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Menace

Al Qaïda plus puissant qu'après le 11 septembre 2001 ?

Le réseau terroriste aurait plus d'influence et de militants qu'en 2001.

Le réseau Al Qaïda est plus fort que lorsqu'il a réalisé les attaques du 11 Septembre 2001 aux USA. C'est la thèse défendue par Leah Farrall, un spécialiste du contre-terrorisme, qui a été analyste pour la police australienne. Farrall développe son point de vue dans le numéro mars/avril de la revue Foreign Affairs publié par la fondation américaine Council on Foreign Relations.

Malgré la guerre sans merci menée contre Al Quaïda depuis dix ans, l'organisation a réussi à s'implanter durablement et à étendre son influence. Depuis qu'elle a quitté l'Afghanistan pour se réfugier dans les zones tribales à la fin de l'année 2001, l'organisation a implanté des filiales régionales dans la péninsule arabique, ou lié des contacts et recuté des organisations affiliées en Irak et au Magheb. Aujourd'hui, elle comprendrait donc plus de membres, elle aurait une répartition géographique plus large, un niveau de sophistication plus élevé, et une influence plus grande estime Farrall.

Pourtant beaucoup d'observateurs estiment que cette organisation est en déclin. Exemple avec un article paru en janvier 2010 dans le magazine Jeune Afrique qui explique "Très affaiblie par neuf ans de harcèlement militaire, la nébuleuse terroriste n’est vraisemblablement plus une organisation structurée." en ajoutant "L’appellation d’Al-Qaïda « n’est plus aujourd’hui que le label diffus d’un mouvement qui s’attaque à l’Occident, estime Marc Sageman, un psychiatre qui étudie depuis longtemps les réseaux terroristes. Il n’y a pas d’organisation coordinatrice. Nous aimons à imaginer une entité mythique appelée Al-Qaïda, mais ce n’est pas la réalité à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés »".

Mais quand ils portent ce jugement, répond Farrall, ils ne s'occupent que de la direction centrale, pas de ses filiales qui s'attaquent aux intérêts occidentaux dans toutes les régions dans lesquelles elles sont présentes. Exemples avec les tentatives d'attentat contre des avions cargos en octobre 2010. Ou encore, la France le sait bien, avec AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique) qui a revendiqué l'enlèvement de sept personnes dont cinq Français au Niger, le 16 septembre 2010 sur le site d'Areva. Sans oublier les deux jeunes Français âgés de 25 ans, enlevés dans un restaurant de Niamey et assassinés début janvier 2011.

Aujoud'hui Al Quïda n'a pas une organisation hiérarchique traditionnelle, avec une structure pyramidale, c'est un réseau décentralisé. Voir AQMI comme l'explique, par ailleurs, Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l'EHESS, dans une interview au Journal du Dimanche en septembre 2010 : "Il existe des liens virtuels car ce sont des organisations qui communiquent beaucoup via internet. Al-Zawahiri (le numéro deux d'Al-Qaïda) et Ben Laden ont déjà mentionné Aqmi dans leurs messages et inversement. Mais qu'il y ait des contacts humains, c'est beaucoup plus discutable. Aqmi a par ailleurs toujours souffert d'une forme d'isolement et d'un regard un peu condescendant de la part d'Al-Qaïda, notamment parce qu'il n'y a pas, au Maghreb, de figure religieuse importante. On ne connaît pas l'idéologie d'Aqmi. Sont-ils salafistes? Sont-ils vraiment dans l'idéologie d'Al-Qaïda? C'est discutable."

Pourtant AQMI avait déclaré que la France devait négocier la libération des otages directement avec Ben Laden...

Ces filiales sont censées demander l'accord de la direction, dont elles respectent généralement les décisions, avant d'attaquer des objectifs. Puis, une fois qu'elles ont l'accord, elles peuvent attaquer aussi souvent qu'elles veulent par des actions de type kamikaze ou autre ajoute Farrall.

Les tentatives d'unification ou de fédération de divers mouvements n'ont pas toujours fonctionné selon le spécialiste australien qui cite l'échec de la fusion entre des groupes islamistes libyens et égyptiens en 2006. Quoiqu'il en soit,  Farrall considèrait, avant la disparition de Ben Laden, que la lutte contre Al Qaïda ne serait pas efficace sans une évaluation globale de ses forces, même si elles sont réparties dans plusieurs pays.

Il faudra sans doute réévaluer les connaissances sur Al Quaïda puisque maintenant, le mouvement va devoir se restructurer comme le dit Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes.

"La mort d'Oussama Ben Laden porte un coup psychologique considérable à Al Qaïda mais sa disparition pourrait n'avoir qu'un impact limité sur la nébuleuse, qui opère de manière de plus en plus décentralisée depuis des années."  constate une dépêche de l'agence Reuters qui semble confirmer l'analyse de Farrel, avant d'estimer que "Pour ce qui est de la conduite des opérations terroristes, Ben Laden n'était plus du tout la figure centrale depuis un certain temps déjà", relève Paul Pillar, ancien haut responsable du renseignement américain."

 

Lu dans Foreign Affairs

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