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Le président de la BCE Mario Draghi
Le président de la BCE Mario Draghi
©Reuters

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Pourquoi la BCE considère que la France est incapable de profiter de la politique monétaire européenne

A la BCE, les conseillers de Mario Draghi sont furieux contre François Hollande. Après avoir réclamé à cor et à cri une attitude plus conciliante pour relancer la croissance, ils estiment que la France sera un des seuls pays en Europe à ne pas pouvoir en profiter. La gouvernance n'en a tiré aucune leçon.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A Francfort comme à Berlin, on estime que la France a obtenu par un lobbying d’enfer des milliards d’euros monétaires (65 milliards par an pendant deux ans au moins) sous la forme d’un QE pratiquement illimité mais que ces disponibilités monétaires ne serviront pas à redresser l’activité économique réelle et par conséquent l’emploi.

Tout le problème est de transformer les disponibilités monétaires en moyens de financement pour les investissements ou les fonds de roulement des entreprises. Ca n’est qu’à cette condition que l’activité et l’emploi peuvent repartir. Encore faut-il que les entreprises puissent investir, qu’elles en aient l’idée, l’ambition et le projet. ça n’est qu’à ces conditions que l’emploi peut progresser parce que parallèlement à l’investissement, l’entreprise créera des emplois.

Mais pour que cette magie s’opère, il faut que l’environnement économique, fiscal et social soit favorable. C’est un peu ce qui s’est passé aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Les disponibilités monétaires massivement créées par les banques centrales ont fertilisé les entreprises qui ont investi et créé des emplois… Des emplois de service, des emplois peu qualifiés… Mais des emplois. 

Le problème en France, c’est que la fiscalité est trop lourde et que la législation du travail paralyse les embauches. Le financement du chômage dissuade le demandeur d’emploi d’opter pour un travail qui ne serait pas à la hauteur de ses ambitions. Si le marché du travail est peu fluide et si l’activite est molle, l’offre de travail aura beaucoup de mal à correspondre à la demande.

La gouvernance française a accusé la BCE puis la commission de Bruxelles de paralyser les possibilités de redressement, elle a traité Mario Draghi, d’incompétence et de rigidité dictée par l’Allemagne… Puis elle a constaté avec satisfaction qu’il savait aussi s’adapter aux conditions économiques. Le QE a créé la surprise par son ampleur. La France qui a une oreille très sélective, n’a guère retenu que parmi les recommandations de Mario Draghi, il fallait poursuivre les réformes structurelles et de régulation budgétaires.

La France a reçu le QE comme un don du ciel. Une bénédiction qui allait lui apporter l’assurance qu’aucune banque ne pourrait faire faillite, que l’Etat français pourrait revendre des tonnes de dettes publiques à la BCE… Par conséquent la gouvernance française a très vite compris qu’elle n’avait plus aucun effort à faire, ni sur le budget, ni sur la fiscalité, ni sur le droit du travail. Plus de conflit politique avec ses frondeurs.

Avec ce QE, la politique pouvait reprendre ses droits, l’extrême gauche l’a compris immédiatement, les écologistes et les syndicats également...

Dans ces conditions, l’argent libéré par la BCE n’ira pas dans les entreprises, elle ira financer de nouvelles dettes publiques ou de collectivités locales.

Dans ces conditions, François Hollande pouvait donner des gages à sa majorité en lui promettant qu'il n’avait plus besoin de serrer les boulons budgétaires et les dépenses publiques. Il pouvait même dans cette euphorie promettre aux Grecs qu'ils avaient raison, jusqu’à s’apercevoir qu'il se retrouvait bien seul sur la scène européenne et faire machine arrière.

Dans ces conditions François Hollande pouvaient se consacrer a temps plein à sa passion, la manipulation politique pour préparer la prochaine présidentielle avec pour principal outil des actions de politique étrangère.

Cette technique très mitterrandienne  ne marchera pas. L’époque n’est plus dominée par les concepts de Keynes qui ont autorisé les hommes politiques à acheter des voix à coup de promesses plus ou moins réalisables. Les Français comme tous les peuples qui vivent en démocratie veulent aujourd’hui des résultats qui les concernent. Du revenu, des emplois et de la sécurité.
Le QE, ajouté à la baisse des taux d’intérêt, à la baisse de l’euro et à la baisse du prix du pétrole va profiter à tous les pays européens. Les pays de l’Europe du nord, l’Espagne qui a fait ses réformes de structure, l’Italie et le Portugal qui sont eux aussi sur la bonne voie, et enfin l’Allemagne qui n’avait pas besoin de disponibilités monétaires mais qui les utilisera pour renforcer la compétitivité de son administration.

Tous les pays en Europe vont en profiter pour faciliter leur redressement économique sauf la France qui n’aura ouvert aucun chantier et la Grèce qui aura fait n’importe quoi. Le grand gagnant du QE sera l’Allemagne ce qui est un comble... Dans quelques semaines ou quelques mois quand on percevra les premiers effets du QE en Europe, il y aura des voix pour expliquer que le retard français, ses disfonctionnements, sont de la faute des Allemands… On dira ce que disent les grecs aujourd’hui.

Mais si la France n’enregistre aucune amélioration de l’activité des entreprises, si l’argent ne se diffuse pas dans les comptes d’exploitation, l’argent va alimenter des bulles. Des bulles immobilières, ce qui sera un moindre mal ; le prix de l’immobilier peut se réprendre et réanimer le marché dans les deux ans qui viennent. Des bulles financières au niveau des actions boursières. D'ailleurs, la hausse des valeurs est déjà disproportionnée depuis six mois.

François Hollande élu en 2012 parce qu'il voulait combattre la finance, n'aura réussi qu'à créer un environnement hyper favorable à l’industrie financière. 

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