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Le dernier loup, film de Jean-Jacques Annaud
Le dernier loup, film de Jean-Jacques Annaud
©DR

Revue de blogs

Le dernier des loups : derrière le film, une histoire compliquée

Le nouveau grand succès de Jean-Jacques Annaud nous offre les délices des grands espaces, des chamans, des loups beaux et libres, un romantisme écologique qui n'est pas tout à fait ce que les Chinois voient dans les steppes mongoles.

Que c'est bon, de survoler de superbes steppes, que c'est beau, des prises de vues époustouflantes faites depuis des drones de meutes de loups pourchassant les gazelles. Le film de Jean Jacques Annaud est le bol d'air écologique qu'il nous fallait, et la production fournit des adjuvants nécessaires pour se replonger dans la magie avec des séquences du making off.

L'autre histoire du film, et du livre dont il est tiré, est tout à fait différente, elle aussi passionnante, mais bien moins tracée au cordeau, et beaucoup de blogs consacrés à la Chine l'ont rappelé. A savoir si vous en parlez avec des amis chinois,ou si vous abordez le sujet en Chine. "Le dernier loup" a d'abord été un livre, le livre-record, le plus vendu depuis le petit Livre rouge de Mao. Le blog My Chinese book (qui trouve le film très beau, et estime que le livre s'est vendu à 5 millions d'exemplaires, probablement 15 en comptant les copies piratées, en Chine ) rappelle d'abord que la Mongolie réelle et actuelle a mal tourné:

"il convient qu’un tel film finisse plutôt « bien », ce qui n’a rien à voir avec la réalité de ce qu’est devenu la Mongolie intérieure, quarante ans après, avec des zones éventrées par des mines de charbon et des vallées qui se désertifient et génèrent les tempêtes de sable qui atteignent même Pékin."  

Mais c'est surtout l'histoire politique très controversée de ce livre qui jure sur les beaux sentiments du film.

"Les thèmes politiques sous-jacents sont importants et notamment l’antagonisme entre pasteurs nomades et cultivateurs. Les Mongols sont des loups, comme l’ont montré leurs conquêtes territoriales dans l’histoire et leur contrôle périodique du pouvoir chinois. On comprend pourquoi le livre a failli être interdit (ndlr: en Chine) :" Les Hans  (les Chinois) n’avaient-ils pas traversé une grande partie de leur histoire en vivotant au jour le jour, retranchés derrière la Grande Muraille, quémandant la paix par le biais de mariages ou de tributs, quand ce n’était pas tout simplement par la capitulation. Et le pire, c’est de compter uniquement sur la reproduction pour perpétuer la race. » (p.153) Pour les conservateurs, l’auteur est un traître On peut remarquer que ce passage, comme d’autres du même style, ne figure pas dans la traduction anglaise de Howard Goldblatt, publiée en Chine par Penguin ! "

 

Lu Jiamin, Image du site Unidivers.fr

Unidivers.fr revient sur l'histoire de l' auteur, le héros du film. Son livre a été le fruit d'une histoire personnelle tellement chaotique que l'on comprend pourquoi il ait longtemps gardé l'anonymat. Et ce qui fait aussi penser que l'accord et l'encouragement donnés par la Chine à la réalisation de ce film révèle un tournant dans la prise en compte du concept de la protection de l'environnement par les autorités.

"En 2007, trois ans après la publication de son livre que l’auteur, sous la pression des réseaux sociaux et après l’obtention du Prix Man de littérature asiatique, a fini par dévoiler son identité. Derrière ce pseudo emprunté à un ancien empereur nomade, se cache Lu Jiamin, professeur de sciences politiques à l’université de Pékin, marié à la célèbre romancière Zhang Kangkang (« la marguerite Duras chinoise » selon Jean-Jacques Annaud).

Né en 1946 dans la province de Jiangsu, non loin de Shanghai, Jiang Rong a grandi entre deux fortes personnalités. Sa mère, issue d’une famille de mandarins lettrés, adhéra au Parti communiste chinois clandestin de Shanghai dès sa création. Elle a donné sa vie à la révolution.(...)Le père veuf, haut fonctionnaire du ministère de la Santé et vétéran de la guerre contre le Japon – d’où il est rentré handicapé – déménage avec son fils à Pékin. Considéré comme une « sommité académique anti révolutionnaire » il subit des brimades. 

Bande annonce du film 'Le dernier des loups'

 

Pas étonnant que le fils manifeste vite des velléités de rébellion À 18 ans, il passe en conseil de discipline dans son lycée pour avoir rédigé une affiche critique à l’égard du régime: « C’était la première des quatre condamnations dont j’ai fait l’objet comme contre-révolutionnaire ». Déboussolé, Jiang Rong finit par rejoindre les Gardes rouges. Il ne jure plus que par le Petit Livre rouge et veut, lui aussi, éradiquer « les quatre vieilleries » (vieilles pensées, vieilles cultures, vieilles coutumes, vieilles habitudes). En 1967, alors que les livres sont confisqués et brûlés, il se porte volontaire pour la campagne… et embarque clandestinement ses auteurs préférés. Durant onze ans, Jiang Rong partage la vie des nomades, s‘immerge dans leur culture et développe une fascination pour les loups.

Comme son héros Chen Zhen, il a adopté et élevé un louveteau. Une expérience qui le marque à jamais. Plusieurs fois condamné, notamment en 1989, pour avoir défilé place Tian’anmen, il est interdit de publication, y compris dans le cadre de ses activités d’enseignant. Alors, il se lance dans l’écriture de son roman. Sans jamais envisager de quitter son pays, jure-t-il : « J’ai toujours voulu continuer à me battre pour faire évoluer le régime. Il y a dix ans, ce livre ne serait jamais sorti en Chine et je serais parti en prison. C’est la preuve que mon pays a bougé ». Aujourd’hui âgé de 68 ans, Jiang Rong est toujours aussi préoccupé par l’image des loups dans l’imaginaire et reste un fervent défenseur de l’environnement.

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