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Certains l'aiment chaud

Voilà ce qui se passe dans votre corps lorsque vous mangez un piment (peut-être un peu trop épicé)

L'ingestion de piment donne lieu à une sensation de brûlure, appréciée par certains aficionados. Mais ce n'est pas forcément du goût de notre corps, qui peut réagir assez violemment.

Ils sont nombreux à tenter l'expérience. Comme pour se lancer un défi, certains décident de mettre leur corps à l'épreuve en croquant dans le fruit défendu : pas la pomme, mais le piment. Et pas n'importe lequel. Les plus téméraires choisissent de se mesurer au piment le plus fort au monde, le Carolina Reaper, noté à 2,2 millions sur l'échelle de Scoville, qui permet de mesurer la force des piments. Et le plus souvent, cela se termine mal.

Mauvaises expériences

Sa couleur rouge vif aurait dû les alerter quant au caractère explosif de l'aliment une fois en bouche. Mais le mal était fait : comme on le voit, les deux jeunes filles sont dans un état qu'on n'aurait certainement pas soupçonné – ou en tout cas pas dans une telle souffrance. Ne pointez pas du doigt le jeune âge de ces adolescentes ou leur sexe : deux journalistes du journal britannique The Argus ont goûté à un burger dont la sauce était présentée comme plus piquante que le gaz poivre, arme utilisé par les forces de l'ordre en cas de débordements, classé à 5,3 millions sur l'échelle de Scoville. Résultat : tandis que l'un s'abreuvait abondamment en lait afin de faire passer la brûlure, l'autre disait ne plus sentir ses mains, se plaignait de sévères maux d'estomac et faisait de l'hyperventilation. Les deux journalistes ont fini leur journée à l'hôpital, dans une souffrance comparable – selon leurs dires – à celle d'une  douloureuse agonie. Leur histoire est à retrouver ici.

D'autres casse-cou ont également passé le test, avec un succès comparable, tels que le journaliste Matt Gross qui a raconté sur son site culinaire Bon Appétit comment il a mis 21,85 secondes pour ingurgiter trois de ces piments pour s'en remettre seulement 14 heures après. L'occasion de s'intéresser un peu plus à ces piments de l'extrême et à l'effet qu'ils produisent sur notre corps. La BBC y a consacré un article.

Il faut savoir que ce qui provoque la sensation de brûlure qui suit l'ingestion d'un piment est le composé chimique qui y est contenu : la capsaïcine. Cette substance possède deux propriétés intéressantes pour la plante et le fruit ou légume qu'elle porte : elle a des vertus antifongiques – elle empêche les champignons de s'y développer – et mieux, elle dissuade les animaux, du fait de la sensation de brûlure qu'elle produit, de croquer dans le fruit et donc de détruire les graines qui s'y trouvent. À noter que les oiseaux, qui ne possèdent pas les neurorécepteurs pour ce genre de douleur, n'ont pas de mal à les manger et à semer ces graines au cours de leurs prochains vols par le biais des déjections. La nature est bien faite.

Réaction du corps humain

Mais voilà l'homme, qui, étrangement, aime bien contredire la nature. Nous, nous mangeons volontairement des piments parce que nous aimons comment cet aliment relève le goût des autres aliments. C'est quand le piment est trop fort que la douleur prend le dessus sur les qualités gustatives que nous en tirons : la capsaïcine délivrée vient alors titiller certains neurones responsables de la perception de la douleur. L'information de brûlure est alors transférée au cerveau. Mais, petit souci : celui-ci ne fait pas la différence entre les différentes brûlures et prévient notre corps du danger avec la même intensité que si nous mettions notre main sur un plat tout juste sorti du four : c'est chaud. "Les effets physiques que provoque l'ingurgitation de piments sont à peu près similaires à ceux qui suivent une véritable brûlure" confirme le biologiste Bruce Bryant de l'institut de recherches Monell Chemical Senses Center de Philadelphie (Pennsylvanie, États-Unis) interrogé par la BBC. Que se passe-t-il ensuite ? On sue. Beaucoup. Une manière pour le corps de se refroidir. D'autre part, la douleur va causer la dilatation des vaisseaux sanguins, réflexe naturel permettant d'irriguer en urgence les zones blessées. Ce qui provoquera une inflammation généralisée de notre corps, et davantage de douleur. Ce n'est pas fini : les haut-le-cœur vont se faire sentir, en raison des nerfs sensibles qui se trouvent dans la paroi de l'estomac, indique Bryant. "Le corps dit, 'je m'en fiche de savoir s'il s'agit d'un liquide trop chaud ou d'un produit chimique, mais je vais m'en débarrasser'", poursuit le chercheur.

En résumé : que vous avaliez un piment ou de l'eau de javel, notre corps n'en veut pas. De quoi causer de longues heures d'inconfort extrême, assorti d'un passage aux toilettes des plus délicats. Mais bon, rassurez-vous : on ne peut pas mourir d'une ingestion de piment, même si l'on en mange souvent. Toutefois, la capsaïcine n'est pas inoffensive pour autant : des biologistes ont observé que les jeunes mammifères qui s'en faisaient administrer durant un délai prolongé perdaient tout bonnement l'usage de ces neurones chargés de transmettre l'information de la douleur. Autrement dit, ils ne ressentaient plus cette dernière. Embêtant.

En tout cas, s'il vous arrive de croquer par mégarde dans un de ces piments fortement épicés, ne buvez surtout pas d'eau, mais du lait, car la capsaïcine est hydrophobe. Conseil d'ami.

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