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La masse des études menées depuis 25 ans sur les OGM tendraient à prouver qu'ils ne modifient en rien les animaux de ferme qui les consomment
La masse des études menées depuis 25 ans sur les OGM tendraient à prouver qu'ils ne modifient en rien les animaux de ferme qui les consomment
©REUTERS/Stephane Mahe

Inoffensifs ?

Les OGM confortés : selon plusieurs études, rien ne distingue les animaux nourris aux aliments génétiquement modifiées

La masse des études menées depuis 25 ans sur les OGM tendraient à prouver qu'ils ne modifient en rien les animaux de ferme qui les consomment, et que nous mangeons ensuite. La thèse de l’innocuité pour l'homme s'en trouve renforcée.

Agnès Ricroch

Agnès Ricroch

Agnès Ricroch est maître de conférences hors-classe en génétique évolutive et amélioration des plantes à AgroParisTech. Elle est correspondante de l'Académie de l'agriculture de France et secrétaire adjointe de la section Sciences de la vie. Elle est également membre du groupe de travail en Ethique et Philosophe des sciences au Collège de France jusqu'en 2009, membre du comité du développement durable, du GIS (groupe d'intérêt scientifique) et bio-technologie végétale et membre de la société des gens de lettre. 

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Marcel Kuntz

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. Il est Médaille d'Or 2017 de l'Académie d'Agriculture de France

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

Marcel Kuntz n'a pas de revenu lié à la commercialisation d'un quelconque produit. Il parle en son nom, ses propos n'engageant pas son employeur.

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Atlantico : Un examen des études menées sur les effets d'une alimentation OGM sur les animaux a récemment été publiée dans le Journal of Animal Science. Cet article qui fait état des recherches sur le sujet estime que les performances et la santé des animaux nourris aux OGM et ceux qui ne le sont pas sont identiques. Existe-il aujourd'hui des risques avérés sur la santé des animaux alimentés aux OGM ? 

Agnès Ricroch : Il y a un niveau règlementaire avec des tests obligatoires au laboratoire, et il y a aussi la recherche publique qui réalise des tests sur des animaux de laboratoire ou de ferme selon différentes approches. Il n'y a pas d'inquiétude spécifique : ces risques sont évalués scientifiquement et les résultats publiés dans le Journal of Animal Science confirment nos compilations (revues de la littérature) de 2012 puis de 2013.

S’il existe des risques sur la santé, nous les aurions détectés avant même qu’ils soient commercialisés car ils sont testés. La réglementation est très drastique en Europe en raison des scandales passés comme la crise de la vache folle. 

Marcel Kuntz : Cette compilation de la littérature scientifique par Van Eenennaam et Young de l’Université de Californie n’est pas surprenante, car elle ne fait que confirmer les conclusions de synthèses antérieures, qui elles-mêmes étaient en accord avec des rapports comme celui d’Alain Rérat en 2003 (Rapport « OGM et santé » de l’Académie de médecine et de l’Académie de pharmacie), ou celui de l’Académie des sciences des Etats-Unis en 1987 qui affirmait qu’il n’y a pas de risques spécifiques liés aux OGM. 

Cependant, on ne comprendra pas la réalité du dossier des OGM si l’on reste dans le domaine de la biologie. Il faut des précisions historiques et politiques. Les opposants organisés aux OGM sont motivés par une objection de principe aux brevets et à l’intégration de l’agriculture dans l’économie mondialisée. Autrement dit, ils sont contre le capitalisme et assimilent les OGM à ce système économique. Au moment de la crise de la « vache folle », au milieu des années 90, ces organisations ont bénéficié d’une « fenêtre de tir » idéale, qui leur a permis de jouer sur les peurs alimentaires. En raison du succès politique de leurs allégations, ils ne veulent y renoncer, craignant de voir leur construction s’effondrer. 
 

Quelle est la différence entre un animal nourri aux OGM et celui qui ne va pas suivre un tel régime alimentaire ?

Agnès Ricroch : Pour mesurer le risque pour le consommateur (ou l'animal de ferme), les scientifiques utilisent la démarche comparative : des lots nourris  (rats animaux de labo ou porcs animaux de ferme) avec une plante OGM comparés aux lots nourris avec la plante non transgénique (non OGM), c'est une démarche normalisée basée sur les protocoles de l'OCDE. Si le produit est avéré sain, il est commercialisé.

Il y a également un suivi post-commercialisation car il existe une traçabilité des produits. Il n’y a par conséquent pas de différences entre les deux sinon ils ne seraient pas commercialisés.  

Marcel Kuntz : Il faut préciser que « les OGM » ne sont pas un mode de production agricole : ils sont utilisés par exemple par des grandes fermes en Amérique et par des petits producteurs de coton en Inde - qui n’ont quelquefois qu’un hectare. En fait, les OGM représentent un objet juridique créé en 1990 par une Directive de la Commission européenne, qui cible une nouvelle méthode d’amélioration variétale des plantes cultivées. La frénésie réglementaire concernant les OGM ne s’est pas interrompue depuis ! 

