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La vérité sur le recyclage : que se passe-t-il quand vous jetez un pot de yaourt soigneusement lavé dans la poubelle réservée au plastique ? (et pourquoi ça pourrait changer)

Certains plastiques ne peuvent être mis dans la poubelle de plastique. C'est compliqué mais les services de recyclage y trouvent leur compte.

Stéphane Bernhard

Stéphane Bernhard

Docteur en droit - Consultant spécialisé sur les questions environnementales.

 

 

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Atlantico : Pourquoi, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, ne doit-on pas jeter les sacs plastiques ou les emballages alimentaires tels que les pots de yaourts dans les poubelles dédiées au plastique et au papier ?

Stéphane Berhnard : Cela est peut être dû au fait que les personnes font une confusion sur la signification du point vert  qui est présent sur tous nos emballages. Celui-ci ne veut pas dire que l’emballage est recyclable ou doit être trié, mais juste que l’entreprise a versé une contribution financière à l’éco-organisme qui supervise le tri des déchets d’emballages : la société Eco-Emballages.

Par ailleurs, les consignes de tri des emballages plastiques ne sont pas toujours très bien comprises et assimilées par les habitants, car elles sont complexes, et dépendent de l’endroit où l’on réside ! Dans le doute, on choisit de trier alors qu’il vaut mieux faire l’inverse.

Cela cache-t-il une mauvaise volonté des industries de recyclage ou des industries alimentaires?

Pendant très longtemps, les professionnels du recyclage, Eco-Emballages en tête, ont considéré qu’il n’était pas rentable de recycler certains emballages en plastique (notamment les pots de yaourts, les films ou les sacs plastique) car ils prennent beaucoup de place pour peu de matière à récupérer. On mettait donc en avant des problèmes logistiques, ce qui pouvait être déploré par les associations de protection de l’environnement. Le discours est cependant en train d’évoluer, et l’on se dirige désormais vers ce que l’on appelle une extension des consignes de tri ; à terme, tous les emballages plastiques devraient pouvoir être mis dans la poubelle jaune, ce qui sera beaucoup plus simple pour les gens.

Le Syndicat Intercommunal de Traitement des Ordures Ménagères du Rhône mène actuellement une expérience auprès de 30 000 habitants, visant à permettre le recyclage de certains emballages alimentaires comme les pots de yaourts.  En quoi consiste-t-elle exactement et qu'apporte-t-elle de nouveau ?

C’est un exemple de collectivité qui met en place l’extension des consignes de tri pour les emballages plastiques. Cela simplifie donc les choses pour les habitants, qui n’ont plus à réfléchir sur la consigne de tri, et cela va augmenter le recyclage du plastique.

Comment s'effectue le tri entre les produits recyclables et les autres, après le stade du tri sélectif par chaque foyer ? Que coûte actuellement à la collectivité, au-delà du temps perdu par chacun à faire un tri sélectif inutile, l'impossibilité de recycler certains produits qu'on jette dans les poubelles destinées à des produits recyclables ?

Les emballages usagés que l’on a triés (et qui vont dans la poubelle généralement de couleur jaune) vont être acheminés jusqu’à un centre de tri. Il en existe plus de 200 répartis sur le territoire, plus ou moins automatisés. Lorsqu’une personne n’a pas respecté les consignes de tri en mettant des emballages qui ne se recyclent pas, on parle de refus de tri. Suivant les villes, le coût généré peut être important : il va falloir ré-acheminer ces déchets qui ont fait l’objet d’une erreur d’aiguillage. Et il ne faut pas perdre de vue que ce sont les citoyens qui financent le dispositif à deux niveaux : en achetant le produit emballé (le point vert dont on a parlé), et au niveau de la fiscalité locale (on paie ce qu’on appelle la TEOM – taxe d’enlèvement des ordures ménagères, ou la REOM – redevance d’enlèvement des ordures ménagères).

Quelle part des emballages potentiellement recyclables est-elle réellement recyclée à l'heure actuelle ? Cette proportion a-t-elle évolué avec le temps ?

Les résultats sont très différents suivant le type de matériau. Si les emballages en verre obtiennent de très bons résultats (85 %), il n’en est pas de même pour l’aluminium (35 %)  et pour le pastique qui stagne à 23 %. Ces pourcentages sont plutôt en augmentation ces dernières années suite aux efforts de sensibilisation menés par les différents acteurs (Eco-Emballages, collectivités territoriales, associations, ...), mais il reste encore du chemin à parcourir : beaucoup de pays sont bien plus performants que nous !

Peut-on espérer un changement notable de la réalité du recyclage, et donc une meilleure efficacité du tri sélectif ? Recycler plus coûtera-t-il plus cher au contribuable ou cela pourrait-il entraîner des économies substantielles ?

Recycler permet de récupérer des matériaux qui vont être revendus (plastique, verre, carton, aluminium, ...). Dans une optique de raréfaction des matières premières, c’est beaucoup plus pertinent que l’incinération (ou l’enfouissement qui est encore pratiquée par endroits !). Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que l’objectif premier demeure la prévention : limiter sa consommation d’emballages est le moyen le plus efficace pour diminuer le coût des déchets ! Ce qui est bon pour l’environnement est alors également bon pour le porte-monnaie, on est dans du gagnant-gagnant.
 
Propos recueillis par Clémence Houdiakova

 

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