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©LUDOVIC MARIN / AFP

Drame humain

Santé mentale : ces millions de Français que la pandémie fait chanceler ou s’écrouler en silence

Dans un silence assourdissant, des milliers de jeunes, d’adultes ou de personnes âgées sombrent et s’écroulent moralement. Jean-Carles Grelier, député de la Sarthe, évoque l'impact de la pandémie de Covid-19.

Jean-Carles Grelier

Jean-Carles Grelier

Jean-Carles Grelier est Député (LR) de la Sarthe. Il est également porte-parole sur les questions de santé et Orateur du Groupe sur le PLFSS. 

 
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Depuis le début de la pandémie les autorités s’attachent à en diminuer les effets et impacts sanitaires mais aussi économiques et sociaux. Les plans de relance ou de soutien se succèdent pour porter à bout de bras des pans entiers de notre économie nationale. L’Etat est dans son rôle, qui pourrait l’en blâmer ?

Et pourtant, pendant ce temps et dans un silence assourdissant, des milliers de jeunes, d’adultes ou de personnes âgées sombrent et s’écroulent moralement. Parce qu’un confinement de plus de deux mois a été pour beaucoup une épreuve plus que douloureuse : la personne âgée soudain isolée, désocialisée. L’adolescent enfermé entre quatre murs, coupé de ses liens amicaux, dans un climat familial parfois lourd. Les parents sur lesquels pèsent des incertitudes fortes pour l’emploi, le budget familial. Sans évoquer ces milliers de professionnels de santé sur les épaules desquels a pesé l’entière gestion de la crise.

Ainsi, à bas bruit, hors des statistiques officielles, des Français de tous âges et toutes conditions sombrent et s’enfoncent.

Pour les plus âgés, les autorités sanitaires ont pudiquement évoqué des « syndromes de glissement » qui n’étaient rien d’autre qu’un lâcher-prise, un adieu aux armes. Combien se seront ainsi laissés emporter, discrètement, sans déranger ? Où les retrouvera-t-on dans les statistiques de la Direction générale de la santé ?

Les universités de Nîmes et d’Aix-Marseille ont mené une enquête, recueillant plus de 3.700 témoignages d’individus âgés de 18 à 87 ans. Et les résultats sont glaçants : 78% des personnes interrogées présentent les signes d’un syndrome dépressif léger à modéré. Des scores d’anxiété dépassant le seuil de la pathologie ont également été repérés chez 43% des participants. Qui en parle ? Qui s’en soucie ? Où est le plan de soutien urgent et nécessaire à la psychiatrie et à la maladie mentale ?

Depuis des années, l’horizon indépassable de la politique du ministère de la santé a consisté à fermer des lits de psychiatrie, à limiter les consultations avancées au plus près des territoires et surtout des patients au nom de l’orthodoxie budgétaire. Le Professeur Marion Leboyer et de nombreux autres professionnels l’ont dénoncé à coup d’interviews, de tribunes, de publications d’ouvrages. Où est l’ambition pour la santé mentale, où sont les moyens nouveaux et indispensables dans le programme « Ma santé 2022 », ou dans le « Ségur de la santé » ?

Dans ce que certains nomment le monde d’après - qui pour la santé mentale ne changera guère du monde d’avant - on fera le bilan sanitaire de la pandémie, on en fera aussi le bilan économique et social. Et il n’est pas à douter qu’ils seront lourds.

Qu’en sera-t-il du bilan humain ? Des séquelles et troubles psychologiques durables avec lesquels vont devoir vivre des millions de Français ? Qui portera le deuil de ceux qui seront partis trop vite et trop tôt, ceux qui auront « glissé » dans l’indifférence officielle, à peine entourés de leurs proches ?

Plus que jamais il est urgent d’agir. Pas de créer un énième colloque, un Ségur ou un Grenelle de plus. Il faut à la santé mentale des actes forts, pas des mots. Il faut à la santé mentale une ambition digne d’un grand pays comme la France. Et des moyens, évidemment.

Cette tribune n’est pas un appel de plus, c’est une objurgation lancée au Président de la République et au Gouvernement. Ouvrez les yeux, décillez vos doctrines officielles et, partant, soumettez sans tarder au Parlement une loi quinquennale pour l’organisation, les moyens, la recherche et l’attractivité de la psychiatrie. Faisons de la santé mentale, qui touche déjà 12,5 millions de Français et pèse chaque année pour plus de 100 milliards d’euros sur les comptes de l’Assurance maladie, une cause première et nationale au même titre que le cancer. Créons un Institut national de la santé mentale pour gérer, fédérer, organiser les actions au plus près des patients.

S’il est vrai que l’on juge de la qualité d’une société à l’attention qu’elle porte aux plus faibles d’entre les siens, alors Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de la santé il est urgent, plus qu’urgent, d’agir !

Jean-Carles GRELIER
Député de la Sarthe

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