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A la Une de L'Equipe, Camille Mufat, championne du 400 m nage libre, a été éclipsée par les garçons, également médaillés d'or, du relais 4X100 mètres.

Revue de blogs

JO de Londres : Cette Une de l’Équipe jugée sexiste par les fans de la nageuse Camille Muffat

Pluie de médailles pour les nageurs français, très à l'aise sur les réseaux sociaux. Leurs fans n'hésitent pas à dénoncer le manque d'intérêt des médias pour la nouvelle championne olympique de 400m nage libre.

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Yannick Agnel, photo tirée de son site personnel 

La première chose qui frappe est à quel point nos nouveaux champions olympiques sont "cool" face au podium. Et naturels, et gentils. Ils expédient aimablement leurs interviews, à peine essoufflés, avant de probablement rebrancher leurs oreillettes iPod dans les vestiaires. Cette nouvelle génération de champions est très à l'aise sur Internet. Yannick Agnel a même  remercié à la télévision les personnes qui le suivent sur Twitter et Facebook, et les appelle ses "propulseurs". 

Yanniiiiick !

Yannick Agnel a son site officiel, qui débute par un aquatique : "Il est important de noter que ces pages web ont un parfum de chlore. Y rester trop longtemps provoquerait une irrésistible envie de nager." Toutes les photos qui vont orner les chambres d'ados y sont, assorti d'une page Facebook où sa médaille a été saluée de 1 102 commentaires à ce jour, que l'on peut imaginer : "Juste waou !".

Son compte Twitter est vraiment actif et perso, avec une bio assez haut de gamme : "Olympien impétrant, squale de piscine municipale". Ses derniers tweets post-médaille : "Merci à vous tous pour vos messages... C'est magique", "C'est un rêve de gosse qui se réalise, un bonheur indescriptible ... ". Dans ses retweets, on trouve la musique de Conan le barbare (pour la motiv'), la vidéo des concurrents américains, et on apprend aussi qu'il a cassé trois écrans d' iPod en deux mois. Impression générale confirmée par la bio : simplicité, plaisir, bonheur.
 

Camille Muffat 

Camille Muffat, photo de sa page Facebook officielle

Camille Muffat, qui explose sur un fond bleu monopolisé jusque là par Laure Manaudou, est sur Facebook comme à la ville : modeste et réservée. Elle a changé sa photo de couverture de sa page Facebook. On la retrouve enveloppée du drapeau français, et de bonheur: "Je n'ai pas de mots pour décrire ma joie, c'est un rêve qui se réalise ce soir. Merci à tous pour votre soutien, j'avais a cœur de ne pas me décevoir et ne décevoir personne non plus." Avant le départ pour Londres, elle avait partagé en photo le contenu de sa valise olympique. Là encore, un parfum de "grande fille toute simple".

La Une qui fâche 

Moins "bisounours" est la réaction qu'elle a provoqué chez des twitteuses et blogueuses au lendemain de sa médaille d'or, et alors que deux épreuves clés l'attendent encore. Pourquoi a-t-elle été éclipsée par les garçons du relai 4x100 mètres, et particulièrement en première page de L’Équipe ?

 

 La Une de L'Equipe qui n'a pas plu aux filles : Camille Muffat reléguée en photo-médaillon

@Bullesdeflo a réagi au quart de tour sur Twitter : "Bah alors , 90% de votre une réservés au 4x100m hommes et une pauvre vignette pour Camille Muffat ? Ça va le sexisme en 2012 ?Graine de sportive partage l'irritation :  "Le 400 mètres nage libre a sa nouvelle reine : Camille Muffat. Un nom qui mérite la UNE et en gros s’il vous plait !"

Fabienne Broucaret, sur son blog Sportissima, n'en est pas revenue : "Ce matin [lundi, ndr], en allant au kiosque, je pensais que L'Équipe allait diviser sa Une en deux : moitié Camille Muffat, moitié relais hommes. Et bien non,  L'Équipe fait sa Une sur le relais masculin, reléguant Camille Muffat dans un coin en tout petit. Alors qu’il s’agit de la même couleur de médaille, de la même discipline, du même exploit. Et je ne parle même pas de Céline Goberville et de Priscilla Gneto, elles aussi médaillées hier, mais absentes de cette Une. Trois médailles pour les filles, une pour les hommes, et toujours pas la même médiatisation."

Le post de Sportitude.fr, "Cette Une qui fâche les filles", a fait mouche, preuve que la disparité en a irrité plus d'une :  il a été partagé 538 fois sur Twitter. Sportitude a interviewé Fabienne Broucaret, auteure justement d'un livre sur le sexisme dans le sport (Le sport féminin – Le sport, dernier bastion du sexisme, éditions Michalon. Lire les bonnes feuilles de ce livre sur Atlantico). "Camille Muffat a réalisé un exploit de la même ampleur que le relais masculin. Elle a gagné l’or, comme eux, en natation, comme eux. Or, ils occupent la Une de L'Équipe, seuls avec d’immenses photos, elle est reléguée dans un petit carré. C’est énervant et décourageant : cela montre bien que faire de belles performances ne suffit pas pour que les championnes existent sur la scène médiatique".

Elle rappelle que "les athlètes françaises sont de meilleurs pourvoyeuses de médailles que les hommes, proportionnellement au nombre d’engagées … Et pourtant les disparités sont énormes, dans la presse, sur la fiche de paie et sur la nécessité, pour les femmes, d’être un peu plus que d’excellentes sportives. Dans la majorité des cas, il faut aussi qu’elles soient belles."

Terra Femina avait abordé récemment l'éternel mais maintenant énervant second rôle du sport féminin dans "Les femmes, athlètes précaires des Jeux'". Où l'on apprend qu'en raison de cette moindre audience et intérêt, des sportives même plus médaillées que les hommes voyagent en seconde classe - et eux en business - et qu'il n'y a, aujourd'hui comme hier, qu'un échappatoire vers le succès médiatique et les contrats : la plastique, le glamour, voire la nudité.

En 1912, Pierre de Coubertin avait proféré les énormités de son temps : "les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs." Aujourd'hui, ils peuvent être l'occasion de gagner quelques mètres vers la parité.

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