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Google donne l’accès au Musée de l'Hermitage à Saint-Petersbourg.

La minute "Tech"

Google vous invite dans sept grands musées

Avec Art Project, relié à dix sept grands musées ou galeries prestigieuses, Google est peut être en train de réhabiliter une mission modérément assumée par la télévision: l’accès à la culture.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Rien de ce qui se laisse numériser n’échappe à Google, sauf la musique captée et redistribuée par Apple.  Reste que le moteur de recherche est devenu,  lui aussi, un énorme distributeur de contenus : informations, livres.  Et maintenant,  chefs d’œuvre de l’art visuel dispersés dans le monde entier.

Le musée des musées du monde

L’ergonomie du site Art Project  stimule la curiosité. L’internaute choisit d’abord un musée ou une galerie à New York, à Londres, Versailles ou Berlin.  Au seuil de l’institution, il a le choix entre la découverte des lieux ou une rencontre directe avec les œuvres.  S’il opte pour l’exploration du musée, la technologie de visualisation interactive à 360 degrés – qui sert aux fameuses « Street Views » – lui permet une déambulation, certes  virtuelle, mais  ô combien précieuse puisque vous êtes seul, en visite privée : la National Gallery de Londres, rien que pour vous … Le privilège de se retrouver d’emblée, face aux « Ambassadeurs »  d’Holbein vaut bien les inconvénients de l’écran trop petit. Donc, le curseur de la souris se promène librement, histoire d’inventorier ou, simplement, de « se faire une idée ». Pas question de se perdre : un plan de chaque édifice est disponible.

Couple de Frans Hals

Si, à Amsterdam par exemple, le regard est accroché par le lit jaune de la chambre de Van Gogh, la navigation peut devenir  transversale et thématique. Il suffit de consulter juste au-dessus du tableau de départ la liste des autres œuvres de Vincent : « Le long de la Seine », « Le pont sous la pluie », « L’absinthe ». Un autre voyage. 

Pour ceux qui veulent encore mieux comprendre les chefs d’œuvre, la fonction zoom valorise les textures, les aplats au couteau ou les empreintes du pinceau. Les explications en profondeur sur une œuvre ou sur un artiste se consultent sur place d’un clic ou d’un autre clic sur les vidéos dédiées par YouTube.

Certains tableaux visionnaires hantent l’imaginaire à la manière de phantasmes. C’est le cas de « La Naissance de Vénus ».  A défaut de foncer à Florence pour s’acheter une reproduction sous forme de poster, Google propose une consolation : la possibilité de devenir collectionneur virtuel en partageant – et donc en sauvegardant – par capture d’écran, par courriel, ou sur les réseaux sociaux le lien vers l’œuvre qui fascine

Au-delà des clics, l’autre interactivité

Walter Benjamin, qui a théorisé naguère sur l’inaccessibilité de l’œuvre d’art notamment à cause des techniques de reproduction, hausserait  les épaules. André Malraux saluerait peut-être dans l’initiative de Google une justification  concrète de son « Musée imaginaire » :  Art Project est bien l’espace de confrontation de toutes les œuvres d’art dont il rêvait il y a plus de soixante ans.

Que les pixels dressent, comme l’aurait affirmé Benjamin, un filtre entre l’amateur et l’œuvre véritable, c’est possible. De même, les visites virtuelles proposées par Google sont peut être les extensions des invasions de touristes que Malraux déplorait dans les salles de musées.

Les dîneurs de Vélasquez

Sauf que…Quand on se retrouve seule en face des « Dîneurs » de Velasquez (Musée de l’Hermitage), sans les  bousculades et sans les remarques des autres visiteurs; quand on observe les deux jeunes convives rigolards dont un est peut-être l’auteur du tableau, on entre en contemplation, en dialogue silencieux à travers les siècles.  Même conversation avec le « Couple » de Frans Hals  (Rijksmuseum). Car il y a dans ces tableaux des instants saisis et fixés qu’un Polaroid ou un appareil numériques auraient pu fixer. Et que quelques clics restituent comme par magie. C’est l’autre interactivité, celle qui enrichit l’acte de cliquer sur des liens hypertexte.

Du point de vue de la familiarité avec l’art, et compte tenu de l’appauvrissement des contenus culturels sur l’autre écran, les « Guignols » ont bien raison de railler les audiences passives en les accueillant par cette apostrophe assénée soir après soir :« Vous regardez la télévision, l’ancêtre d’Internet ».

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