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Tabac - cannabis : face au Coronavirus, le pire ennemi n’est pas celui que vous croyez...

Alors que le ministère de la Santé a, très opportunément, indiqué que les Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ainsi que les corticoïdes anti inflammatoires étaient contre-indiqués en cas de coronavirose; il a « omis" d’y ajouter le cannabis.

Jean Costentin

Jean Costentin

Jean Costentin est membre des Académies Nationales de Médecine et de Pharmacie. Professeur en pharmacologie à la faculté de Rouen, il dirige une unité de recherche de neuropsychopharmacologie associée au CNRS. Président du Centre National de prévention, d'études et de recherches en toxicomanie, il a publié en 2006 Halte au cannabis !, destiné au grand public.

Voir la bio »Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico.fr : Une étude chinoise et une autre américaine affirmerait que la nicotine contenu dans la cigarette pourrait protéger certains patients du COVID-19. Sur quoi se basent de telles études ? Quels autres dangers y-a-t-il à cautionner de tels pratiques ? 

Jean Costentin : Alors que  le ministère de la Santé a, très opportunément,  indiqué que les Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ainsi que les corticoïdes anti inflammatoires étaient contre-indiqués en cas de coronavirose; il a « omis"  d’y ajouter le cannabis. Drogue oh combien importante dans notre Nation qui, parmi les 28 Etats membres de l’Union européenne, en est, de loin, le plus grand consommateur, avec 1.500.000 usagers réguliers, parmi lesquels 900.000 usagers quotidiens et multiquotidiens.

Serait-ce parce que le ministre, avant de l’être était à l’Assemblée nationale, la figure de proue du cannabis dit « thérapeutique » et qu’il ne voulait pas se dédire, qu’il a oublié de le dire? ;  Cette question mérite d’être posée.

Pourquoi le cannabis doit-il être manifestement contre-indiqué?

1° par ce que son principe actif majeur, le tétrahydrocannabinol / THC,  en agissant sur les récepteurs aux endocannabinoïdes, du type périphérique , CB2, déprime la machinerie immunitaire, en d’autres termes est immunodépresseur; en réduisant l’activité des macrophages,  de certains types de lymphocytes, et de diverses autres cellules impliquées dans la lutte anti-microbienne.

2° parce que la combustion de la résine de  cannabis, élève la température de combustion de l’élément végétal (cannabis ou tabac) qui lui est associé, de 200°; ce qui pousse plus avant leur décomposition thermique, la pyrolyse, engendrant (selon la façon de « tirer » sur le « joint » ou sur le « pétard ») de 6 à 8 fois plus de goudrons, très  irritants pour l’arbre respiratoire; le fragilisant à l’action du Covid19.
 
3° parce que cette combustion engendre la production de 6 à 8 fois plus d’oxyde de carbone (CO)  gaz éminemment toxique ( à ne pas confondre avec le gaz carbonique, CO2). Sa toxicité est due à sa fixation sur l’hémoglobine, le pigment sanguin qui confère à nos hématies leur teinte  rouge intense. Le CO, se fixant sur l’hémoglobine,  là où se fixe normalement l’oxygène (O2) capté par les poumons, il s’ensuit une diminution de la capacité de capter cet oxygène au niveau des poumons pour l’amener aux tissus qui le consomment. Quand les capacités respiratoires sont amputées par l’infection virale, y ajouter une réduction du pouvoir oxyphorique de l’hémoglobine est particulièrement malencontreux.

4° Le cannabis  est  utilisé  associé au tabac, souvent après un long passé de tabagisme, dont on sait qu’il affecte très significativement l’état du poumon, situation qui culmine dans la broncho pneumopathie chronique obstructive. 

Stéphane Gayet : Il s'agit d'études épidémiologiques qui ont mis en évidence le fait que, dans la population de personnes malades de la CoVid-19, il y avait une proportion de fumeurs de cigarettes plus faible que dans la population générale. La différence est significative, mais ce n'est encore à ce stade qu'une corrélation négative : le tabagisme est corrélé de façon négative à la tendance à s'infecter par le virus SARS-CoV-2 responsable de la CoVid-19. On peut simplement formuler des hypothèses.

Il existe peut-être, dans la fumée de cigarette, un ou plusieurs produits qui auraient une action antivirale sur le SARS-CoV-2. Il faut savoir que cette fumée contient une quantité industrielle de molécules chimiques. Parmi elles, plusieurs sont des biocides bien connus : la nicotine est herbicide et insecticide, le naphtalène est antimite, le dichloro-diphényle-trichloro-éthane (DDT) est insecticide, tandis que l'acétaldéhyde, le méthanol et le phénol ont des propriétés virucides et que l'acide cyanhydrique et l'arsenic sont des poisons violents. On a trop tendance à résumer la fumée de cigarette à la nicotine, au monoxyde de carbone (CO) et aux goudrons.
Dans la liste de tous les composants de cette fumée de tabac, il est fort probable que l'un ou plusieurs d'entre eux puissent exercer une action antivirale sur le SARS-CoV-2 : par exemple soit en dénaturant son enveloppe ou peplos, soit en inhibant l'adsorption des virions (particules virales) aux cellules de la muqueuse respiratoire.

