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Crédits Photo: Reuters
Avant samedi aucun incident n'avait été relevé en France en lien avec le film "Innocence of Muslims" qui décrit l'islam comme un "cancer" et a embrasé le monde musulman.

Post-printemps arabe...

Film anti-islam : Copé et Fillon réclament des explications, la majorité se défend

François Fillon et Jean-François Copé ont accusé la majorité de tolérance vis-à-vis de la manifestation de salafistes, samedi à Paris. Jean-Marc Ayrault a répliqué que le rassemblement "était interdit" et que "les policiers ont fait leur travail".

Lire aussi sur ce sujet : Quand les salafistes ont besoin du grand méchant Satan américain

[Article mis à jour lundi 17 septembre à 6h30]


François Fillon a demandé dimanche à François Hollande "des explications sur le fait que le préfet de police de Paris ait toléré une manifestation de salafistes devant l'ambassade des Etats-Unis à Paris". Des propos qui ont "choqué" le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui a répondu que le rassemblement "était interdit" et que "les policiers ont fait leur travail". "Le gouvernement a l'intention de faire preuve de fermeté. Les musulmans de France respectent la République et il n'est pas question d'importer ce conflit du fait d'éléments minoritaires", a par ailleurs affirmée le chef du gouvernement. 

Dans la foulée, le préfet de Paris, Bernard Boucault, a répondu par communiqué qu'"aucune manifestation n'a été ni déclarée, ni tolérée le samedi 15 septembre à Paris". Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a aussi répliqué par communiqué : pour lui, les propos de François Fillon répondent à "des impératifs partisans" et ne servent "qu'à alimenter une polémique inutile au moment où un esprit de rassemblement devrait s'imposer au sein de notre nation".

Jean-François Copé a lui déclaré au 20h de TF1 : "Je souhaite évidemment que toute la lumière soit faite sur les raisons qui peuvent expliquer qu'une telle manifestation non autorisée puisse se réaliser en plein Paris, à quelques mètres de l'Elysée !".

 

Dimanche, à la mi-journée, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a dénoncé sur France 2, la manifestation anti-américaine tenue la veille près de l'ambassade des Etats-Unis à Paris, qui a conduit à l'interpellation d'environ 150 personnes protestant contre une vidéo islamophobe, "Innocence of muslims" ("L'innocence des musulmans"). Cette manifestation est inacceptable" et ses participants "caricaturent l'islam tel qu'il est pratiqué dans notre pays", a déclaré Manuel Valls, qui a prévenu qu'il ne tolérerait pas les "prières de rue" et la présence de "femmes voilées entièrement" dans la rue.



Entre 200 et 250 personnes ont pris part samedi à ce rassemblement non déclaré et 152 ont été interpellées pour contrôle d'identité. Un mineur a été placé en garde à vue, soupçonné de violences contre des policiers dont quatre ont été légèrement blessés.

Parmi les manifestants, de nombreux hommes, dont certains habillés à la mode salafiste, mais aussi des jeunes vêtus de manière plus classique, venus de banlieue ou de province. Des ressortissants égyptiens, tunisiens ou syriens figurent aussi parmi les personnes interpellées, a précisé à l'AFP une source policière. Selon Manuel Valls, "il n'y avait pas que des jeunes", mais aussi "des petits groupes agissant que nous connaissons dans nos quartiers, qui prônent un islamisme radical".

La manifestation non déclarée a débuté vers 16h30, "aux alentours de l'ambassade des Etats-Unis", a expliqué une source policière. Ils "ont été maintenus au niveau des Tuileries" mais "des petits groupes se sont ensuite éclatés" notamment en direction du ministère de l'Intérieur et de l'Elysée, tout proches où d'importantes forces de police étaient présentes, notamment en raison des Journées du patrimoine.

Beaucoup des jeunes présents expliquaient s'être déplacés après avoir reçu des SMS ou des tweets, tels celui envoyé par un jeune Parisien, annonçant un "rassemblement uniquement pour les frères". Dès vendredi, une jeune femme relayait l'appel pour le lendemain à 15 heures, appelant ses "followers" à venir "nombreux" pour "dénoncer le film sur notre prophète".



Depuis plusieurs jours, ce sont des dizaines de milliers de musulmans qui manifestent à travers le monde pour dénoncer "Innocence of Muslims". Samedi, des troubles ont même éclaté en Australie et en Belgique, où 120 personnes ont été interpellées à Anvers, à l'issue d'une manifestation

Dans le monde arabo-musulaman, les manifestations de colère étaient moins nombreuses samedi, au lendemain d'une journée de violences qui ont fait selon un dernier bilan au moins huit morts vendredi en Tunisie, au Soudan, au Liban et en Egypte. Mais la situation reste tendue, alors que la branche yéménite d'al-Qaïda a appelé samedi à de nouvelles attaques contre les ambassades américaines. Les Etats-Unis ont d'ailleurs ordonné l'évacuation de tous leurs personnels non-essentiels de Tunisie et du Soudan. Ils déconseillent également à leurs ressortissants de se rendre dans ces pays.

