”. “ Le dernier rapport de la CNCDH (Commission nationale consultative des Droits de l’Homme) confirme, dit-il, une tendance observée depuis plus de quinze ans, un rejet massif de l’immigration : 75 % des sondés jugent qu’il y a trop d’immigrés. Cette question préoccupe la société tout entière et s’exprime différemment en fonction du lieu de vie, de la couleur politique et de la situation sociale. Mais il y a bien un point commun entre le vote frontiste et les pratiques de contournement de la carte scolaire : le rejet de l’immigration ”. Ah, ben, vous voyez, zallez me dire : même un homme de gauche le dit ! Oui, da, mais il y a une différence, et une grande : si Christophe Guilluy rappelle qu’une majorité de Français trouvent qu’ “ il y a trop d’immigrés ”, ce n’est pas, comme le fait “ Valeurs actuelles ”, pour les stigmatiser, leur coller tous nos maux sur le dos. C’est pour mettre en lumière la responsabilité directe des politiques de gauche comme de droite dans ce phénomène… Ah oui ? Oh, mais il va falloir nous expliquer ça…

 

 

Quand la droite et la gauche planquent des pratiques de campagne communautaristes derrière un discours officiel républicain

“ Sur toutes (les) questions ethno-culturelles, indique le géographe au “ Nouvel Observateur ”, droite et gauche tiennent un discours officiel républicain mais ont des pratiques de campagne communautaristes. Or, aujourd’hui, les classes populaires se déterminent de plus en plus sur des questions identitaires. Donc, d’un côté, la gauche agite le spectre du racisme pour mobiliser les minorités, de l’autre la droite fustige l’islamisation pour séduire les “ petits Blancs ”. (…) Les électeurs musulmans (…) sont ancrés dans la tradition et réagissent exactement de la même manière que les “ petits Blancs ”. Depuis vingt ans, la réislamisation des banlieues d’un côté et le vote FN de l’autre sont les deux faces d’une même médaille. Aujourd’hui, chez les jeunes et dans les milieux populaires quelle que soit l’origine, la question identitaire est portée comme un étendard. Ces populations se nourrissent d’un bricolage ethno-culturel par effet miroir. Il marche pour tout le monde : le petit Blanc, le petit juif, le petit musulman, le petit Noir car l’identité, c’est aussi quelque chose que le regard de l’autre vous fait porter ”.

 

La France est devenue une société multiculturelle où “ l’autre ne devient pas soi ”

—“ C’est la fin du modèle républicain ? ” demande “ L’Obs ” à Christophe Guilluy. —“ Ce modèle assimilationniste est mort, répond le chercheur. On assiste à l’émergence de la société multiculturelle. Nous, Français élevés au biberon du républicanisme sommes très mal à l’aise avec cette réalité. Or, la société multiculturelle, c’est une société où l’autre ne devient pas soi. Si l’autre ne devient pas soi, j’ai besoin de savoir combien va être l’autre. La crainte d’être ou de devenir minoritaire est une angoisse identitaire quelle que soit l’origine. Sur cette question, on est tous fondamentalement pareils : le cadre, l’ouvrier, le musulman… On peut avoir un discours de gauche, de droite ou d’extrême droite mais on réagit de la même façon ”. Ah, elle ouvre des perspectives, cette analyse-là… Ne serait-ce que parce qu’elle nous met tous sur un pied d’égalité — cadres, ouvriers, Blancs, Noirs, arabes, catholiques, juifs, musulmans — face à une angoisse générée par le discours et l’incapacité des politiques de gauche comme de droite. C’est pas comme si on avait perdu notre temps, là : on dirait même qu’on a appris quelque chose, hmm ? Bonne semaine, les goulus de l’info, remâchez bien tout ça, un peu mais pas trop, comme il faut, quoi…

 

 

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