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Le Pentagone, à Washington.

Hollywood power

Mais pourquoi le Pentagone a-t-il peur du film en préparation sur l'exécution de Ben Laden ?

Kathryn Bigelow, la réalisatrice de "Démineurs", prépare un film sur la traque de Ben Laden. Le Pentagone a émis quelques réticences, inquiet de voir la cinéaste s'informer via des sources non officielles. Et si le film donnait une autre version que la Maison Blanche ?

Jean-Michel Valantin

Jean-Michel Valantin

Jean-Michel Valantin, docteur et chercheur en études stratégiques, responsable de la rubrique "environment and security" de www.redanalysis.org, auteur de Guerre et Nature, l’Amérique se prépare à la guerre du climat (La Procure, 2013).

 

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Atlantico : Le Pentagone s’inquiète de ce que la réalisatrice Kathryn Bigelow pourrait raconter dans son film sur la traque d’Oussama Ben Laden. Et si la version cinématographique ne collait pas parfaitement avec la version officielle ? Le Pentagone a-t-il des raisons de douter ?

Jean-Michel Valantin : Il faut remettre les choses dans leur contexte. Les relations entre Hollywood, le Pentagone et Washington sont anciennes. Il y a des protocoles de travail rodés entre les institutions militaires et Hollywood. Il ne s’agit pas de propagande, puisque le département de la Défense ne passe pas de commandes de films. Par contre, le cinéma utilise l’histoire et l’actualité militaire comme matériau dramatique dans les films. Je ne pense pas que le Pentagone soit réellement inquiété par ce projet.

Kathryn Bigelow s’est emparée du thème de la préparation de la mission contre Oussama Ben Laden. C’est une démarche finalement très classique. La filmographie de cette réalisatrice, qui s’est déjà intéressée à l’étude de groupes militaires en mission et sous pression, montre que c’est plus l’évolution psychologique des personnages que le contenu politique qui devrait marquer ce nouveau film. Dans "Démineurs", qui lui a permis de recevoir plusieurs prix, l'action se déroule à Bagdad mais serait parfaitement transposable dans n’importe quel autre lieu. Elle ne fait pas du tout de politique.

Ce qui a fait émerger ce petit débat, c’est que la décision de lancer cette opération contre Ben Laden est venue de Barack Obama. Le film doit sortir début novembre, au moment de l’élection présidentielle américaine. Il y a quelques inquiétudes sur un éventuel côté partisan de ce film.

 

Un film comme celui-ci peut-il avoir un impact sur l’élection ?

Non, le film sortira au moment du vote. Il n’aura pas encore eu le temps d’être vu par la majorité du public. Dans tous les cas, l’élection présidentielle ne peut pas se jouer là-dessus. En revanche, le débat est assez sain puisqu’il montre que responsables politiques, militaires et réalisatrice sont tous concernés, pour justement éviter tout effet de propagande.

 

 

Que se passerait-il si le récit cinématographique était différent de la version officielle ?

Ce serait la preuve que ce n’est pas un film de propagande ! Est-ce qu’un film peut présenter une version critique de l’opération ? C’est possible. Mais ça reste un film. Ce n’est ni un documentaire ni un reportage. C’est un scénario mis en scène. Ils rendront compte de la manière dont les scénaristes et les metteurs en scène imaginent l’opération. Ils vont prendre en compte les publics qu’ils visent. Il y a des considérations commerciales.

De toute façon, historiquement, les États-Unis sont en train de clore le chapitre ouvert en 2001. S’il doit l’être par un film qui montrerait qu’une opération militaire des forces spéciales, ce n’est pas une belle chose, je ne suis pas convaincu que ça surprenne grand monde.

C’est moins la réalisation que le montage qui compte. Tout dépend du cahier des charges et du contrat entre le réalisateur et sa maison d’édition. Le réalisateur est un contractuel ou un salarié. Il réalise un film sur un thème donné en accord avec le studio. S’il veut sortir des contraintes qui peuvent être imposées par le cinéma hollywoodien, il doit se tourner vers le cinéma indépendant. Encore que cette différence devienne artificielle, le cinéma indépendant étant de plus en plus lié aux grands studios.

 

Le cinéma joue-t-il un rôle dans la perception qu’a le public de l’actualité et des événements ?

Le cinéma, entre autres, oui. Les choses ont incroyablement changé en dix ans dans le rapport au cinéma. Aujourd’hui, il est intégré à toute une continuité multimédia. Internet, les dvd interactifs, les jeux-vidéos offrent une présence encore plus vaste au film. Si vous prenez Avatar, de James Cameron, tout un univers s’est imposé dans le quotidien des spectateurs.

Il ne faut pas oublier que le cinéma américain est un cinéma fait par des Américains, et pour des Américains. Il est ensuite globalisé grâce à la diffusion de ce cinéma dans le reste du monde.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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