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©Damien MEYER / AFP

Cybersécurité

Si vous voulez fuir WhatsApp pour protéger votre vie privée, vous réfugier sur Telegram n'est pas forcément une bonne idée

L'application Telegram, longtemps considérée comme une alternative sécurisée aux messageries instantanées comme WhatsApp, n'est plus plébiscité par les professionnels de la cybersécurité.

Anthony Poncier

Anthony Poncier

Anthony Poncier est Docteur en Histoire, membre du collectif Réenchanter Internet et expert en transformation digitale et en stratégies collaboratives. En cette qualité, il accompagne les entreprises dans la conception de leurs stratégies médias sociaux, ainsi que dans la création de leurs réseaux internes.

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Atlantico : Plébiscitée comme une alternative à Whatsapp, l’application Telegram semble maintenant tomber en disgrâce auprès des professionnels de la cybersécurité. Pourquoi ? 

Anthony Poncier : Déjà, le code source de Telegram qui permet de connaître la manière dont sont protégées les conversations n'est pas open-source. On ne peut pas voir comment ça fonctionne. On peut donc se demander s’il ne s’agit pas d’une fausse sécurité. Pour que ça soit vraiment sûr il faudrait que les gens aient accès au code source. Peut-être qu'on y trouverait des failles et qu’on pourrait prévenir l'éditeur des vulnérabilités qu’on appelle « zero-day » (qui sont là depuis le début et que l’éditeur n’a pas remarquées).

Ensuite, Telegram est revenu sur le devant de la scène à cause de Whatsapp qui a annoncé changer ses modalités de fonctionnement. Depuis il y a eu un fort exode vers Signal (qui est la meilleure application de messagerie en termes de cybersécurité) et donc vers Telegram.

Mais il y a une vraie différence d'ergonomie entre Whatsapp et Telegram. Celle de Telegram est beaucoup plus compliquée et comporte plus d'options. Beaucoup de gens pensent que dès lors qu'on est sur Telegram, nos conversations sont protégées. Or il y a des manipulations à faire pour avoir des conversations dites « secrètes » et complètement protégées.

Les différentes fonctionnalités de Telegram rendent-elles l’application moins sécurisée ?

Telegram permet aussi une granularité beaucoup plus importante. On peut cacher son numéro de téléphone, on peut cacher son avatar… Il y a aussi d'autres fonctionnalités comme les chaînes qui peuvent être privées ou publiques et qui fonctionnent comme des listes de diffusion. On peut discuter par géolocalisation, mettre en place des bots, trouver du contenu de piratage etc. C'est beaucoup plus qu'un simple chat. Les téléchargements de contenus peuvent être aussi un vecteur de virus ou de cheval de troie.  Pour une personne lambda, c'est une application qui est moins sécurisée car une mauvaise utilisation peut faire courir plus de risques.

Par ailleurs, Telegram n’utilise pas le chiffrement de bout en bout comme c'est le cas sur Signal. Mais surtout, les conversations restent sur les serveurs. Rien n'empêche donc un gouvernement de les récupérer, si Telegram accepte de le fournir.

De plus, Telegram est en train de prendre un caractère commercial et va proposer une version premium payante qui pourrait limiter les fonctionnalités qui étaient gratuites jusqu’alors. Même si Telegram le dément, parlant plutôt de nouvelles fonctionnalités payantes. Alors que Signal est gérée par une fondation à but non lucratif, Telegram pourrait tomber dans les mêmes travers que Whatsapp qui change ses conditions d'utilisation pour pouvoir mettre en place une stratégie commerciale avec Facebook.

Propos recueillis par Vincent Pons

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