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Ecureuil

Tiens, le taux du livret A pourrait battre un record, et voilà ce que ça pourrait changer (ou pas)

Alors que le taux du Livret A pourrait une nouvelle fois diminuer le 1er août prochain suite à une inflation bien faible, le dernier mot reviendra au gouvernement. A moins d'un an de la présidentielle, ce dernier pourrait être tenté de le maintenir à 0,75%, l'impact d'une baisse de taux sur la consommation des Français étant en général assez limité.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Alors qu'il se trouve déjà à son plus bas historique depuis sa création (0,75%), le taux du Livret A pourrait baisser une nouvelle fois en août pour atteindre 0,50%, et ce en raison d'une inflation très faible estimée à 0,2%. Quel serait l'impact d'une nouvelle baisse de ce taux, tant sur les ménages que sur l'économie française en général (consommation, investissement, etc.) ?

Philippe Crevel : L'impact sur les ménages consiste évidemment en une réduction de la rémunération de l'épargne dite populaire du livret A. Par définition, ce serait pour les épargnants un mauvais signe. Cela dit, il faut relativiser, dans le sens où la perte sur une année serait relativement réduite. Pour un placement de 10 000 euros, cela équivaudrait à 25 euros de moins. Ce ne serait donc pas la fin du monde. Par ailleurs, il y a eu des époques où l'on perdait de l'argent avec le livret A. Dans les années 1980, le taux de rémunération de ce placement était inférieur à l'inflation. On avait alors une perte de 3-4 points, et non pas un gain de 0,5 ou 0,75%.

En ce qui concerne les autres acteurs, l'impact numéro un serait la réduction pour la Caisse des dépôts et pour les banques du coût de la collecte du Livret A, du Livret de développement durable et de tous les produits d'épargne réglementée. Aujourd'hui, il faut rémunérer à hauteur de 0,75% quand tous les taux du marché monétaire sont en négatif et que l'État français emprunte en négatif jusqu'à huit ans. Le livret A est donc un peu une verrue dans la hiérarchie des taux de l'épargne. Il coûte cher à la Caisse des dépôts et aux banques en tant que tel. Cela pénalise un peu le logement social, qui pourrait bénéficier de prêts à prix plus faible, si le taux était abaissé de 0,75% à 0,50%

En termes économiques, est-ce qu'une baisse de 0,75% à 0,50% inciterait les ménages à consommer, comme le souhaite le gouvernement ? Je pense que cela n'a pas de lien extrêmement fort, on l'a déjà vu par le passé. Les ménages seraient surtout incités à laisser dormir leur argent sur leurs comptes courants, ce qu'ils font depuis la crise (aujourd'hui, on compte près de 367 milliards d'euros sur les comptes courants en France, soit plus que sur le Livret A).

Si le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a un rôle à jouer dans l'établissement du taux du Livret A, le gouvernement aura le dernier mot dans ce dossier. Au vu du contexte politique et économique actuel et des précédents en la matière lors du quinquennat Hollande, à quelle décision peut-on s'attendre de la part de l'exécutif ?

Le taux du livret A est un taux éminemment politique, cela a toujours été ainsi. Il existe une formule mathématique, mais in fine, le dernier mot revient au politique. Ce dernier est confronté aujourd'hui à un taux de popularité faible, voire très faible. Sa démarche s'inscrit désormais dans la perspective des élections présidentielles et législatives à venir.

Entre les raisons économiques qui pourraient inciter à la baisse, et les raisons politiques qui incitent plutôt à la prudence, le gouvernement va donc peser le pour et le contre. Le taux du Livret A est réévalué deux fois par an. Il est certain que le 1er février 2017, le gouvernement ne baissera en aucun cas le taux du livret. Pour ce qui est du 1er août prochain, c'est l'été, après l'Euro de football, avant les Jeux Olympiques au Brésil… C'est peut-être la dernière fenêtre de tir qu'il a pour le faire. Il pourrait donc être tenté de le faire, mais il sait très bien que le taux du Livret A est un symbole au sein de la population française, et que ce serait perçu comme un mauvais geste envers les épargnants.

S'il faut se mouiller, je dirais que la balance penche un peu selon moi vers le statu quo, avec un taux qui resterait à 0,75%.

Un taux si bas serait-il de nature à encourager les Français à se détourner de ce placement extrêmement répandu ?

En 2014 et 2015, les Français ont réduit leur épargne placée sur le livret A (-15 milliards d'euros en deux ans). C'était la conséquence de la baisse du taux de rendement, mais aussi la conséquence d'une très forte progression de l'encours du livret A de 2010 à 2014. Il avait gagné plus de 80 milliards d'euros d'encours durant cette période. Il y avait donc eu une faible correction.

Est-ce qu'une baisse du taux du Livret A impliquerait une décollecte ? Oui, sans nul doute, comme on l'a constaté l'année dernière après la baisse de 1% à 0,75%. Serait-elle massive ? Je ne crois pas. J'imagine plutôt une baisse de l'ordre de 500-600 millions d'euros par mois jusqu'à la fin de l'année.

La question ici est de savoir que feraient les Français de cet argent dans ce cas.

Premièrement, ils auraient tendance à le laisser dormir sur leur compte courant. Ensuite, ils garniraient leurs Plans d'Épargne Logement, surtout pour ceux qui ont eu la chance de l'ouvrir avant le 1er février 2015. Troisièmement, ils le placeraient aussi sur les contrats d'assurance-vie, autre placement préféré des Français.

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