Des réalités techniques très différentes sont incluses dans ce cadre normatif. Scientifiquement, il est nécessaire de distinguer chaque OGM, cas par cas. C’est ce qui est réalisé dans les études mentionnées ci-dessus. Autre conséquence : s’il n’y a pas de différences observées aujourd’hui, on ne peut pas non plus généraliser dans ce sens. Une nouvelle variété devra être examinée elle-aussi quant à ses propriétés,  nutritionnelles par exemple. Sans en faire toujours plus, par idéologie précautionniste.
 

Quels sont les avantages que présente une alimentation animale à base d'OGM ?  

Agnès Ricroch : Les avantages sont pour les agriculteurs car les produits sont plus résistants pour l’environnement de l’agriculture. Il y a des recherches qui portent sur les produits qui seraient enrichis. Par exemple, pour les porcs qui rejettent du phosphore, ce qui n’est pas bon pour l’écosystème donc les produits OGM qui leur sont donnés diminuent ce rejet. Ces projets font encore, à l'heure actuelle, l’objet de tests.

Marcel Kuntz : Là aussi, il faut distinguer au cas par cas, en fonction des propriétés d’une variété de plante donnée, quelle que soit sa méthode d’obtention – celle ciblée par la réglementation « OGM », comme les autres méthodes de « modifications génétiques » couramment utilisées pour produire de nouvelles variétés de plantes. Un caractère génétique avantageux pour les animaux de ferme est par exemple l’augmentation de la teneur du grain de maïs en lysine, un constituant indispensable des protéines. Mais cela concerne un OGM et non pas les OGM.  

Les études en question s'étendent de 1983 à 2011. D'un point de vue scientifique, si aucune différence n'a été soulignée entre les animaux nourris aux OGM et les autres, dispose-t-on de suffisamment de recul pour en tirer des conclusions définitives ? 

Agnès Ricroch : Le risque zéro n’existe pas. De nombreux travaux ont été menés sur les OGM et paradoxalement les OGM font l’objet de beaucoup de tensions. Les nombreuses crises comme la vache folle ou la viande de cheval qui sont survenues en Europe ont accentué cette crainte. De ce fait, il y a une méfiance qui s’est installée et les tests sur les OGM n’ont fait qu’augmenter. Alors que pour les OGM, il y a eu plein de travaux scientifiques conduits, les OGM sont l'objet d'un luxe de précaution, et c'est tant mieux. Les scientifiques ont été largement mobilisés et des recherches, nombreuses, ont été financées par l'UE, notamment. L'UE a financé des programmes européens, pour 130 millions d'euros. C’est un budget colossal !

Les OGM sont commercialisés depuis 17 ans mais cela fait 25 ans que nous faisons des tests sur ce type de produits. Depuis tout ce temps, il n’y a pas eu de problèmes sur la santé, ni de rapports des abattoirs pour pointer un dysfonctionnement, ni de rapports vétérinaire. La question se pose de la légitimité de toutes ces recherches.

Marcel Kuntz : La science ne peut prouver ce qui ne relève pas de son domaine, comme appuyer une demande politique de « risque zéro ». En fait, la demande sociétale est peut-être moins une prédiction de ce type que de savoir à qui faire confiance. Et c’est là que le bât blesse ! Quelle crédibilité peut avoir un travail scientifique aux yeux des citoyens qui s’estiment par ailleurs régulièrement trompés par leurs Elus. De plus, ces derniers – qui se savent décrédibilisés – ont cru bon de reculer de manière répétitive sur le dossier des OGM depuis 1997, croyant ainsi protéger leurs arrières – et leur carrière. Cela a sans doute contribué à amplifier le doute envers l’action publique en matière de sécurité alimentaire. 

Concrètement, peut-on en tirer des conclusions sur la dangerosité pour les humains ? 

Agnès Ricroch : Tout ce qui est commercialisé est testé méticuleusement. Il peut toujours y avoir des risques mais il faut reconnaître qu’ils sont minimes car il y a des évaluations obligatoires. Depuis 25 ans, on n'a pas vu de problèmes sur la santé. On ne peut pas démontrer le risque zéro, mais la traçabilité permet d'identifier rapidement un risque (signes vétérinaires, aux abattoirs, etc.), surtout chez les OGM, il serait donc possible de remonter très rapidement à la source.

Marcel Kuntz : Ironie de l’histoire, alors que les opposants argumentent sur des effets inattendus des OGM, qui à leurs yeux ne peuvent être que délétères, la propriété non intentionnelle constatée chez les maïs résistants à certains insectes ravageurs s’est avérée bénéfique ! Etant moins blessées par ces insectes, ces variétés se trouvent également moins infectées par les champignons microscopiques. Comme certaines de ces moisissures produisent des molécules (mycotoxines) qui sont un vrai problème de santé publique, certains OGM contribuent à réduire ce risque.

Arrêtons de nous faire peur au sujet de nos assiettes ! Ce qui devrait nous inquiéter, c’est les conséquences politiques de la  perte de confiance dans l’action publique et, conséquemment, la montée des populismes. Sans surprise, ces populistes – d’extrême-droite, comme d’extrême-gauche – ont repris la rhétorique anti-OGM ! 
 

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