Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Style de vie
Il faudra attendre encore quelques années pour que les lignes de RER et les trains de banlieues ne soient plus saturés comme ils le sont aujourd'hui. Ce constat, Anne Hidalgo et une partie de sa majorité à Paris n'en sont absolument pas conscients...
©Reuters

Gentrification urbaine

Piétonnisation des voies sur berges : Anne Hidalgo veut-elle achever d’interdire Paris aux pauvres ?

En votant la piétonnisation des voies sur berges de Paris et notamment de la voie Georges Pompidou, la maire de Paris Anne Hidalgo contribue à faire de la capitale française un lieu où il est de moins en moins facile pour les pauvres d'habiter... et même de travailler.

Florence Berthout

Florence Berthout

Florence Berthout est maire divers droite du 5e arrondissement de Paris.

Voir la bio »

Atlantico : Ce lundi, le Conseil de Paris a voté la déclaration de projet de piétonisation des voies sur berge à Paris. Dans quelle mesure cette décision pourrait-elle contribuer à faire de Paris une ville "interdite" aux pauvres, aussi bien du point de vue de la résidence, que du lieu de travail ?

Florence Berthout : Florence Berthout : Paris est devenue aujourd'hui une ville très difficile pour les personnes aux revenus modestes, qui n’ont souvent plus les moyens de vivre dans la Capitale où tout devient très cher. C’est également le cas pour les classes intermédiaires qui n’ont pas les moyens d’avoir accès au parc privé mais qui sont trop « riches » pour être éligibles au logement social. Elles ont par ailleurs subi de plein fouet les hausses des tarifs municipaux décidées par la ville de Paris pour  les cantines scolaires, les conservatoires, les centres de loisirs, etc.

 

Pour revenir à la question des voies sur berge, je m'inscris en faux contre la caricature d’une gauche qui serait favorable à la piétonisation et d'une droite défavorable ad vitam aeternam. Nous sommes tous conscients en tant qu'élus responsables des conséquences très négatives de la pollution de l'air et donc de l'usage de la voiture sur la santé publique. Oui, il faut réduire la pression de la voiture. J’y contribue à l’échelle de mon arrondissement notamment en développant les encrages deux-roues et en initiant de nombreux projets d’aménagement végétal.

Pour autant, la fermeture à la circulation de la voie Georges Pompidou sur 3, 3 kms prise sans concertation et sans étude d’impact préalable risque de produire des effets totalement contraires à son objectif initial. Le rapport de la commission d’enquête publique du 22 août dernier donne un avis totalement négatif en pointant en particulier du doigt les reports de circulation sur la rive gauche ainsi que les risques majeurs d’embouteillage, avec toutes les conséquences négatives pour la santé que cela induit.

Le trafic sur la voie Georges Pompidou est majoritairement d’origine francilienne. Les habitants de la petite et de la grande couronne qui prennent leur voiture ne le font pas par plaisir mais par nécessité. Comme le dit très justement Valérie Pécresse, Présidente de la région Île-de-France, cet axe est un « axe routier d’intérêt régional ».   En ignorant cette réalité et en passant outre l’avis négatif de la commission d’enquête, fait rarissime, Anne Hidalgo reconstruit hélas des barrières héritées d’un autre âge et contraires à la solidarité avec les départements voisins.

Pour des habitants d'Île-de-France vivant assez loin de Paris, et souvent loin des gares RER pour échapper aux prix élevés, les transports en commun présentent de nombreux inconvénients (prix, durée de transport, confort, retard, sécurité, vétusté de certaines infrastructures…). Alors que la voiture pouvait représenter une solution pour ces populations, la décision prise aujourd'hui par Anne Hidalgo et sa majorité ne risque-t-elle pas de compliquer leur tâche ?

Oui, la vie des habitants d’Île-de-France va être plus compliquée ! D’autant que le précédent exécutif régional présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon, n’a pratiquement rien fait pour améliorer les transports en commun. A titre d’exemple, entre 2001 et 2009, le trafic RER - Transilien a augmenté de 20% sans qu'aucun investissement n’ait été réalisé par la région. Un rapport de la Cour des Comptes sorti en février 2016 a confirmé cette dégradation très préoccupante.

La nouvelle Présidente de région a pris quant à elle toutes ses responsabilités : d'ici 2021, plus de 700 rames neuves ou rénovées devront être livrées, pour un investissement de plus de 9 milliards d'euros.

Au moment où Valérie Pécresse consacre des moyens sans précédent à ces infrastructures, la Maire de Paris impose la fermeture d’un axe qui inflige une double peine aux franciliens. J’espère que la raison et l’esprit de solidarité l’emporteront. Pour que la piétonnisation de la voie Georges Pompidou puisse être réellement bénéfique pour tout le monde, il faut se donner le temps de mettre en œuvre les moyens supplémentaires et/ ou alternatifs de transport en commun. C’est le bon sens même.

L'interdiction dans Paris de voitures datant d'avant 1997 récemment prononcée a fait l'objet de nombreuses critiques, notamment de Parisiens ou Franciliens qui déploraient de voir ainsi la valeur de leur voiture s'effondrer, qui s'ajoute à la difficulté d'envisager une revente. Au-delà de ce cas d'espèce, quel premier bilan peut-on faire de l'action d'Anne Hidalgo vis-à-vis des populations les plus fragiles, que celles-ci soient résidentes ou qu'elles travaillent au sein de la capitale ?

Il y a beaucoup d'hypocrisie. On a l'impression qu'il y a d'un côté ceux qui mériteraient une attention toute particulière, qui vont avoir la chance de d’accéder à un logement social car leur situation correspond aux critères du scroring que la ville de Paris a mis en place, et il y a les autres qui ne rentrent pas dans les cases et qui n’ont par ailleurs pas droit aux tarifs préférentiels des services publics. L’interdiction de circulation à Paris des voitures immatriculées avant 1997 ne fait que rajouter à cette inégalité de traitement. Oui, il faut lutter contre les véhicules polluants, mais avec discernement. Taxer les gros véhicules diesel qui coûtent très chers peut se comprendre, mais priver des propriétaires de véhicules modestes de l'usage ou de la revente de ce véhicule - 1250€ de dévaluation en moyenne - c'est encore un coup dur pour les plus modestes. Il y a longtemps que ceux qui ont le plus de moyens ont remplacé leurs véhicules. Des commerçants, des artisans modestes se demandent aujourd'hui comment ils vont pouvoir faire…

On ne peut pas défendre hypocritement dans certains cénacles la métropole du grand Paris et la solidarité avec les départements et communes limitrophes, et imposer dans le même temps sans concertation une décision qui pénalise toute la banlieue et engorge des axes entiers dans des quartiers de la Capitale.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !