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©Valery HACHE / AFP

Disruption

Pourquoi nous ne porterons plus jamais le même regard sur le travail qu'avant la pandémie

L'essor du télétravail pendant la pandémie a modifié la relation des salariés avec leur poste de travail. Avec à la clef, un meilleur bien-être, mais aussi plus de productivité.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : La pandémie a entraîné un boom du télétravail. Si tout le monde n’a pas le luxe de travailler dans de bonnes conditions chez soi, beaucoup ont vu leur bien-être et leur productivité augmenter. De quoi inscrire ces pratiques dans la durée ?

Xavier Camby : Ce boom du home office est incontestable et est désormais encouragé par ceux-là même qui naguère encore voulaient le limiter, employeurs, syndicalistes ou employés. Ce n'est pas le moindre des paradoxes de ces temps que nous vivons. 

Le travail à  domicile fut longtemps la norme habituelle du labeur productif, bien avant la révolution industrielle du 18ème siècle - et même pendant. Horlogers, coiffeurs, vendeurs de tous objets, artisans de tous métiers, diamantaires ou couturières, tisserands comme précepteurs, tous travaillaient depuis leur domicile, adapté pour l'exercice de leur métier.

L'habitude de dissocier le lieu de vie familiale et le lieu du travail est donc très récente.

Il existe une corrélation immédiate entre le vrai Bien-être (premièrement moral et mental) et la performance durable (qui préserve et valorise les ressources, plutôt que les consommer, voire les détruire).

Le salarié qui donc évite les bouchons interminables, matins et soirs ou encore les cohues des transports en commun, qui ne  subit plus les interruptions permanentes - même sympathiques - à leur poste de travail, qui donc auto-organise librement leurs travaux, à l'heure qui leur convient et évitent ainsi les réunions imposées, inutiles ou interminables, sera bien sûr bien et en conséquence, plus performant.

Pour certains secteurs, le travail en bureau n’est pas nécessaire à la poursuite de l’activité. Assisterons-nous davantage à la création d’entreprises "virtuelles", sans siège ?

Non, cela n'arrivera pas. Car si le home-office permet de mieux travailler seul, nous avons besoin les uns des autres. Techniquement mais surtout émotionnellement. Les confinements nés de la pandémie l'ont démontré : au moins 2,5 jours en équipe, par semaine, sont nécessaires à maintenir la motivation individuelle comme l'intelligence collaborative. L'équilibre entre télétravail et contribution collective dépend bien sûr de chacun et est variable selon les métiers, les personnes ou les âges.

Certains salariés ont profité du télétravail pour s’améliorer dans certains domaines, notamment dans le numérique et l’informatique. Le télétravail pourrait-il créer des travailleurs plus qualifiés ?

Le télétravail peut en effet renforcer certaines expertises. Mais il nécessite aussi une très importante formation en développement personnel. Formations qui furent longtemps négligées, considérées comme secondaires. Apprendre à réellement écouter. à authentiquement gérer nos émotions, savoir décliner tout engrenage émotionnel négatif qui mène inexorablement au conflit, apprendre à changer les méthodes inefficaces (objectifs individuels comme entretiens d'évaluations, tous les 2 contre performants), inventer d'autres méthodes de gestion de la motivation (que des primes imbéciles)...  La qualification que vous évoquez n'est pas qu'une question technique, mais d'abord à l'évidence d'un savoir vivre, d'un savoir être, d'un savoir devenir !

Certains travailleurs ont-ils revu leur plan de carrière à l’aune de la pandémie, en se rendant compte que leur vie d’avant n’était plus faite pour eux ?

Tout ce qui vit change et s'adapte en permanence. Les plans de carrière appartiennent au Jurassique ! Un retour à "la vie d'avant" est un fantasme, nous le savons tous. On observe en revanche de très nombreux changements de comportements. Le premier est un très grand nombre de déménagements des grandes villes ou centre urbains vers de plus petites villes ou à la campagne. Ce phénomène est mondial, partout où c'est possible. Autre changement très positif : beaucoup se concentrent désormais sur leur authentique valeur ajoutée, et refusant les médiocrité des "politiques de couloirs imposées", soucieux de respecter leurs propres valeurs, vont jusqu'à démissionner et créer leur entreprise. L'orgueil ou l'arrogance du titre, la sécurité du salaire régulier ou de ses avantages, ne sont plus prioritaires. Un des bénéfices inattendus de cette pandémie sera sans doute d'avoir créer une nouvelle énergie entrepreneuriale, fondée non plus sur la gain immédiat et à la prédation financière mais sur une contribution réelle au Bien Commun de l'humanité. C'est très réjouissant et semences d'espérances.

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