Il est permis aussi d'évoquer, non sans quelque pointe d'humour, un possible facteur confondant : les individus qui sont de gros fumeurs de cigarette, ont une haleine qui dissuade de s'approcher d'eux (distanciation physique).

En tout état de cause, il n'en reste pas moins vrai que les personnes malades de la CoVid-19 et fumeuses ont un risque plus élevé de développer une forme d'infection grave (pneumonie avec insuffisance respiratoire aiguë), que les personnes non fumeuses. Ce facteur de risque est fort : dans le foyer épidémique initial à Wuhan, il y avait, parmi les malades qui ont dû être hospitalisés, un grand nombre de gros fumeurs, facteur de risque venant s'additionner à la pollution atmosphérique importante de la ville.

Il est bien sûr impensable – est-il nécessaire de le préciser ? – de conseiller de fumer pour se protéger du SARS-CoV-2.

Fumer du cannabis ne serait-ce qu’occasionnellement cause l’inflammation des bronches et cette toux si distinctive des fumeurs d’herbe pourrait être confondue avec celle provoquée par le Covid-19. Que sait-on pour le moment de l’impact du cannabis sur un patient atteint du Covid-19 ? 

Stéphane Gayet : On s'appuie sur les connaissances que nous avons de l'action du cannabis sur la santé. La fumée de cannabis se révèle très irritante pour la muqueuse des voies respiratoires : elle provoque une inflammation chronique des bronches qui n'a rien à envier à celle provoquée par la fumée de cigarette. Du reste, les fumeurs réguliers de cannabis ont une toux avec une plus grande fréquence que les fumeurs de cigarette. Cette toux témoigne de l'irritation bronchique et de l'inflammation qui en résulte. Fumer du cannabis régulièrement est de nature à favoriser l'évolution d'une CoVid-19 vers une forme grave, de la même façon qu'avec la fumée de tabac ; il semble de surcroît que la fumée de cannabis soit encore plus dangereuse que la fumée de tabac vis-à-vis des formes graves.

Par ailleurs, la consommation de cannabis en fumée ne semble pas protéger vis-à-vis de l'infection à SARS-CoV-2 de façon générale, contrairement au tabagisme.

Ainsi, la fumée de cannabis consommée régulièrement exposerait nettement aux formes graves de CoVid-19. De surcroît, la toux chronique des fumeurs de cannabis gêne le diagnostic de l'infection à SARS-CoV-2, étant donné que la toux sèche est l'un des premiers signes cliniques. Par ailleurs, on connaît la toxicité neurologique du cannabis : les individus qui ont commencé à en fumer dès l'adolescence ont un risque fort de schizophrénie. Sans aller jusque-là, les effets psychiques de la fumée de cannabis peuvent parfois être confondus avec la confusion mentale modérée qui s'observe dans certains cas de CoVid-19, ce qui peut là encore gêner le diagnostic médical ; de plus, s'ils sont marqués, ces effets psychiques peuvent aussi perturber le consentement éclairé du malade grave, dont l'état nécessite des soins invasifs.

Lorsque l’on sait que parmi les 28 États membres de l’Union-Européenne, la France est le plus grand consommateur de cannabis, n’y-a-t-il pas un danger de ne pas informer la population des effets de la consommation de cannabis lors de la crise du Covid-19 ? 

Stéphane Gayet : On peut logiquement se dire qu'il existe un danger en effet à ne pas les en informer. Cependant, les fumeurs de cannabis sont des adolescents et des adultes jeunes, parfois des adultes d'âge moyen ou mûr, qui se trouvent un peu en marge de la population, étant donné le caractère illicite et aliénant de cette toxicomanie. Ils sont, par voie de conséquence, des sujets peu sensibles ni attentifs aux conseils et aux recommandations, surtout venant des autorités de santé.

Leur perception du risque de CoVid-19 est sans doute différente de celle de la population générale. Si l'on s'adonne à cette consommation régulière de cannabis, c'est que l'on accepte déjà – souvent inconsciemment – les risques qui en découlent et que l'on a adopté une certaine philosophie concernant les différents risques de l'existence. Et puis cela n'arrive qu'aux autres, bien sûr. Donc, alerter les fumeurs de cannabis que leur consommation régulière de cette drogue les expose d'une façon plus élevée que la population générale, à une forme grave de CoVid-19, risque de ne pas être efficace.

Mais il faut tout de même les mettre en garde, en effet. C'est un devoir indéniable.

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