L'auteur supposé du film anti-islam qui a déclenché des violences à travers le monde musulman, a été conduit dans un commissariat de police américain tôt samedi matin pour être entendu, a indiqué une télévision locale américaine. Selon l'antenne locale de NBC News, Nakoula Besseley Nakoula a été escorté par les adjoints du shérif en dehors de son domicile, à Cerritos (Californie), peu après minuit, pour être entendu par des agents fédéraux concernant sa liberté conditionnelle. 

En février 2009, l'homme avait été mis en examen pour escroquerie bancaire. Le dossier d'inculpation l'accusait, lui et d'autres personnes, d'avoir obtenu frauduleusement les identités et les numéros de sécurité sociale de plusieurs personnes, et d'avoir retiré une somme de 860 dollars. toujours selon NBC News, Nakoula a aussi purgé une peine d'un an de prison après avoir plaidé coupable pour possession de métamphétamines et l'intention d'en produire, en 1997.



Vendredi, des dizaines de milliers de musulmans ont manifesté, notamment dans le monde arabe, pour dénoncer un film dénigrant l'islam, réalisé aux Etats-Unis, et qui a déclenché de nouvelles violences faisant au moins huit morts en Tunisie, au Soudan, au Liban et en Egypte. Ce film, dont des extraits ont été mis sur YouTube et dans lequel les musulmans et le prophète Mahomet sont présentés comme immoraux et brutaux, a enflammé la rue mardi en Egypte et en Libye, avant que les protestations, visant notamment les ambassades américaines, ne s'étendent à d'autres pays.

Dans ce contexte, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qualifiant le film de "répugnant", a appelé "au calme et à la raison", alors que le pape Benoît XVI, en visite au Liban, demandait aux juifs, musulmans et chrétiens d'"éradiquer" le fondamentalisme.

Les Etats-Unis "tiendront bon" face aux violences dirigées contre leurs ambassades et leurs ressortissants dans le monde arabo-musulman, a averti le président américain Barack Obama. Sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton a souligné que les pays du Printemps arabe ne s'étaient pas affranchis de la "tyrannie d'un dictateur" pour se retrouver sous celle "des foules", en allusion aux violences antiaméricaines dans le monde musulman.

Nakoula Basseley Nakoula, un copte habitant la Californie qui affirme être le producteur du film, a déclaré vendredi à la station américaine en arabe Radio Sawa n'avoir aucun regret. "Oui, je me sens coupable" des violences provoquées par le film, a-t-il dit. Mais "l'Amérique (...) n'a rien à voir" avec ce film. Cet homme est  sous le coup d'une condamnation pour fraude.

- En Tunisie, les manifestants ont réussi à pénétrer dans la cour de l'ambassade des Etats-Unis, à Tunis. Trois personnes sont mortes au cours d'affrontements avec les forces de l'ordre. A Tunis, au moins un millier d'islamistes ont pris d'assaut l'ambassade américaine. Des vitres ont été brisées. Un drapeau noir et un autre blanc, aux couleurs de la mouvance salafiste a été érigé à la place du drapeau américian. Les manifestants ont aussi incendié des bâtiments de l'école américaine située à proximité de l'ambassade.


- Au Soudan, des gardes postés sur le toit de l'ambassade américaine à Khartoum ont tiré en l'air dans l'après-midi, alors que des centaines de manifestants se sont approchés de l'ambassade. Une dizaine sont entrés dans l'enceinte. Deux manifestants sont morts. Un premier, tué écrasé par un véhicule de la police. Le second a été découvert, maculé de sang, au pied de l'enceinte.

- Au Liban, un manifestant a été tué et 25 autres blessés dans le nord du pays, dans des heurts entre forces de sécurité et des islamistes qui avaient incendié un fast-food américain. 

- Au Caire, en Égypte, un manifestant a été tué dans les affrontements avec les forces de l'ordre aux abords de l'ambassade américaine. 53 policiers ont été blessés, selon l'agence officielle Mena. Le président égyptien Mohamed Morsi a condamné le film tout en dénonçant les violences qu'il a engendrées. Les Frères musulmans ont retiré leur appel à manifester à travers tout le pays, mais des manifestants ont continué toute la journée à affronter la police près de l'ambassade américaine.

- Au Yémen, la police a dispersé des manifestants qui tentaient de s'approcher de l'ambassade américaine à Sanaa. Les policiers ont tiré en l'air et fait l'usage de canons à eau et de grenades. Finalement, les quelques 3 000 manifestants se sont dispersés dans le calme.

- En Irak des milliers de personnes sont également descendues dans la rue en Irak, dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et à Jérusalem-Est occupé et annexé par Israël, ainsi qu'en Iran.

- En Syrie, près de 200 manifestants ont organisé un sit-in de protestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Damas. Silencieux, les manifestants portaient des pancartes dénonçant le film.

- En Iran, des milliers de personnes se sont rassemblées à Téhéran aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël".

- En Mauritanie, une manifestation a également eu lieu à proximité de l'ambassade américaine.

- Au Maroc quelques deux cents salafistes ont manifestés près de Rabat, déchirant et brûlant des drapeaux américains.

Cette vague de protestations a touché également le Nigéria, le Kenya, l'Irak, l'Inde, la Palestine, Israël et le Pakistan.

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