Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International

THE DAILY BEAST

Pourquoi l'étude qui affirme que les naissances par césarienne ont un impact sur l'évolution de l'espèce humaine doit être prise avec de très grandes pincettes

Les césariennes changent la façon dont les femmes mettent les enfants au monde : une étude affirme même qu’elles font évoluer l'espèce.humaine

Brandy Zadrozny

Brandy Zadrozny

Brandy Zadrozny est journaliste pour The Daily Beast.

Voir la bio »

The Daily Beat par Brandy Zadrozny

En seulement deux générations, la césarienne a révolutionné le processus de la naissance pour des millions de femmes et leurs bébés. Mais, des chercheurs sont mis en avant dans certains médias avec une théorie selon laquelle l'augmentation spectaculaire du nombre de césariennes est en train de modifier l’évolution de l’espèce humaine.

La naissance pose un problème évident : marcher sur deux jambes nécessite un petit bassin, ceci alors qu’il est plus facile de donner naissance à nos bébés (et leurs grosses têtes) avec un grand bassin. Entre 3 et 6 pour cent des femmes qui accouchent dans le monde entier ont des bébés trop gros pour passer à travers leur bassin étroit. Cette situation, connue sous le nom de "dystocie", se traduit souvent par la mort pour l’un des deux ou, pire, pour les deux.

La césarienne a pratiquement éliminé ce danger, et par conséquent, sauvé un petit groupe humain qui était plus ou moins biologiquement condamné. Des bébés qui seraient morts font leur chemin dans le monde, conduisant à un changement dans la façon dont la sélection naturelle répond au dilemme de l’obstétrique, en supprimant les contraintes. Une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Philipp Mitteroecker de l'Université de Vienne, le théorise dans une nouvelle étude publiée dans les Actes de la National Academy of Sciences. Fondant leur théorie sur un modèle mathématique construit en utilisant l’ensemble des données existantes, les auteurs disent que la nature ne réagit plus en éliminant ces femmes et leur progéniture, mais constate jusqu’à 20 pour cent d'augmentation du nombre de femmes avec de petits bassins donnant naissance à de trop gros bébés.

"Les femmes avec un très étroit bassin n'auraient pas survécu à la naissance il y a 100 ans" dit le Dr Mitteroecker sur BBC News . "Elles survivent maintenant et transmettent leurs gènes codant un bassin étroit à leurs filles."

L'étude est basée sur un certain nombre d'hypothèses et ses conclusions, les chercheurs le reconnaissent avec honnêteté (ce que les journalistes oublient souvent de mentionner) ont beaucoup de limites.

Ce changement de 20 pour cent est extrapolé à partir d'un nombre déjà faible d'incidents par rapport au nombre total de femmes qui accouchent. En plus de cinquante ans, les naissances compliquées ont augmenté de 30 sur 1000 à seulement 36 sur 1000 naissances. Aux Etats-Unis, quatre millions de bébés naissent chaque année, ce qui signifie qu'il y a eu environ 25.000 naissances problématiques de plus l’an dernier qu'en 1960.

Mais même si les données étaient complètes et sans faille, parler de l'évolution humaine en temps réel est tout à fait irréaliste, explique au Daily Beast, le Dr Louise Johnson, maître de conférences en génétique des populations à la Reading’s School of Biological Sciences.

"L’évolution peut être très rapide, mais il devrait y avoir beaucoup de morts. Notre environnement est un flux permanent. Il peut être très difficile de s'y retrouver dans tout cela ".

En outre, dans le modèle de Mitteroecker il y a des hypothèses sur les avantages évolutifs supposés de petits pelvis et une attention superficielle pour d'autres facteurs de l'environnement comme le poids de la mère, l'offre génétique des hommes, et la surtout la tendance chez les femmes occidentales à donner naissance plus tardivement dans leur vie ce qui signifie que ces nouvelles mamans qui accouchent pour la première fois pour la première fois sont plus lourdes, et plus âgées, tout cela peut affecter la taille du bassin.

L'étude ne prend en compte ni les risques associés aux naissances par césarienne, qui augmentent avec chaque enfant, ni les facteurs sous-jacents de la flambée astronomique des taux de naissances par césarienne médicalement inutiles et injustifiées au cours des dernières décennies dans les pays développés. Aux États-Unis près d'un tiers de tous les bébés sont nés par césarienne, en hausse de 5 pour cent en 1970 et de 20 pour cent dans les années 1990,. Et tout cela ne se termine pas toujours bien.

"Les humains évoluent, mais nous ne sommes pas très efficaces pour en découvrir les raisons. Même si vous avez une population que vous pouvez étudier de très près, comme les scientifiques qui ont quelques moutons sur une île et savent tout sur chaque individu, son ascendance, son poids à chaque anniversaire pendant toute sa vie. Même dans ces situations, il est très difficile de dire : « Ceci est un effet de la sélection. Ceci montre une évolution de la population. Il est difficile de faire des statistiques, je ne pense donc pas que nous puissions conclure sur les humains dans cette affaire de césarienne », dit Johnson.

"Dire qu’un changement de l'humanité a été provoqué par les césariennes au cours des cent dernières années, il faudrait un peu plus de preuves avant que je puisse y croire."

Pour Karen Rosenberg, anthropologue biologiste à l'Université du Delaware qui étudie l'évolution humaine et les pratiques d'accouchement, la constatation que les naissances par césarienne affectent l'évolution humaine est évidente, même si, dit-elle, l'étude mathématique Mitteroecker n'a pas réussi à démontrer comment ou pourquoi.

"Il ne me viendrait pas à l’idée de dire que les césariennes n’ont pas d’effet" dit Rosenberg. « L'idée que le comportement humain affecte notre évolution est une idée centrale dans la compréhension de l'évolution. Toutes sortes de choses -  cuisiner notre nourriture, partager la nourriture, construire des abris - tout ce que nous faisons en tant qu'animaux culturels a le potentiel d'affecter notre biologie ".

Rosenberg note que les césariennes ne sont pas le premier type de progrès susceptible de provoquer l'évolution de l'accouchement et doivent être considérées parallèlement à d'autres pratiques d'accouchement non chirurgicales employées par les sages-femmes qui ont également rendu la naissance plus facile et plus sûre pour les femmes.

"La césarienne est une forme extrême de l'assistance à l'accouchement, mais nous avons aidé l'accouchement depuis très longtemps au cours de l'histoire. Le fait d'avoir quelqu'un présent à la naissance est une sorte d'assistance dont les humaines bénéficient alors que d'autres animaux ne l’ont généralement pas. Avoir quelqu'un qui reçoit le bébé, qui l’aide à sortir, ou qui retire le cordon autour du cou, est très important, sans oublier la fourniture d'un soutien moral aux femmes, ce qui est souvent négligé : tous ces éléments ont un impact significatif sur les résultats de la naissance."

"L'adaptation humaine au monde est une question culturelle qu’il s’agisse de l’aide d’une sage-femme ou d’une césarienne, les deux font partie d’un continuum qui a le potentiel d'affecter notre évolution ».

En fait, alors que notre dépendance à l'égard des césariennes est un changement radical dans notre façon de mettre nos enfants au monde, il  semble sûr qu'elle a un effet sur l'avenir de l'évolution humaine, mais cette étude fait peu pour nous éclairer sur les avantages éventuels et les éventuelles conséquences pour notre espèce. Il faudra patienter pour en savoir plus.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !